‹ Travaux de Jeunesse 1843-1844Chapitre 109 sur 138 · PSAUME CVII · texte numérisé non relu

PSAUME CVII

(Confitemini Do quoniam bonus... Dicant qui redemplti sunt)

1. Celebrate Jehova, quia bonus, quia in aelernum benignilas ejus.

Refrain populaire chez les Juifs. C'était probablement ce que répondait le peuple dans plusieurs ps. au verset du chœur : comme chez nous ora pro nobis dans les litanies. Aussi était-ce passé en dicton vulgaire, comme chez nous Gloria Patri, etc. On le voit en plusieurs endroits de la Bible, par ex. Judith, XIII, 21 (1), ce qui prouve que cet usage dura fort longtemps et très tard. Quoiqu'il n’y ait que le ps. CXXXVI où le refrain soit répété à chaque fois, néanmoins je pense que tous les psaumes qui commencent par ce verset avaient tous pour refrain Quoniam in seculum (2) comme le CXXXVI°, mais que par abréviation on ne l’aura pas écrit, comme nous dans les litanies, nous ne mettons pas ora pro nobis à chaque saint. Ge qui le prouve, c’est que 1° plusieurs de ces ps. finissent comme ils ont commencé par ce verset (3), 2° c’est que dans le ps. CXVIIT, le refrain est répété pour quelques versets, et non pour les autres : le copiste se sera ennuyé de répéter. Pourtant la disposition des versets du reste de ce ps. plus attentivenient étudiée, ne permet pas cette hypothèse. Partout, il est vrai, il y a chant alternatif (4), mais non refrain. 3° Une preuve bien forte pour ce ps. GVII en particulier, c’est le verset 2, Dicant, qui semble exiger le refrain pour faire suite. Il est très conve-

(a) [En face de ce v. et du v. 6, dans la marge] Refrain (7).

(7) Vatable, au v. 6, renvoie au v. 2 (62).

CVII (1)' Cf. une référence marginale de la Vulg. dans Vatable, au v. 1 du présent psaume.

(2) Exactement : « Quoniam in aeternum misericordia ejus » (Cf. supra p. 149 n. 6). Le Hir déclarait de son côté le ps. CXXXVI « remarquable par le refrain. qui termine chaque verset, à la façon de la réclame de nos litanies » (Les Ps o12)e

(3) En dehors du CXXXVI®, on ne voit parmi les psaumes commençant par Confitemini Domino, quoniam bonus, quoniam in aeternum misericordia ejus que le CXVIII® pour finir ainsi (seculum au lieu de aëternum). Ù

. (4) Voir dans Genoude l’attribution de certains versets de ce ps. CXVIII aux prêtres, au peuple (457).

Psaumes Choisis 22

nable que cette jonction grammaticale du chœur et du refrain ait eu lieu dans les deux premiers versets, pour se séparer ensuite dans le reste du ps... La coupe des versets de ce ps. exige du reste que le refrain se mît après chaque verset entier, et non après chaque demi-verset, comme dans le CXXXVI°. Peut-être alors le refrain était-il le verset confitemini. en entier.

Ce verset prouve aussi par le parallélisme de sin et -pn, que celui-ci avait sens de pure bonté et non de miséricorde.

[f° 134 v.] 3. Et e terris (exteris) collegit eos, ab oriente et ab occidente, a septentrione et a mari.

P\yS5n désigne ordinairement les nations étrangères (5). [Sur le sens de p+ : la Mer Rouge? (6) La Mer Morte?] Si l’on pouvait supposer un pays où ce ps. aurait été composé, et où les Juifs eussent la mer au midi, mais cela ne se peut bien supposer; à moins de dire que ce fut dans le désert même (a). Je crois qu'il vaut mieux dire ou que le parallélisme n’est pas observé, et que pr est synonyme de 5-»#, ou bien que par erreur géographique, l’auteur aura cru la mer au Sud, ou bien que peul-être RP désignerait l'Orient.

}. Erraverunt in deserto..., viam ad civitatem habitationis non invenerunt.

