‹ [Travaux d'entomologie 1852-1865]Chapitre 98 sur 131 · NN · texte numérisé non relu

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Insectes tubérivores. 39

3° La Truffe est un Champignon hypogé,

Si la Truffe n’est habitée par aucun insecte gallicole, si elle ne peut être produite par aucun de ces mêmes insectes qu’on y rencontre à l’état de larve ; si la Truffe, en définitive, n’est point une galle végétale, qu'estelle donc? La réponse est des plus faciles, des plus calégoriques dans l'état actuel de la science : la Truffe est un Champignon souterrain ou, en d’autres termes, un Champignon hypogé.

Ge serait être bien injuste et bien peu reconnaissant envers les savants dont les œuvres resteront comme un modèle que de ne pas citer ici les magnifiques travaux de MM. Vittadini, Léveillé et Tulasne, car on y trouve la démonstration la plus complète que la Truffe est un Champignon. Elle l'est par son organisation et même par son mode de développement, C’est pour n'avoir voulu apprécier que certains états de son évolution, par exemple l’âge adulte ou de maturité, que les auteurs anciens ont soulevé des controverses fort vives. Mais déjà lanalogie avec les Champignons était prouvée : les insectes viennent la confirmer. Car les mêmes espèces dévorent à la fois les Truffes et les Champignons aériens ou croissant à la surface du sol, et on sait quel est le tact botanique des insectes qui, ne trouvant pas la plante dont ils se nourrissent, vont s'établir dans une espèce du même genre ou, à son défaut, dans une plante de la même famille, et cela avec une sûreté qui fait l'admiration du naturaliste (1).

Quand on coupe une Truffe parvenue à l’époque de sa maturité, on voit qu’elle est formée d’une partie charnue intérieure parcourue par des veines sinueuses el dont la direction varie suivant les espèces. Dans la Truffe plus jeune, ces mêmes veines sont larges et forment des cavités sinueuses Lrès irrégulières ; on peut s'assurer que ces veines ou cavités communiquent entre elles et aboutissent finalement à une ouverture unique ou à une dépression; d'autres fois les veines répondent à plusieurs orifices situés à la surface. En comparant les deux Truffes jeune et à l’état de maturilé, on s’assure que les cavités de la Truffe jeune se sont amoindries quand elle s’est développée, parce que les cloisons de ces cavités se sont épaissies ; il s’est formé là un tissu qui finalement a produit à la sur-

(1) Voy. LÉON Durour, Annales des Sciences naturelles, 3e série, L. Y, P. 9, 1846, — E. Pernis, Annales de la Société Entomologique de France, 1863, p. 465,

face inferne des filaments et les corps reproducteurs de la Truffe : les thèques et les spores développées dans les thèques (1).

Nous ne trouvons dans la Truffe, si extraordinaire en apparence, qu'une structure analogue en réalité à celle d’autres Champignons, car c’est une masse charnue, ou gleba, dont la surface externe forme une enveloppe, ou un peridium, renfermant des cavités étroites, sinueuses el revêtues d’un tissu spécial, tissu dont les cellules peuvent produire dans leur intérieur les corps reproducteurs ou spores.

Que Je lecteur nous prête encore une attention soutenue, et veuille bien réfléchir que la structure de la Truffe ne peut être bien appréciée que par la comparaison de ce Cryptogame souterrain avec les autres Cryptogames vivant à la surface du sol. Or, tout Champignon (et par exemple le Champignon cultivé) résulte d'un mycelium où thallus végétant sous terre ou sous les écorces des arbres, ete. Ge mycélium, qui ressemble à un feutre, à un amas de filaments blancs, forme le blanc de Champignon dans es couches où pousse l’Agaric comestible des marchés. On peut comparer ce mycélium, cet amas byssoïde, ces filaments, à la racine souterraine de certaines plantes, et le Champignon lui-même n’est en réalité qu’une production finale de ce mycélium, production comparable à certains fruits composés et renfermant les spores.

