Psalmus Asaph. — Canticum
Encore Mizmor et Schir, séparés par le nom de l’auteur, comme dans le ps. LXV ; mais là la ponctuation était plus considérable.
[f° 130 r.] 5. Gloriosus tu, magnificus; et montibus praedae.
[Deux sens possibles, dont celui-ci :| Gloriosus es, sedens in illis montibus, ubi habitas sicut leo praedator, cela ferait une belle suite avec le v. 3 où Sion est représenté comme le repaire de Dieu. Ces montagnes seraient Sion. — Tétramètre coupé en rébia. C’est un de ces vers courts que les Hébreux aiment à jeter dans le courant de leurs odes.
ce
(Tous ces traits conviennent parfaitement à l’établissement des Juifs en la terre promise) (1).
9. De caelis auditum fecisti judicium, terra timuit et quievil.
Idée juive du jugement de Dieu.
Remarquez encore deux Sélas au milieu du psaume.
11. Quia ira hominis laudabit te, reliquiae irarum contremiscent.
Verset fort difficile... 3° Kimchi : Furor hominis devictus illustrabit te, et reliquias hominum furiosorum (qui non ceciderint) frenabis. Ils l’appliquent à Gog et Magog (2). [f° 130 v.] 4° Quoique ces personnifications abstraites en sujet de la phrase soient peu dans le goût hébreu, cependant je ne pense pas qu’il y ait moyen de faire autrement, (a). Voici comment la
Vulg. en est venue à cogilatio. Les Sept. ont pris n#n pour colère et ont
(a) [Un peu plus bas, en marge] Je crois <que> nn# désigne les restes des Chananéens qui avaient échappé au massacre.
LXXVI (1) Ici, et un peu plus bas, Renan néglige l’indication du titre dans la Vulg. : « Canticum ad Assyrios », et les commentaires qu’elle avait entraînés.
(2) Genebrard : «Selon Kimhi (lib. Rad.) : furor hominis, clade Gog et Magog (id est, Antichristi) conspecta, laudabit te, furore deposito, et reliquias furorum, quae non ceciderint, in memorabili isto praelio, succinges, id est, fraenabis atque convertes » (441).
216 Exégèse Biblique
rendu évdümos (pour ôuuéc) (3), qui signifie plutôt pensée ; la Vulg. ne regardant que le grec, lui a donné ce second sens. C’est donc l’interposition du mot grec à double sens entre la Vulg. et l’hébreu qui a produit cogitatio, sans qu'il y ait eu lecture différente.
12. Vovele et rependile (vota) Jehova Deo vestro; omnes circumjacentes, offerant munus reverendo.
Conclusion détachée du psaume, lieu commun. —prsisp [lisez: s5+5b 1. Genoude l'entend des nations étrangères (4). Les anciens tous du peuple juif (5)*
— Je pense que ce cantique était pour être chanté à quelque fête instituée pour célébrer les anciennes victoires du peuple juif, par ex. à Pâque. Le douzième verset et aussi les deux premiers indiquent une fête, et le nom de son auteur, Asaph, qui était maître de chœur, porte aussi à croire qu'il le composa pour quelque circonstance cérémonielle. Le titre plein de termes musicaux l'indique aussi. — Je le crois [f° 131 r.] ancien, et des temps davidiques. Jérusalem y est encore désignée par le nom de Salem (6). De plus Juda et Israël sont employés comme synonymes au v. 2, on pourrait dire de là que donc le schisme n’avait pas eu lieu, autrement le psalmiste n’aurait pas dit que Jéhova (b) était honoré en Israël, mais je crois qu’on pourrait également induire le contraire, de ce qu’on les mettait en parallèle, car avant la séparation, Juda n’était qu’une tribu comme les autres, qu’il eût été singulier de mettre en parallèle avec le tout (8). Cette induction porterait donc à croire qu'il serait du temps des Rois. Il est vrai que je crois que cette distinction des royaumes de Juda et d’Israël par ces noms, est des auteurs modernes, qui ont voulu les spécifier pour leur commodité : comment les Judéens auraientils consenti à abandonner le nom d'Israëlites à leurs rivaux? — On dira : Comment le psalmisie peut-il dire que le nom de Jéhova est grand dans les tribus séparées d’Israël? Je réponds que c’est par suite du tolérantisme d'alors: nous autres nous disons: c’étaient des schismatiques, ils les détestaient: idées modernes, tailler les anciens sur notre modèle. Ils étaient plus
(b) [En face de la marge] Erreur. Le nom de Jéhova n’est pas employé: il en est ainsi, je crois, dans les cantiques d’Asaph (7).
