Sulcos ejus inebria, deprime (complana) sulcos ejus
Parce que la pluie sans doute aplanit en tombant les sillons.
12. Coronasti annum benignitatis tuae, et orbilae tuae stillabunt (4) ubertaltem.
Probablement : orbitae currus tui, aut potius : les endroits où tu auras passé en visitant la terre. Cette image si connue des poètes profanes : les fleurs naissent sur ses pas.
150) 1}. Induerunt prata oves... (d)
— Ce psaume est, suivant M. de Genoude, un cantique d'action de grâces (6), et il a raison. Quant à la circonstance qui l’a inspiré, on ne peut la deviner. Les v. 4 et 6 sembleraient indiquer que ce serait après quelque infidélité et punition du peuple, dont Dieu l’aurait relevé. Le v. 5 semblerait rappeler le voyage annuel des tribus à Jérusalem (e) (7), ou bien il s’expliquerait aussi en supposant que son auteur était un lévite : qui sait même si Domus Dei ne désignerait pas en ces phrases toute la Judée? Les v. 8 et 9 confirment l’idée des v. 4 et 6, et montrent que Dieu venait d’exercer quelque grand jugement sur les peuples voisins. [f° 127 r.] Mais la fin du v. 9 ne s’explique qu’en l’appliquant au seul peuple de Dieu : autrement ce serait une contradiction avec le premier membre. Quant au reste du ps. depuis le v. 10, c’est une peinture de la bienfaisance de Dieu, fécondant la terre promise. Il est de fait que tout cela (et particulièrement le premier verset) s’expliquerait fort bien, en attribuant le psaume au retour de la captivité: mais la manière
(c) [En marge] (En ces v. emploi indifférent de l'impératif futur et du prétérit).
(d) [Id.] Ces cinq derniers versets sont un modèle du genre descriptif, et un morceau un et sui juris de la littérature hébraïque (5). Description de la fertilité des champs.
Remarquez le goût des Hébreux pour ces métaphores : revêtir, ceindre, etc. (V. Lowth I, 134).
(e) [{nterl.] l'expression Hisbee à consacrée pour les joies de Jérusalem (f)
(f) [Add. marg. avec renvoi] Le v. 8 est peut-être le plus fort de tous pour appuyer cette hypothèse.
(4) Ces trois mots paraissent reproduits de la traduction que Genebrard donne de l’hébreu (352).
(5) Voici de son côté ce qu’en disait Lowth, dans la Leçon XXV, qui commence l’étude de l’Ode : « Quel charme pour le sujet et les idées, quels tableaux riants et fleuris, dans le ps. LXV® où le poète célèbre la bienfaisance du Seigneur, arrosant et fécondant la terre, et où il déploie lui-même une fécondité et une richesse égales à celles qu’il veut peindre » (IT, 175).
(6) Genoude : « Ps. LXIV. Action de grâces » (230).
(7) Vatable lui aussi rattachait à la venue vers l’arche les joies proclamées dans ce verset (64).
212 Exégèse Biblique
est bien plus antique; d’autre part il n’est pas plus ancien que David. Peutêtre aussi ne fait-il allusion à aucune circonstance et est-ce un simple chant d'action de grâce, p. ex. pour le séjour des tribus à Jérusalem, lequel avait lieu, je crois, après la moisson (8), ce qui expliquerait toute la tirade finale. Les v. 8 et 9 seraient alors seulement des réminiscences des anciennes faveurs de Dieu pour son peuple... Ce psaume, comme tous les anciens, a le rythme moins sensible que les modernes, ou ceux qui sont plus didactiques. Il semblait qu’en ceux-ci le poète fût plus à l’aise pour compasser ses périodes. La construction est aussi quelquefois dure et embarrassée pour nous: ce n'est pas le coulant des ps. des Degrés. La ponctuation a cela de remarquable, qu’elle n’emploie pas le merka-mahpach. Le nom de Jéhova ne s’y trouve pas non plus. — La poésie est antique, et la deuxième partie depuis le v. 10 se distingue par des images d’une richesse et d’une hardiesse étonnante. Peut-être ces deux parties devraient-elles faire deux ps.: l’un et l’autre, le deuxième sur-
tout, auraient plus d’unité.
Traduction.
[f° 127 v.] 10. Tu as visité ta terre chérie, et tu y as répandu l’abondance et les richesses. En son sein, le divin fleuve coule à pleins bords; préparée par tes mains, elle produira à ton peuple des flots de pur froment.
11. Tu désaltères ses guérets, tes pluies fécondes aplanissent ses sillons, les ondées abondantes amollissent son sein, tu bénis tous les germes de sa fécondité.
12. Tu couronnes de tes dons l’année qu'a bénie ta bonté; tu parcours nos campagnes, et les roues de ton char distillent la fécondité.
13. Les pâturages des prés respirent l’abondance, les collines revêtent une ceinture de joie.
14. Les prés se couvrent de troupeaux, les vallées se parent de riches moissons : de toute part ce sont des cris joyeux et des chants d’allégresse,
(8) Le Hir assure que ce psaume à été « composé par David pour la fête des Tabernacles, fête instituée pour remercier Dieu... de l’abondance de la récolte » (Les Ps., 136).
Psaumes Choisis 213