DE LIQUIDE CAUSTIQUE
Par Henri Hartmann.
La o-ans:rène de la vessie chez la femme est rare. Elle ne se montre guère en dehors de la rétroflexion de l'utérus gravide qui, ainsi que l'ont bien montré Pinard et Varnier, s'accompagne souvent de complications urinaires graves.
Bégouin en a cependant publié un cas consécutif à une injection saturée de « sel » dans la vessie, injection faite dans le but de se faire avorter ^.
Plus récemment J. Mock en a relaté deux autres observations ~. Le fait, que nous apportons, peut être rapproché des précédents :
Obs. — Cijslile à la siiile d'une injeclion de vinaigre, gangrène de la ressie, morl.C.., Agée de 33 ans, nous est adressée par le docteur Guilain. Cette femme, qui a déjà eu 5 enfants, a vu ses règles manquer le "28 décembre dernier. Craignant de commencer une nouvelle grossesse elle prend le ^29 une purgalion, de roau-de-vie allemande, puis le lendemain se décide à faire une injeclion de A'inaigre. Un peu effrayée elle-même de la pratique à iaciucllc elle livrail, elle pousse sa canule sans trop savoir où elle l'enfonce et laisse couler le liquide de l'injection. Immédiatement elle ressent une iirùlure violente dans la région hypogaslriquc c( dès que l'injection est terminée, elle a des besoins d'uriner extrêmement violents. Pendant plusieurs heures elle reste sur le vase rendant goutte à goutte et douloureusement de l'urine.
Le 31, le ventre se ballonne, devient dnr et douloureux, la douleur et la fréquence des mictions conlinuent. On met de la glace sur le ventre.
Le l"^"^ janvier 190i, les urines rendues sont mêlées de sang et exhalent une odeur in-
(1) BÉGOUIN, Journ. de niédec. de Bordeaux, 18!)2, p. 158.
(2) MocK, Ann. des mal. des org. gén.-urin., 11)11, t. I, p. 1633.
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l'ecle. On prescrit des boissons abondanlcs, el Ton commence des lavages de lu vessie à l'eau boriquée. Ceux-ci ramènent des débris membraneux d'odeur fétide, qui, à diverses reprises, bouchent la sonde. 11 y a de la fièvre, du hoquet, un état général grave.
Vers le 11 ou le 12 janvier une masse grisîitre apparaît au méat puis rentre dans la vessie malgré les tentatives faites pour l'extraire.
Le 2i janvier i!)04, nous sommes appelé à examiner la malade. L'état général est mauvais, le faciès plombé, la température de 38° le matin, de ;-58»,2 le soir; le pouls oscille autour de l'iO. Le ventre est légèrement ballonné; il existe à l'hypogaslre une contracture de défense; la moindre pression à ce niveau est douloureuse. Les urines sont sanglantes avec un dépôt brun, d'odeur infecte. Avec une sonde molle introduite dans la vessie nous injectons 30 centimètres cubes d'eau boriquée, rien ne ressort ; nous poussons de nouveau 30 centimètres cubes ; à ce moment la malade est prise d'une envie violente d'uriner, elle fait un effort et envoie entre la sonde et les parois de l'urètre un jet violent d'urine sanglante ; en même temps sort par l'anus un peu de matière diarrhéique et des gaz.
Ces symptômes nous font penser à l'existence intra-A^ésicale d'un sac membraneux qui coiffe l'extrémité de la sonde. Aussi décidons-nous de faire le lendemain une dilatation du col vésical pour enlever ce suc putréfié.
Le 25 janvier 1904, la malade est anesthésiée, nous dilatons avec des bougies d'Hegar le col vésical, voyons apparaître au niveau du méat une masse grisâtre, l'attirons doucement avec des pinces et amenons progressivement un long cylindre grisâtre qui étalé ressemble à un moule de vessie.
Un grand lavage boriqué de la vessie est fait avec le videur d'Heurteloup et ramène une quantité de déljris putrilagineux. Une sonde de Pezzer à pastille perforée est laissée à demeure.
Pendant 3 jours la malade semble mieux, la température reste à 37°, 37», 2 ; le pouls toml)e à 100, lOS. Mais le 29, la température remonte à 38° et le 30 la malade s'éteint sans phénomènes spéciaux.
Examen du sac extrait par Viirèlre. — La membrane extraite est lisse sur l'une de ses faces, l'autre présentant un aspect velvétique et même par places des prolongements flottants dont la longueur atteint jusqu'à 1 centimètre et demi. Son épaisseur est de 5 à 6 millimètres; du côté correspondant à la surface lisse elle est ferme et présente une certaine rigidité; du côté opposé elle est molle, comme pulpeuse. Au microscope on retrouve au milieu d'un moignon granuleux quelques fibres musculaires nettement reconnaissables.
Autopsie. — Par suite des volontés de la famille on n'a pu faire qu'une autopsie partielle. La vessie adhère en arrière à l'utérus qui est fusionné avec elle; une gangue inflammatoire l'entoure, se prolongeant dans les ligaments larges et dans le tissu cellulaire de l'excavation.
La vessie et l'urètre sont ouverts sur la face antérieure. La face interne de la vessie est brune avec d(îs suffnsions sanguines par places. Son bas-fond noir est ulcéré comme Ja plus grande partie de sa face postérieure. Les orifices des uretères sont bien reconnaissables et semblent peu altéi'és. Sur la partie antérieure et au pourtour de l orifice urétral se trouve une série de points jaunâtres formant par places de véritables ilôts.
L'utérus est petit; sa cavité ne présente aucune trace de grossesse.
GANGRKNE VÉSICALE A LA SUITE d'um: INJECTION DE LIQUIDE CAUSTIQUE 207
Ces faits peuvent être rapprochés d'une série d'autres où la brûlure moins accentuée de la muqueuse a simplement déterminé une hématurie et des signes de cystite aiguë, le tout suivi d'une rapide guérison. Nous avons eu Poccasion d'en observer plusieurs cas à la suite de l'injection de vinaigre ou de sublimé dans la vessie.
Ces injections irritantes déterminent de véritables brûlures qui, suivant leur degré de profondeur, guérissent rapidement ou sont suivies de l'expulsion d'un sac vésical sphacelé; les lésions pouvant encore quelquefois guérir dans ces cas après expulsion du sac gangréné comme dans les observations de Mock ou conduire à une mort rapide comme dans le fait que nous venons de relater.