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donner le champ de bataille et revenir avec nos boîtes vides.
Le reste de notre journée, malgré une pluie torrentielle, fut consacré à visiter les curieuses fontaines incrustantes de la ville de Clermont et les monuments de cette cité. Nous la terminions en nous préparant à notre départ pour le Mont-Dore, fixé au lendemain 30 juillet.
Ce jour arrivé, nous prenons tous place dans une diligence retenue par nous.
Par la pluie et un froid très vif, nous parcourons la route du Mont-Dore, qui ne demande pas moins de huit heures de trajet, quoiqu'il n’y ait que 13 lieues de poste, mais elle est toujours ascendante. Le temps nébuleux qui nous enveloppait de toute part ne nous permit pas de jouir de la vue des montagnes au milieu desquelles nous voyagions.
Nous remarquâmes cependant un beau tunnel sous lequel passe la route, et que notre postillon faisait toujours précéder de l’article féminin.
Ce tunnel est à peu de distance de Randanne, où nous nous arrêtons pour déjeuner et laisser un peu reposer les chevaux. Après cette réfec!ion, nous reprenons nos places en voiture pour continuer notre voyage par ce qu'on appelle la petite route. Ce chemin était détrempé par la pluie de la veille, et c'est avec peine que nos chevaux parviennent à trainer notre véhicule. Nous mettons souvent pied à terre, et nous soulevons les pierres sous lesquelles nous trouvons quelques insectes.
Notre ascension est enfin terminée, Nous arrivons sur l'immense plateau de la Croix-Morand, sur lequel paissent de nombreux troupeaux au milieu de grandes plaines de bruyères et d’Airelle myrtille.
Mais là un épais brouillard vint nous envelopper et nous priver de la belle vue que donne cette grande élévation, car ce plateau est à 1,300 mètres d'altitude. Après l'avoir fran-
chi, nous descendons une longue route en lacet, au milieu de belles forêts de Sapins, et nous arrivons dans la vallée du Mont-Dore, où le soleil nous attendait.
Nous voici done arrivé au village du Mont-Dore, terme de notre course. Nous débarquons à l’hôtel de France, où M. Lecoq avait eu l’obligeance d'annoncer notre arrivée et de nous recommander aux bons soins de notre hôte M. Cohadon-Bertrand; je dois dire qu'ils ne nous ont point fait défaut, car, à cet hôtel, les naturalistes sont parfaitement reçus.
Après une courte installation dans nos chambres respectives, nous fimes une petite excursion, malgré l'heure avancée de la journée, en nous dirigeant vers la grande cascade. Les murs (en pierres sèches) du village étaient presque tous tapissés par la Naclia mundana et les abords de la cascade à laquelle nous parvinmes, non sans peine, nous procurèrent l'Hepialus Velleda et quelques petites Géomètres spéciales aux montagnes.
Notre première occupation à notre réveil, le lendemain, fut de visiter le village auquel nous étions venus demander l'hospitalité pour quelques jours.
Le Mont-Dore, vous le savez, jouit d’une trop grande renommée pour qu'on ne fasse pas un peu Connaissance avec jui, car de nombreux malades viennent demander leur guérison à ses eaux bienfaisantes.
L'heure était malinale, mais, au Mont-Dore, les malades commencent à prendre leurs bains dès quatre heures du matin ; aussi, à cette heure, tout le village est sur pied.
Le village du Mont-Dore, bâti au pied de la montagne de l'Angle qui le domine presqu'à pic, est à 1,046 mètres d'altitude et remonte à une haute antiquité. Les Romains, qüi ont laissé de nombreuses traces de leur séjour dans cette vallée, connaissaient déjà les propriétés curatives de ses eaux et y avaient établi des thermes.
Les calentes baiæ, dont parle Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont du temps de l'Empire romain, désignent les sources du Mont-Dore.
Je n'ai point l'intention de vous faire l'historique de ces eaux, je passe donc de suite à la fin du siècle dernier, où elles furent l’objet d'un travail important dû à de Brieude. Les maisons étaient alors mal bâties et malpropres, les auberges mal tenues. Les malades n’y trouvaient que peu d’aises, mais telles étaient cependant les propriétés des eaux et leur réputation qu’on y accourait en foule pour les prendre.
Le savant naturaliste Ramond, le célèbre auteur des Voyages au mont Perdu et auquel la science doit tant d'utiles travaux, fut le premier qui s’occupa sérieusement, pendant qu'il était préfet du Puy-de-Dôme, de la création d’un établissement thermal au Mont-Dore.
Depuis cette époque, le village des bains a subi une véritable transformation, de beaux hôtels, de larges rues, une jolie promenade publique ornée des débris d’un temple romain, tout, en un mot, a été fait pour rendre aux malades et aux touristes ce séjour agréable et commode.