Mais, dira-t-on, la Truffe n’a pas de mycélium, elle se développe par les spores qui grossissent et elle diffère de tous les Gryptogames sous ce rapport. Erreur, la nature a été prise sur le fait, et c’est à M. Tulasne que la science est redevable de cette observation si remarquable (2); ce savant botaniste s’est assuré que le sol des truffières du Poitou était, au mois de septembre, traversé par des filaments blancs, cylindriques et byssoïdes, ayant trois à cinq millièmes de millimètres de diamètre. Ces filaments se continuaient avec un mycélium entourant les jeunes Truffes, grosses comme une noisette ou une noix, et formaient autour d'elles un feutre blanc très dense de un à trois millimètres d'épaisseur. Il faut lire dans l'ouvrage de M. Tulasne cette observation si concluante recueillie sur la Truffe notre des gastronomes. Je me contente de dire ici que le fait est probant : la Truffe jeune est entourée d’un mycélium et provient de ce mycélium tout comme les autres Champignons des genres Balsamia, Terfezia, Delestria.

(1) L.=R. et C. TULASNE, Fungi hypogæi, Mistoire et Monographie des Champignons hypogés, p. 24 et suiv., 1851. — Voyez aussi le Rapport de M. Ad. Brongniart (Comples Rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. XXXI, p. 876).

(2) L.=R. et CG. TULASNE, Fungi hypogæi, p. 59 et 60, 1851.

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Insectes tubérivores. ht

En résumé, la Truffe est un végétal isolé, à l’époque de la maturité, au milieu du sol; mais dans sa jeunesse elle est entourée d’un mycélium d’où elle provient ; les organes reproducteurs sont placés dans l'intérieur de sa masse charnue, et les spores, très petites, ayant de deux à quatre dixièmes de millimètre de longueur, se développent quand la Truffe pourril et se décompose. Ces spores donnent naissance au mycélium, Que deviennent devant ces faits irrécusables les assertions dont j'ai promis de montrer ie peu de fondement et l'erreur manifeste ? (Voyez plus haut, pages 38 et suiv.)

MM. Tulasne n’ont pas seulement porté beaucoup plus loin qu'on ne l'avait fait avant eux la connaissance de la structure interne et des organes de reproduction des Champignons hypogés, mais ils ont décrit un grand nombre d'espèces nouvelles et qu'ils ont réparties dans trente-deux genres. Hs ont fait voir que le genre T'uber proprement dit renferme vingt et une espèces soigneusement distinguées les unes des autres. En France, quatre de ces espèces sont comestibles et bien souvent confondues sous le nom de Truffe noire. Deux de ces espèces mürissent en automne et sont récoltées à la fin de cette saison, et surtout en hiver : ce sont les Tuber brumale €tmelanosporum ; deux autres espèces acquièrent tout leur développement en été : ce sont les T, æstivum et mesentericum. Ces Truffes d'été sont moins estimées que les précédentes et s’exportent en quantités parfois considérables; quand elles ont été desséchées, après avoir été coupées par tranches. La Truffe blanche, T. Magnatum, se trouve aux environs de Tarascon et en Provence; elle est très estimée en Piémont. Les autres espèces de Truffes françaises ne sont pas comestibles (4).

J'ai tenu à donner ces délails, qui ne nous éloignent pas des insectes tubérivores, pour appeler de nouvelles recherches et pour fournir à mes collègues ou aux observateurs favorisés par les circonstances les moyens de connaître sûrement les espèces de Truffes qu'ils auront trouvées et les insectes qui les habitent (2).

(D Fungi hypogæi. Voyez pl. vr, le Tuber Magnatum, et pl. var, les T. brumale, melanosporum, mesentericum et æstivum.

(2) Tuber bramale VITTADINI, Monogr. Tuberacearum, p. 37. — TULASNE, Fungi hypogæi, p. 135. — T. globosum plus minus regulare, nigrum, verrucis polygoniis asperalum, tandem glabrum nudumque; pulpa fructifera matura cinereo-nigrescente, venis albis marmorata; sporangiis creberrimis 4-G-sporis; sporis oblongo-ellipticis spinulisque rigidis echinatis.

