Dissolvisti sicut tinea eximia ejus [hominis
I}. Averte oculos a me, et exhilarer.
Vulg. refrigerer. Explique le mot de St Paul, refrigerer (10) =exhilarer, tour de choses [?], comme pour n5n:n, v. supra, v. 8. Idée dans le goût de Job: Dimitte me paululum ut glutiam salivam meam (11). [Le premier verset est encore tout à fait en ce goût; pécher par sa langue, idée qui joue un grand rôle en Job] (b).
Le rythme de ce ps. est très bien marqué, et le mélange des strophes est remarquable. [Un distique majeur prépare] par sa longueur la chute finale, qui s’opère par un hexamètre de la régularité la plus recherchée.
— Les pensées de ce ps. depuis le v. 5 offrent une ressemblance frappante avec le ton de l’Ecclésiaste. C’est la même idée dominante, retombant toujours sur la vanité humaine ; le v. 7 en est pris tout à fait quant au sens, et c’est le même goût pour les comparaisons (tinea, etc.) (12). — [f° 140 v.] Quant au poème en lui-même, c’est une prière élégiaque. C’est un homme. accablé par la tristesse, qui raconte le combat intérieur qui s’est livré en son
(Go) en
(7) Genebrard : «Et substantia mea apud te est ». « Substance, solidité, comme au v. 8 de l’hébreu : « spes mea in te est ». Et peut-être St. Paul a-t-il eu ce passage en vue, quand il appelle la foi le commencement de la substance du Christ (Hébr., III et XI) ; quand il définit la foi la substance des choses à espérer, c’est-à-dire la base, la solidité, le fondement (1 Cor., III) : « J'ai posé le fondement de foi; sur ele, comme sur un fondement, il faut construire les œuvres saintes » (216,219).
(8) Les textes précédents de Paul appartiennent respectivement à 11 Cor., XI, 17 et Hébr., XI, 1. Renan se sera aidé d’une Concordance (au mot substantia).
(9) Le Z Fo contient, sous le n° 8819, un petit livre, qui a dû être acquis bien après le temps du séminaire : c’est Le Nouveau Testament traduit du grec en hébreu, Londres, S. Bagster, 1831. Des traductions de ce genre ont été assez nombreuses. Voir entre autres Testamentum novum hebraice, Londres, A. Macintosh, 1817; id., cura et studio Joh. Christiani Reichardt, 4b. , 1840; id., 1844. La première
ue plaie le mot mon (208), qui veut dire « cie < mais la seconde,
0 (472), et la troisième, 2H} (602), qui signifient « base, fondement ».
(10) Rom., XV, 32.
(11) Job, VII, 19 : «Nec dimittis me ut glutiam salivam meam? » Genebrard, à ce v. du psaume : « Abstine paululum à flagellando etc. » (221).
(12) En réalité, ce mot de tinea, que Renan emploie ici au v. 12, se rencontre dans les Proverbes, dans l’ Ecclésiastique et surtout dans Job,
230 Exégèse Biblique
âme. Il dit comment il était d’abord résolu à garder sur sa douleur un silence obstiné (cette idée de silence intérieur est très philosophique, et pleine de profonde psychologie; on se tait à soi-même par stoïcisme, et à Dieu aussi bien des choses ; on les sait, mais on ne se les dit pas. Quelle différence y a-t-il entre savoir une chose, et ne pas se la dire à soi-même; il y en a une, et le psalmiste l’a sentie), à faire le stoïque, à n’en pas parler à Dieu même. Mais cela ne fit qu’augmenter sa douleur, qui devint comme un feu intérieur, et se déchargea par ces paroles... Tel est l’exorde jusqu’au v. 5 exclus. — Suit la prière qu'il fit... Il paraît que le malheur qui l’oppressait était quelque danger par rapport à sa vie (c); car son premier cri est de demander à Dieu de le rassurer sur ce point, et de lui faire connaître le nombre des jours qui lui restent encore à vivre (pensée qui nous paraît bien détournée)…
La répétition de Ju .… 7x aux v. 7 et 8 [lisez : 6 et 7] dans le goût du Nonne Deo subjecta erit (14) (avec lequel, ainsi qu'avec le Quemadmodum desiderat, ce ps. a beaucoup de rapport) et la répétition de b5x - N, pan - 55 aux v. 6 et 12, juste à six versets de distance, fait un bel effet. [Le dernier trait fait un effet admirable, et résume bien en trait final la penséemère de tout le psaume : tristesse, mélancolie, couleur du cantique de convalescence d’Ezéchias (15). C’est ce qui fait que je voudrais l’appliquer à une maladie] (e) [lta et Vatable (16)] (e).