(3) Cf. 16.
(4) Genoude : « Peuples voisins, portez vos présents au Dieu terrible » (284).
(5) Ainsi, le Chaldéen rapporté par Genebrard : « Tous ceux qui habitent dans les environs du sanctuaire » (441).
(6) Vatable : Jérusalem « s'appelait ainsi avant David, G'en., XIV, 18 » (77). Genebrard : «Les rabbins prennent Salem, qu’il y a ici dans l’hébreu, au propre, comme étant la ville qui s’appela plus tard Jérusalem etc... » (439).
(7) Psaumes LXXIII-LXXXTIIT, comme l'indique Vatable, à ps. L, 1, à quoi renvoie sa note à LXXVI, 1. Ce que dit Renan est d’ailleurs es Re
(8) Vatable : « Des deux noms de Juda et d'Israël on conclut ordinairement
que le Psaume est postérieur à la séparation des tribus; mais ils pourraient être synonymes, comme 1ls le sont dans I Sam., XVIII, 16 » (77).
Psaumes Choisis ; DIT
larges. C’est le défaut de la critique scolastique de couler les faits anciens dans des moules modernes. Laïissez-leur donc leur allure originale. — D'ailleurs on trouve en ce ps. un syrisme ou chaldaïsme; cela indiquerait une modernité : on trouve ce même chaldaïsme en Isaïe (9). — D'un autre côté, l'emploi du Séla, de la ponctuation ancienne, et l’enthousiasme religieux dont il est empreint, et qu’on ne retrouve plus sous les Rois, le rapporterait aux temps davidiques, où déjà aussi la tribu de Juda était si importante, ce qui explique comment on l'aurait mise en parallèle avec Israël. — Quoi qu’il en soit, ce ps. est une ode de circonstance, dont l’idée-mère est de célébrer les grandes choses que Dieu a faites pour son peuple. Le poète montre d’abord le culte singulier et exclusif de Jéhova en Judée (c), ce qui suppose une fête qui excitait naturellement cette idée avant tout... (Peut-être l’idée d’appeler à cette fête les nations étrangères, si toutefois il s’agit d’elles, indiquerait-elle quelque chose (d) de l’époque, ou réciproquement l’époque étant établie, prouverait aux temps davidiques des idées de prosélytisme, et d’appel des gentils). Le rythme est bien remarquable, il est entremêlé d’hexamètres et de distiques, et d’un vers plus court [le 5°], interjeté, d’une manière fort remarquable. Le rythme des hexamètres surtout se touche au doigt, on y voit clair comme le jour l’intention de la versification.
[f° 131 v.] Traduction.
1. Au maître de chœur. — Sur les Neguinas. — Mizmor d’Asaph. — Schir.
2. Dieu est connu dans la Judée, son nom est grand en Israël.
5. Que tu es glorieux, sublime, ô Jéhova, du haut de ces montagnes d’où tu te précipites, comme un lion de son repaire!
11. Frémissent nos ennemis, c’est là ta gloire; frémissent les faibles restes échappés à ta colère.
… (Remarquez l’artifice avec lequel est disposé le corps de l’ode : 1° indication sommaire des faits (v. 4), puis cri lyrique (v. 5). Puis un peu de récit (v. 6,07) “Puis crilyrique (v. 8): Puis récit encore (v. 9, 10...). (Ce ps. peut passer [?] pour ceux qui d’un exorde calme, passent au plus haut sublime). V. Lowth, Lec. 26°) (10).
(c)[En marge] La manière dont il se glorifie de ce culte par la manière dont cela est jeté en tête, est peut-être ce qu’il y a de plus beau en ce ps. C’est son premier cri; voilà ce que j'ai de plus grand à dire pour Israël. 2
(d) [Add. marg. avec renvoi] Cela indiquerait bien l’époque davidique, où la suprématie s’étendait sur les nations voisines, et où ces rapports furent étroits, ainsi que sous les Rois.
(9) 55inwe;, au v. 6; cf. Glaire, [Leæ., 571 b, qui indique la référence à Js., DIXS-15- »
(10) Lowth, Leçon XXVI, Second Caractère de l’Ode hébraïque (II, 178-198). Le ps. LXXVI®, dit cet auteur, est « une pièce de ce caractère moyen, de ce genre où le ton change, et qui, commençant par un exorde humble et doux, s'élève par une suite d’idées parfaitement assorties jusqu’au plus haut degré de sublime» (190).