Espèce Lrès abondante, à la fin de l'automne et en hiver, dans les truffières de la France et de lIlalie, très commune sur les marchés. Poitou, en octobre ; Provence,

Une dernière question se présente enfin, c'est de déterminer le rôle que peuvent jouer les insectes dans la dissémination des spores de la

Avignon, Apt, Rians, novembre et décembre, Edule, odeur forte et un peu alliacée (odor ligni corni sanguineæ, Vittadini).

Cette Truffe porte le nom de Truffe punaise où fourmi aux environs de Turin, et de Truffe puante ou pudenlo dans le Midi de la France près de Nérac (Lespiault); jeune et croissant encore, elle est d’une couleur rouge ferrugineuse. Ces jeunes Truffes sont appelées rougeottes en Provence,

M. melanosporum Virran., Monogr. Tuber., p. 36. — TUrASNE, Fungi hyp., p.136.— T. nigro-rufescens, verrucosum, verrucis polygonis macubis rubiginosis notatis; pulpa matura saturate rubeo-s. violaceo migrente ; venis albidis utrinque linea pellucida marginatis tandemque subrubidis ; sporangüis 4-6-sporis, sporis elliptico-oblongis, echinatis, opacis.

Abondante en France et en Italie et vendue sur les marchés avec la précédente, qui est moins estimée. Poitou, automne et hiver, Civray, Couhé, Vérac, Ingrande ; Provence, Avignon, Apt, etc. ; rare aux environs de Paris, parc de Vincennes, coteau de Beauté, terrasse de Charenton-le-Pont, au pied des bouleaux et des chênes au commencement de décembre (Tulasne). Angleterre, rare, Odeur et saveur spéciales, odor saporque gratissimi.

C’est la Truffe violette où du Périgord et la plus recherchée. Elle se distingue de la précédente par son volume ordinairement plus considérable, la couleur noire où violacée de sa chair, ses veines blanchâtres fines et nombreuses, par une odeur et une saveur plus agréables. La pulpe de la Truffe puante des Condomois, ou 1. brumale, est grise ou bistrée, marbrée de veines plus rares, neltes et d’un blanc mat, les spores en sont de couleur roussâtre et semi-transparentes (Lespiault).

T. æstivum Virran., Monogr. Tuberac., p. 38. — TuLASne, Fungi hypogæi, p. 137. — T. albidum Fries. — T. rotundato-difforme, majus nigro-brunneum, cœlato-verrucosum ; verrucis maæimis polygoniis pyramidatis transversimque striatis; venis numerosissimis, obsoletis, in carnem e variis superficiei punctis dendritice immissis; sporangiis 4-6-sporis ; sporis ellipticis brunneis reticulato-alveolatis, alveolis amplis paucis.

Juillet et août dans les forêts de chênes, où elle croît rassemblée en grand nombre et parfois très près de terre; Paris, au pied des bouleaux près de la Marne, Charenton, Nogent, en automne et en hiver; Poitou, Croutelle, Ingrande; Avallon, Falaise; Nérac, rare au pied des pins. Odeur aromatique de ferment; bien moins estimée pour la saveur que les deux précédentes.

On la désigne en Poitou sous le nom de Truffe de la Saint-Jean, mais il est probable que sous ce nom on désigne aussi toutes les Truffes non mûres et de diverses espèces récoltées à partir du mois de juin. Le T. æstivum est, suivant M. Tulasne, la seule Truffe qu'on ait encore rencontrée en Normandie. IL croît souvent dans les Truffières de la France moyenne et méridionale avec le T. brumale, dont il se dis= tingue très facilement, ainsi que du 7. melanosporum, par ses spores réticulésalvéolés et non simplement hérissés de pointes, et au premier coup d'œil par la couleur pâle, d’un jaune d’argile ou bistre clair de sa chair.