Traduction (f)
1 Au maître de chœur Idithun. — Psaume de David.
2. J'avais dit autrefois : Je garderai mes lèvres de peur de pécher par des plaintes imprudentes, je mettrai un frein à ma bouche, tandis que je suis en face des persécutions de l’impie.
3. J'ai. gardé un silence obstiné, j’ai repoussé toute parole propre à adoucir ma peine, et je n’y ai gagné qu’un redoublement de souffrance.
[f° 146 r.] 4. Alors ma douleur comprimée a excité en mon âme comme un feu intérieur; vaincu par ses ardeurs, j’ai laissé ces paroles s'échapper de mes lèvres.
(c) [{nterl.] Le v. 2 alors s’expliquerait aussi : y serait ces ennemis qui lui en veulent (d).
(d) [En marge] Peut-être aussi est-ce une maladie : ita le titre de la Vulg. (13), mais alors le v. 2 ne s'explique pas.
(e) [ ] Interl.
(£f) [En face de la marge] Bien traduit.
(13) « Aegrotus vel afflictus... Deum orat ».
(14) Etudié supra, pp. 218-219.
(15) 1s., XXXVIII, 9 et seq. Ce Cantique se trouve dans le Bréviaire, et dans plusieurs Morceaux choisis de la poésie hébraïque. Se rappeler aussi les admirables dizains d’heptasyllabes de J. B. Rousseau : « J'ai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant etc. »
(16) Vatable, au v. 2 : « Ce ps. (comme le XXXVIIIIe) a été écrit par David pendant une autre grave maladie » (40).
Psaumes Choisis 2OL
5. Jéhova, calme mes craintes, montre-moi le terme que tu as mis à ma vie, apprends-moi la mesure que tu as fixée à mes jours, que je sache la durée de ma frêle existence.
6. Voilà que tu as fait mes jours de la longueur de quelques palmes, et la durée de ma vie est comme un néant devant toi ; oui, l’homme n’est que vanité, alors même qu'il semble le plus ferme. — Séla.
7. Sa vie n’est qu’une ombre, tous les soins qu’il se donne ne sont que vanité; il amasse sans cesse, sans savoir qui en jouira.
8. Et maintenant, Seigneur, tu vois vers où s’est dirigée mon attente; tu vois que toi seul as été mon espoir.
9. Délivre-moi de tous mes péchés, ne me livre pas aux avanies de l’impie.
10. J’ai gardé dans mes peines un silence résigné; je n’ai pas ouvert la bouche pour me plaindre de mes maux, car j’y voyais ton ouvrage.
11. Retire ton fléau de dessus mes épaules; le poids de ta main m'a fait défaillir.
12. Tu corriges l’homme, en le châtiant de son iniquité, tu détruis comme un ver rongeur toutes ses délices. Oui, l’homme n’est que vanité. — Séla.
13. Exauce, Jéhova, ma prière et mes supplications, prête l’oreille à mes pleurs, romps enfin ce cruel silence; ne suis-je pas l’habitant de ta maison, comme tous mes pères ne partagé-je pas ton toit? |
14. Détourne de dessus moi tes yeux irrités, laisse-moi goûter encore un moment de joie, avant que je m'en aille, et que je disparaisse pour toujours.
[f° 146 v.] PSAUME CI.
(Benedic, anima mea, D"0, Deus, Deus meus, magnus) Île Sur tout cet exorte, voyez les remarques de Lowth, I, p. 135 (1). 2. Indutus lumine sicut veste, extendens caelos sicut cortinam.
Remarquez en confirmation des idées de Lowth, l’article de 51-15, le rideau connu (2).
CIV (1) Lowth, Leçon VIII, t. I, 159-162 : « Rien de plus connu que ce cantique, dans lequel le poète célèbre les desseins et la sagesse que Dieu manifeste dans les beautés de la nature... L’exorde surtout en est magnifique. La majesté du Très- Haut y est peinte... Pour cela, les métaphores devenant indispensables, le poète a employé de préférence celles qui devaient paraître aux Hébreux, les plus augustes. Or, nous croyons qu’elles sont toutes empruntées du tabernacle » (159).
(2) 1b., 160: « Vous avez étendu les cieux comme une tente ». « Le mot employé est celui qui désignait constamment les voiles dont le tabernacle était enveloppé et fermé de toutes parts ».
9239 Exégèse Biblique
“by, étage supérieur, cela suppose que les maisons hébraïques avaient plusieurs étages. — Lowth semble supposer que p5 désigne l’air, et qui sait? Le liquide... De plus il rapporte l’affixe «+ à Dieu (3). Leopold, Glaire, Genebrard, la Vulg. (4) le rapportent au ciel, et cela est plus conforme à la physique ancienne. L’aile des vents, expression homérique.