Aujourd’hui, l’on voit sur l'emplacement même des piscines romaines, s'élever un fort bel établissement de bains, bâti en trachyte gris, produit volcanique d’une montagne voisine,
Toutes les sources sortent du pied de la montagne de l’Angle, où elles sont recueillies dans de vastes réservoirs et d’où elles sont dirigées dans l'établissement pour y être prises en bains ou en boissons. Ces sources sont au nombre de huit; deux seulement sont froides et servent peu. Celle dont la température est la plus élevée parmi les six autres est celle de la Magdeleiae, qui dépasse 45 degrés centigrades. Elle esten même temps la plus employée et la plus abondante, car elle fournit 100 litres par minute. Elle est re-
cueillie dans un aqueduc romain et de là dirigée dans les piscines et sous ia galerie de la façade de l'établissement, où elle est prise en boisson. Autrefois, les eaux de cette précieuse source se perdaient au milieu de la place, mais aujourd’hui elles sont soigneusement conservées et ce sont elles qu'on expédie dans toute l’Europe.
Une autre source thermale est digne aussi d’être mentionnée, c’est celle des bains de César, qui jaillit en bouillonnant dans une grotte, œuvre des Romains; elle est remarquable par la quantité d’acide carbonique qu’elle dégage pendant les temps orageux.
Je ne puis, Messieurs, vous décrire toutes les sources, cela ne rentrerait pas précisément dans mon sujet, mais la reconnaissance m'oblige de mentionner une source froide, interdite aux malades, dont l’eau, chargée d'acide carbonique, est connue dans le pays sous le nom d’eau piquante, car elle nous a procuré à nos repas une bien agréable boisson.
Après celte visite, le beau temps, qui ne devait plus nous quitter, nous engagea à faire l'ascension du pic de Sancy, pic le plus élevé de la chaine des monts Dores, et qui compte 1,889 mètres d'élévation.
Il faut, pour s’y rendre, traverser dans toute son étendue la vallée de la Dordogne, ainsi appelée du nom d’un joli cours d’eau qui est alimenté en grande partie par la belle cascade de la Dore, descendant de la montagne qui ferme la vallée. Au pied de cette cascade commence une assez pénible ascension jusqu’au sommet du pic.
Malgré un soleil ardent, les nombreuses prairies de la vallée et les belles pelouses des pentes de la montagne ne nous ont procuré que bien peu de Lépidoptères. Aucun diurne ne volait, à part quelques Erebia Cassiope.
Grâce cependant à un procédé que notre collègue M. de Graslin nous indiqua et qui consiste, dans les endroits dé-
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pourvus d'arbres, à rechercher les Lépidoptères sous les pierres comme des Coléoptères; nous pûmes, en soulevant les débris volcaniques sur les pentes qui conduisent au pic de Sancy, trouver les Agrotis nyctimera, agricola et pyrophila. Ces Noctuelles venaient chercher sous ces abris l'ombre que la végétation leur refusait.
Nous prenions également dans les marais de la Dore, le Silpha alpina, qui est au Mont-Dore d'une abondance prodigieuse, le Leistus nitidus, Amara plebeia, V Harpalus lœvicollis, variété Satyrus, le Corymbites æruginosus, l'Argutor amaroides et la Feronia femorata, etc.
Nous trouvâmes aussi les Carabus auratus, auronitens, cancellatus, catenulatus, conveæus et monilis, et je ne les cite que pour faire remarquer que dans les montagnes d'Auvergne ils offrent tous des teintes noires ou brunâtres remarquables et qui leur donnent un air spécial.
Les fleurs des prairies nous offrirent les Omalisus suturalis, Ebœus thoracicus, Cyaniris cyanea, Clythra flavicollis, Pachyta interrogationis variété noire, etc.
Tout en recueillant, nous atteignons le sommet du pic de Sancy, sur lequel nous faisons une halte pour jouir du beau spectacle que l’on a de cette élévation. L’Auvergne entière se déroule autour de nous, nous apercevons la chaîne du Cantal, et, à nos pieds, le beau lac Chauvet. La vue est immense, car, par un temps clair, on peut entrevoir les Alpes dans la direction de Besse.
Nous opérons notre descente vers la plaine de Cacadogne qui donne naissance à la Dogne. Ce ruisseau alimente la Dordogne, qu’elle retrouve dans la vallée après avoir formé la gracieuse cascade du Serpent.
Au bord de ce ruisseau croissent quelques Saules nains sur lesquels MM. Guenée et de Graslin trouvèrent de jeunes chenilles de l'Orthosia cœcimacula et de l'Epunda viminalis.
En nous élevant un peu, nous trouvons une vaste pente