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Insectes tubérivores. 13

Truffe. M. Ravel à effleuré ce problème; je vais le discuter, On me rendra, je l'espère, cette justice que je n’ai reculé devant aucune des idées émises au sujet des insectes tubérivores, et que sur toutes j'ai donné mon avis impartial et motivé,

« Lors même, dit M. Ravel, qu'il serait reconnu que la Truffe, au lieu d’être le résultat de la piqûre d’un insecte, n’est, comme le Champignon, que le produit de spores ou d'œufs attachés à des filaments ; que la (Mouche) trufigène n'a d'autre rôle dans l'acte de la reproduction que celui de porter en lerre les spores ou œufs appelés à être fécondés par le contact du chevelu des racines, ou peut-être encore d'ouvrir seulement la terre

7. mesentericum VITTAD., Monogr. Tuber., p. 40. — TULASNE, Fungi hyp., p. 139. — 1: globosum, mediocre, atrum, emasperatum, verrucis angulosis mediæ magnitudinis ; carne griseo-fusca, variegata, venis lineisque obscuris mire insimul gyrosis ; sporangis 4-G-sporis ; sporis elliplicis reticulato-alveolatis brunneis.

Commune aux environs de Paris, en automne et en hiver ; Vincennes, terrasse de Charenton, Nogent, auprès des bouleaux avec la Truffe d'été. Forêts montagneuses de chènes du nord de l'Italie, dans la campagne autour de Milan en octobre. Odeur forte ; sa saveur la met sur la même ligne que la précédente.

Dans le Condomois, cette Truffe est confondue avec la Truffe d'été sous le nom de Truffe samaroquo; en Bourgogne et aux environs de Paris, on l'appelle Truffe grosse fouine et petite fouine. Cette espèce et la précédente s’avancent le plus vers le Nord ; c’est à elle qu’il faut rapporter la majeure partie des Truffes comestibles d'Angleterre, de Bohème et de l'Allemagne centrale et du nord. Le T. mesentericum est très voisin du T. @stivum ; il s’en distingue par une chair plus obscure, d’un gris fuligineux et par d’abondantes lignes noirâtres étroites ou nucléiformes qui, au milieu de la pulpe fructifère, décrivent des tours nombreux cet irréguliers parallèlement aux veines blanches. Cette Truffe présente aussi très souvent vers sa base une large anfractuosité qui semble caractéristique.

". Magnatum Pico, Meleth., p. 79 (sub nota). — TurAsne, Fungi hyp., p. 150. — Truffe grise ne Borcn. — 7. ochraceo-pallens v. dilute virescens, subleve aut minutissime papillosum, difforme, globoso-angulosum et varie lobatum, basi obconica instructum; venis aeriferis lenuissimis, reticulatis : ascis 1-3-sporis; Sporis fuscis elliptico-rotundatis et alveolato-reticulatis, relis alveolis amplis.

Croit solitaire, rarement en groupes, près des chênes, des peupliers, des saules, parfois dans les champs cultivés. Très commune dans l'Italie septentrionale à la fin de l'automne ; Tarascon en novembre. Odeur alliacée ou rappelant celle de certains fromages. :

Truffe blanche des Piémontais ; elle se dessèche facilement. Les jeunes Trufes récoltées à la fin de juillet sont les Fioroni des Ilaliens. La saveur de cette Truffe crue est peu agréable et comme sayonnense, mais elle devient délicieuse par diverses préparations, On sait que Napoléon Ier préférait cette Truffe aux espèces noires.

h4 Az. LABOULBÈNE.

pour laisser pénétrer ses semences, ma théorie n'en resterait pas moins la même : la truffigène serait alors, comme le disent les naturalistes, la cause et le résultat de la production. Chacun sail, en effet, que la fécondation des fleurs a souvent pour agent un insecte à abdomen chevelu qui, ouvrant le calice de la fleur, y dépose le pollen des étamines.