4. Faciens nunlios suos ventos, ministros suos ignem ardentem.
Sur l’amphibologie, v. Genebrard (5). Distique trimètre ou hexamètre
d’une perfection extrême.
5. Fundavit lerram super basim suam, non movebitur in seculum et
aelernilalem.
mwn-bs (sorte de parenthèse formulistique), formule, voyez un grand nombre d’autres ps. où ce mot est employé exactement pour la même chose, par ex. le ps. XCVI (6).
6. Abysso sicut vestimento operueras eam, super montes stabant aquae.
pijn désigne, je crois, la mer : de même en grec, l’épithète d’Amphitrite, qui ceint le monde (7).
7. Propterincrepalionem tuam fugiunt, propter vocem fragoris (tonitrus) tui festinant fugere.
(3) Ib. : « L’assemblage des eaux forme votre demeure ». « C’est ainsi que le poète peint la nature merveilleuse de l'air ».
(4) « Extendens caelum... : qui tegis aquis superiora ejus ». Commentaire de Genebrard : « Avec le ciel d’eau ou de cristal tu caches la partie supérieure de ce. ciel, c’est-à-dire, le ciel stellaire » (63).
(5) Ib. : « Qui facis angelos tuos spiritus »; c’est-à-dire, qui fait ses Anges aussi rapides pour exécuter ses ordres, que les vents. « Et ministros tuos ignem urentem » : ses ministres (qui sont encore ses anges) peuvent être dits un feu soit pour l’aspect (ils rayonnent), soit pour leur mobilité, leur véhémence, leur efficacité, soit pour leur ardeur à obéir. Cf. St. Paul, Hébr., I... Il se sert des anges pour ses besoins comme des vents, et de la flamme, du feu céleste et de l’éclair, partie pour nuire partie par bienfaisance. De là Clément d'Alexandrie (Stromates, V) entend par Anges les esprits de feu, qui punissent les méchants. — Il fait ses anges souffles, c’est-à-dire essences incorporelles, et flamme de feu (pour ia substance et pour l'efficacité). Les Hébreux après R. Salomon comprennent ainsi : il fait les vents ses messagers, et de même pour le feu, qui comme les vents exécute ses ordres (Qu'on songe à la Mer Rouge desséchée, à Sodome brûlée). Mais St Paul s’oppose à cette interprétation, puisqu'il entend ces mots des saints anges » (637- 38). Lehir : « Au premier sens les vents, au second les anges » (Les Ps., 236). Ce verset avait été commenté dans le Cours sur Paul, à cause d'Hébr., I, 7 (vol. 11480,
fos 648 v., 649 r.).
(6) Cf. supra, p. 151, v. 10. Cf. aussi ps. LXII, supra, p. 218, v. 3.
(7) Ici encore, il paraît s'agir plutôt de l’épithète de Poseidon, fréquente chez Homère, yauwjoxoc; ou plutôt de celle d’ évvooryatos, que Renan avait trouvée, rapprochée de l’expression correspondante de ce v. 7, dans Batteux, Cours etc. 121 (Cf. infra, p. 239 n. 32) (« IIooædnc [sic] &vvoouyaioc », Homère). :
Psaumes Choisis 239
J’ai une idée sur la liaison des versets 5, 6, 7, 8, 9. Je pense qu’au lieu de peindre [f° 147 r.] l’état actuel de l’univers, ils racontent ce qui se passa à la création (8). Alors le deuxième hémistiche du v. 6, qui n’a pas de sens dans l’état actuel, a un sens juste, en prétérit. Genoude a rendu aussi de cette
manière (9). Le tableau acquiert par là une majesté toute nouvelle, surtout Le v te
8. Ascendunt montes, descendunt valles, ad locum quem fundasti eis.
Ce verset, quoique peu difficile, offre pourtant des sens fort différents. 1° Le sens de la Vulg. (10) qui a son élégance, mais qui est un peu vague, et rompt la suite entre les versets, car les v. depuis le sixième font évidemment l’histoire de la création... 5° Aquae currunt catervatim, sicut montes excelsae, et sicut valles depressae ad locum. Cela est le plus grammatical, le plus suivi, et souffrant le moins de difficultés, si ce n’est la singularité de l’idée. 6° [Un autre sentiment] [f° 147 v.] n’est pas dénué de beauté. Elles fuient... et par leur fuite les montagnes s'élèvent... dans le lieu que vous leur avez préparé (V. Genebrard) (11). ...Le premier hémistiche de ce vers. semble avoir un pied de trop. Mais la coupe de la phrase l’exigeait, cela montre la largeur de la prosodie hébraïque.