Ceci prouve que le collegit etc... du vers. précédent s’applique à la sortie d'Egypte et non au retour de Babylone (7). Civitas habitalionis, expression très appropriée au désert, ville où l’on habite, où l’on n’est pas nomade, peut-être les caravansérails, les Kans.

pe Ici encore le sens de Kan ou caravansérail va fort bien.

[£° 135 r.] 70. Habitantes tenebras et umbram morlis, captivos in afflictione et ferro.

(a) [Interl.] Cela irait bien avec ce v. Collegit eos... et le reste du ps. où il est question de merveilles alors toutes récentes.

(5) Leopold, 35. :

(6) Genebrard : Selon certains, «la mer rouge... qui esb précisément située au sud de la Judée... Ailleurs, la Mer est prise pour l'Occident, et il faut alors entendre la Méditerranée » (686-687). Renan se réfère surtout à Buxtorf, qui veut que l’auteur désigne par là la Mer Rouge (313).

(7) Genebrard mentionne, à propos du v. 3, l'opinion « qui y voit une allusion à la libération de la captivité de Babylone ». Au v. 4, dit-il, il s’agit, d’après le Chaldéen, du séjour des Hébreux en Arabie pendant quarante ans. Il rapporte à ce même propos l’avis du R. Ataia, pour qui il est question de l’état du peuple sortant d'Egypte, et mené à travers les déserts d'Arabie dans la terre de Chanaan (loc. cit.).

222 Exégèse Biblique

Se rapporte probablement à l'Egypte plutôt qu’au désert (b). 11. Quia contumaces fuerunt adversus verba Dei. 13. Et fregit (humiliavit) in labore cor eorum.….

Ce verset prouverait de nouveau qu'il s’agit au v. 10 de l'Egypte, et que le poète a en vue des crimes antérieurs du peuple, dont l’Ecriture ne parle pas. On voit que ce ps. vient de l’époque où les traditions occupaient les esprits.

Répétition du v. 8. Ceci infirmerait que le refrain se répétât, car c'est là déjà un refrain qui ressemble trop au premier, pour qu'on répétât après lui le premier refrain. J’abandonne tout à fait cette idée.

[f° 135 v.] Z8. Omnem cibum abominata est anima eorum, et teligerunt ad porlas morlis.

Fait allusion à quelque maladie (8), peste, etc., peut-être la punition des serpents au désert (9).

Jeu des deux intercalaires (10). Particularité remarquable de la poésie hébraïque. Nous n’avons rien d’analogue dans les autres poésies. L’intercalation de ce verset récitatif et non lyrique aux endroits où il convient est particulièrement remarquable; ordinairement les intercalaires sont de purs cris lyriques.

22. Et sacrificent sacrificia gratiarum actionis, et narrent opera ejus in jubilo.

V. sur le sacrifice de Thoda, le ps. L (11). On trouve : sacrificabo sacrificium laudis et nomen Di invocabo, ce qui éclairerait sur le rite de ce sacrifice et sa nature. Si les deux membres sont synonymes, cela signifie

(b) [Au-dessus de la ligne, cette add.] Le v. suivant prouve le contraire c’est le désert désigné hyperboliquement par des fers.

(8) Genebrard : Au v. 17 le poète « passe à la troisième partie, c’est-à-dire aux malades » (689).

(9) Nombres, XXI, 5 et sea.

(10) Voir Genebrard, au v. 13 (689). Un des intercalaires constitue les v. 6, 13, 19, 28; l’autre les v. 8, 15, 21, 31. Cf. infra, p. 226 n. 18.

(11) Cf. supra, p. 191 et n. 11. A l'endroit cité (282), Genebrard renvoie au ps. CXVI. C’est là en effet qu’on lit (v. 17) le passage « sacrificabo… invocabo » utilisé par Renan.

Psaumes Choisis 223

seulement des louanges, et sacrifice est une métaphore. Mais peut-être faut-il entendre : Sacrificabo sacrificium toda, invocando, ce qui prouverait seulement que ce sacrifice était accompagné d’invocalions du nom de Jéhova. On disait : Jehova! Jehova!

[Ici le poète prend les choses beaucoup de plus haut : il montre l’ordre de Dieu commençant le malheur; ailleurs, il y entre subitement, sans remonter ainsi] (c).

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