» De même aussi la Mouche truffigène porterait du gland: aux racines la semence de la Trufle, ce qui rentre toujours dans l'esprit de ma découverte (1). »

Je ne m'arrêterai point à faire remarquer la différence complète qu'il y a entre la fécondation d'une fleur femelle par le pollen d’une fleur mâle apporté par un insecte, et la semence de la Truffe portée du gland aux racines ; je ne relèverai pas les expressions de spores et d'œufs données comme synonymes, mais je poserai le problème sur ses données les plus larges en disant : Les insectes vont pondre leurs œufs dans les Truffes et leurs larves s’en nourrissent; d’autres insectes à l'état parfait mangent les Truffes müres, ils sont en contact avec les spores ; les insectes peuvent-ils aider à la reproduction et, par conséquent, à la culture des Truffes ?

Disons-le tout de suite, ce rôle des insectes nous paraît très secondaire; il nous semble douteux qu’en détruisant la pulpe charnue du précieux tubercule, les larves respectent les thèques et les spores. Nous ne pensons pas que les Mouches diverses où les GColéoptères qui vont pondre leurs œufs sur les Truffes ou qui les dévorent emportent sur leurs corps beaucoup de germes reproducteurs, Ge fait n’est pas impossible, et nous ne le nions point; toutefois il nous parait être extrémement limité dans ses résultats.

En admettant que les larves tubérivores respectent les spores des Trufes, on pourrait dire qu’en hâtant la décomposition de la pulpe elles aident à la dissémination des corps reproducteurs ; mais de là au transport lointain et dans un terrain favorable de ces mêmes germes reproducteurs il y à bien loin.

Les insectes ne nous paraissent devoir aider à la dissémination des spores de la Truffe et des Champignons en général que pour une très faible part. Il en résulte nécessairement que les insectes seront des auxiliaires peu actifs dans la culture de la Truffe, et, pour dire toute notre pensée à ce sujet, nous croyons plutôt à la production ou, si l'on veut, à la culture indirecte de ce précieux et si recherché Cryptogame qu'à sa culture directe. Les essais tentés par Bradley, de Borch, Alexandre de

(1) Rave, 1° Mémoire, p. 82.

Insectes tubérivores, 45

Bornhol{z, de Noé, etc. (4), avec des composés terreux ou avec des Truffes coupées par fragments, n’ont réussi que dans des limitées restreintes. D'autre part, Bouchet-Doumencq et Léopold Trattinick ont énergiquement nié ou regardé comme chimérique la culture artificielle de la Truffe comparée à celle de l’Agaricus campestris où Champignon de couche.

Mais il nous semble que c’est aller beaucoup trop loin, et que dans cet ordre d’idées il est acquis aujourd’hui que si l'art n’a que peu de part à la production directe des Truffes, cependant on doit admettre, à moins de nier l'évidence, que l’on a déterminé la production des Truffes par la création de truffières artificielles, C'est en plantant des chènes, en semant des glands dans des sols calcaires pareils à ceux où les Truffes se plaisent que l’on a pu récolter de ces tubercules là où l’on n’en avait jamais vu, où l’on ignorait leur existence antérieure, aux environs de Loudun, par exemple (2). Il est reconnu que les Truffes comestibles ne végèlent bien, surtout les Tuber melanosporum et brwnale, qu'au milieu des racines chevelues des arbres, surtout des chênes ; or il y a trois espèces de chênes répandues dans notre pays : le chône ordinaire à feuilles marcescentes, le chène vert ou yeuse, et le chêne kermès. Ce sont les glands de ces chênes qu'il faut semer, et surtout, d’après M. Ravel (3), les glands du chêne blanc non pédonculé, à l'exception des autres. Je dois dire cependant que M. Augusle Rousseau (de Carpentras) a trouvé que les Truffes noires étaient plus abondantes, plus égales et plus parfumées au pied des chênes verts qu’au pied des chênes ordinaires, et qu’il récoltait toujours des tubercules au pied des arbres qui en avaient donné les années précédentes, Quant aux considérations sur la nature du sol propre aux Truffes comestibles, son exposition, les conditions de sécheresse et d'humidité, les labours superficiels, la précaution de ne pas déposer de fumier sur les truffières, mentionnée par de Borch (4) et affirmée de nouveau par M. Ravel (5), elles ne peuvent trouver place dans ce travail, non plus que les diverses manières de croître des Truffes, considérées dans l’ensemble du genre (6).

(1) Josern Roques, Histoire des Champignons comestibles et vénéneux, p. 155, 1832. — Voy. aussi TULASNE, Fungi hypogæi, p. 166 et suiv.

(2) Voy. Turasne, Fungi hypogæi, p. 166.

(3) RAvEL, 1e" Mémoire, p. 15, et 2° Mémoire, p. 5.

(4) DE Boncn, Lettres sur les Truffes du Piémont, 2e lettre, p. 37.

(5) Rave, 19r Mémoire, p. 17 et 25.

(6) On se tomperait fort si on croyait que toutes les espèces du genre Tuber ou Truffe ne peuvent croître que sous les chênes ou sous d’autres arbres et arbustes : M, Léveillé a trouvé pendant le mois de mai des Truffes aux environs d'Orange dans un endroit où n’y avait pas d'arbres (Dictionnaire universel d'histoire naturelle,

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La saveur des Truffes a la plus grande importance dans l’art culinaire, mais elle n’est point un caractère botanique de premier ordre; telle plante exhalera ou produira un parfum pénétrant sur un sol aride et montueux, une labiée, par exemple, qui sera bien moins odorante dans un sol humide et argileux. Le Tuber melanosporum sera attaqué par les insectes tubérivores dans tous ses gisements, soit qu’on le rencontre au pied du charme, du hôtre, du noisetier, du châtaignier, du pin d'Alep, du marronnier, du lilas, etc. Dans ces divers endroits, cette Truffe offre toujours les mêmes caractères botaniques, mais elle n’acquiert jamais le délicieux parfum qu’elle possède lorsqu'elle a végélé entre les racines des chènes.

Qu'on ne croie pas, du reste, que cette culture indirecte de la Truffe soit presque stérile ou de peu d'importance dans ses résultats. Notre savant maître et ami M. le professeur Charles Martins a montré, dans une intéressante étude sur le mont Ventoux (1), tout le parti que la plantation de mauvais terrains avec des essences de chène pouvait donner en rendements, d'abord en taillis et plus tard en grands arbres. On arrive de la sorte à former des forêts, à retenir la terre végétale, on résout le difficile problème du reboisement, et tous ces avantages sont obtenus en sus du produit des Truffes qui est considérable (2).

Dans cette culture de la Truffe, on voit que les insectes n’ont pas une part bien active ; ce sont principalement des mangeurs de Truffes, mais il faut le savoir et l’admettre.

Nous arrivons à la fin de la tâche que nous nous sommes imposée, celle de réduire à ses véritables proportions le rôle des insectes tubérivores, qui sont en réalité fongivores et rien de plus. Si l'on nous reprochait d’avoir insisté sur une vérité démontrée depuis longtemps, celle de la nature végétale de la Truffe, nous pourrions dire : il y a de ces vérités qu'il faut répéter plusieurs fois, on trouve encore trop de personnes qui,

d'Orbigny, t. XII, p. 715, 1848). M. Léon Dufour dit qu'une grosse Truffe blanche, fort insipide du reste, croît dans le sable des Landes à un kilomètre de loute espèce d'arbre (Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, t. XLIII, p. 1032, 1856).

(1) Cu. Marins, le mont Ventoux en Provence (Revue des Deux-Mondes, seconde période, E. XLIV, p. 624 et suiv., avril 1863).

(2) Cm. Marrins, loc. cit., p. 626. — M. Auguste Rousseau a pu récolter sur un terrain calcaire siliceux, planté de chènes blancs et de chènes verts, une grande quantité de Truffes, et l’hectare de ce mauvais lerrain lui a donné de la sorte un produit de 740 francs ; peu de cultures donnent des résultats semblables avec aussi peu de soins.

Une intéressante discussion sur la culture de Ja Truffe a eu lieu à la Suciété Bo— tanique de France (voyez le Bulletin de la Société Botanique de France, t. II, p. 777 et suiv., 1855).

Insectes tubérivores. 7

suivant une heureuse expression, prisent la Truffe sans trop savoir ce qu’elles mangent, ou qui veulent la cultiver sans se rendre compte de sa nature spéciale. L'ouvrage de M. Tulasne date de 1851 ; croirait-on que l'article que j'ai dû combattre sur la culture de la Truffe ait paru dans le Journal d'Agriculture pratique le 45 mars 1863? Et, bien avant toutes les publications des Vittadini et des Tulasne, le fondateur du Jardin des plantes, le vénérable Guy de la Brosse, n’avait-il pas dit : « La Truffe. qui a embesogné beaucoup de personnes à luy assigner rang au nombre des choses naturelles, car plusieurs ont douté qu’elle fust plante et qu’elle eust vie... est de nécessité plante. et cela se prouue parce que les Lrufles croissent, comme il est très cognu de ceux qui les fouillent, les rencontrant de plusieurs grosseurs selon leurs aages (De la Nature, vertu et utilité des Plantes, p. 172 et 173, 1628). »

Fig. 4. Larve de l’'Helomyza tuberivora ROBINEAU-DESVOIDY, grossie et vue en dessous, —1, a. La même larve de grandeur naturelle et placée de profil.

2. Extrémité postérieure très grossie de cette larve, vue de face et en dessus.

3. Sligmate antérieur flabelliforme, extrêmement grossi, pour mettre en évidence ses huit digitations.

. Bords des 3°, 4°, 5° et 6° segments dorsaux, très grossis et vus de profil pour montrer leurs crochets; le 3° n’en a point au bord postérieur, les autres en ont aux bords antérieur et postérieur. Les crochets ont la pointe tournée vers Ja partie médiane du segment.

. Quelques-uns de ces crochets faiblement grossis el disposés en séries alternes imitant des dents de peigne.

. Disposition des crochets de Ja partie postérieure du corps, extrèmement grossis,

. Pupe grossie de l'Helomyza tuberivora, vue de face.

Une autre pupe vue par la partie latérale.

. Helomyza luberivora &, grossie, et auprès d'elle mesure de sa grandeur naturelle,

h8 Fig. 10:

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AL. LABOULBÈNE. — Insectes tubérivores.

Tote et corselet très grossis, pour montrer la disposition des taches et les divers poils qui revètent ces parties du corps.

Helomyza lineata RopiNeau-Desvorny, grossie, et à côté d'elle, mesure de sa grandeur naturelle.

Antenne avec la palette et le style plumeux de l’'Helomyza tuberivora, très grossie.

Antenne avec la palette et le style plumeux de l'H. lineata, ès grossie. :

Antenne avec la palette et le style plumeux de l'H. penicillata, très grossie.

Pupe de l’Anthomyia canicularis M£IGEN, grossie et vue par la face dorsale ; auprès d'elle, mesure de sa grandeur naturelle,

La même pupe, vue de profil; le panneau supérieur à élé enlevé.

Stigmate postérieur gauche très grossi.

Larve de l'Anisotoma cinnamomea PANZER, grossie, et à côté d’elle, mesure de sa grandeur naturelle,

La même larve repliée sur elle-même.

Antenne droite de cette larve, très grossie commé les figures suivantes.

Labre de la même larve.

Mandibule gauche, vue en dessus.

Mächoire du côté droit, vue en dessus.

Lièvre inférieure et palpes labiaux, vus en dessus.

Patte postérieure gauche détachée du tronc et renversée,

Un des stigmates extrêmement grossi.

Extrémité postérieure de la même larve très grossie, pour montrer la disposition du dernier segment et les appendices dont il est pourvu.

Annales de la Société entomotogique de France. 4° Série, Tome IF (18641, PL, 2.

DT Laboutbdne et Mégneaus pire : Picart sculp

{nsectes tuberivores.

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