Abscondis faciem luam..….; exspirant
Dieu détourner sa face, et perdre la respiration, c’est synonyme : idée résultant de l’usage ordinaire du parallélisme. Ici le beau résulte de l'usage, réaction de la forme et de la pensée, la pensée procurant [?] d’ordinaire 1a forme, et ici la forme donnant la pensée.
[f° 145 r.] 82. Respiciens terram,, et tremit, tangit montes, et fumant.
Ici le sublime résulte de la forme même de la phrase, suivie en toute cette ode.
Verset différent par la ponctuation, qui est tout à fait irrégulière.
— Ce ps. justement célèbre me paraît peut-être le morceau le plus achevé de la littérature hébraïque, pour la perfection et la clarté du style, l’ordre des pensées, et la grandeur des images et du ton. Il se rapproche aussi beaucoup de notre poésie, et de notre manière de concevoir, et peut être mis en tête des morceaux classiques de la littérature hébraïque. — Quant à la pensée générale, c’est un morceau tout à fait original et unique peut-être dans toutes
(e) [En marge] Peut-être aussi le psalmiste croyait-il à cette imagination orientale. Pourtant elle a une couleur plus moderne et rabbinique.
(26) Job, XLI, 14: « Membra carnium ejus cohaerentia sibi ». Voyez encore ib., XL, 20 et seg., et le ch. XLI. La référence à ce livre est chez Vatable et dans les Dictionnaires.
(27) Genebrard : «Si le Léviathan est la baleine pour les modernes, pour les anciens rabbins c’est un poisson inconnu, unique en son espèce, dont R. Eliezer raconte des choses surprenantes dans le Pirke : ainsi, que tous les dragons et baleines de la mer sont sa proie, en attendant qu’il devienne celle du Messie : symbole non douteux de Satan, dévorant tout avant l’arrivée du Christ. Le traité Bechorot (voir Ezras, 1. IV, c. 6) dit qu’il existe trois monstres de cette sorte : le lucné pour les oiseaux, le béhémoth (où les modernes voient l’éléphant, Job, XXXIX) pour les animaux terrestres, le léviathan pour les animaux aquatiques. D'après Elias in Tisbi, des traditions antiques veulent que Dieu en fasse un festin pour les justes au siècle futur. Mais Aben Ezra (Ge. VI, v. 19) dit que c’est 1à un secret et un mystère, qu’il ne faut pas entendre au pied de la lettre » (647-648).
238 Exégèse Biblique
les littératures du monde. C’est un tableau général de la création sur le ton laudatif. Le sujet est pris avec une simplicité grave et noble tout à fait belle. . Le rythme est extrêmement suivi et scrupuleux. La ponctuation varie. Cela était probablement pour la variété du chant et un peu du rythme, modelé sur le chant, et ne consistant presque [f° 145 v.] que dans une disposition apte au chant (f). Une trop longue monotonie de tableaux eût fatigué. Le Séla n’y est pas employé, et en général il ne l’est que dans les odes à marche lyrique, et non dans les hymnes ou idylles, à marche plus posée. C’est par là, et par son rythme uniforme, ordinairement consacré aux hymnes (v. ps. CVII (28) etc.) qu'il est vraiment une idylle, car du reste, il a la hauteur de l’ode. Lowth en tout cela l’apprécie fort bien (V. t. II, p. 130) (29). — Selon Lowth le poète se place au moment de la création, et apprécie en futur tous les effets de la nature; j'aime mieux prendre en présents réels tous ces
futurs. — Les transitions sont remarquables: elles sont juste ce qu'il faut: assez rigoureuses pour ne pas choquer, pas trop pour ne pas paraître artificielles. — [Analyse du ps. — L'’exclamation du v. 27] est plutôt là comme
cri lyrique pour rompre l’uniformité (30) que comme division réelle du sujet. Les v. 5-9 inclus. sont le récit réel de la création, la terre affermie, et séparée de la mer, image familière et imprimée fortement dans l’esprit poétique des Hébreux (31). — Puis le poète oublie la marche qu'il avait entamée et s'étend à décrire l’état actuel de la nature (g). La conclusion renferme les
. (f) [En marge] Cette uniformité dans l’accentuation des ps. prouve que l’accentuation est toute moderne et postérieure à la collection des psaumes. Car ces pièces ayant été composées à des époques et par des auteurs différents, on remarquerait entre elles la même différence qu'entre les autres livres historiques, même poétiques.
(g) Id. Les v. 31 et 32 peuvent être mis dans le corps du psaume, mais ils préparent la fin. C’est ce qui fait la beauté incomparable de ce ps. Tout y est si bien ménagé, les transitions (de ton surtout) sont si habiles, qu’on ne peut proprement le couper en parties, si ce n’est en gros, mais non fixer l’endroit de coupure : c’est un tout parfaitement lié, et dont les changements de couleurs s’opèrent par nuances insensibles, sans qu’on puisse marquer l’endroit où l’une finit, l’autre commence.
(28) Cf. supra, pp. 220-227, praes. p. 225 et n. 17.
(29) IT, 250-251. Lowth parle de certains psaumes «qui, à cause de leur style et de leur caractère, doivent être placés au nombre des idylles » : à savoir «ces poèmes, dans lesquels un sujet unique est traité avec plus d’étendue et de régularité que n’en admet ordinairement l’ode, tel ... le ps. CIV, consacré aux louanges du Dieu créateur », et où sont célébrées «la puissance qu’il a déployée dans la création de l’univers, la sagesse qu’il a montrée dans les ornements dont il l’a décoré, la providence avec laquelle il le conserve etc... ». La nature y est décrite « dans un ordre élégant et surtout très clair »; le style y est embelli « des couleurs les plus agréables, d’images magnifiques, pleines d’éclat, de grâce, de variété, et choisies avec le goût le plus exquis. Il n’existe rien, et l’on ne peut se former l’idée de rien de plus parfait que cette composition; soit qu’on l’examine en ellemême, soit qu’on la considère sous le rapport d’hymne ».
(30) Genebrard y voit aussi «l’exclamation d’un homme fatigué par une pareille énumération etc... » (646).
(31) Lowth indique, dans sa Lecon IX, la Création comme un des principaux
faits de l'Histoire sainte auxquels les poètes hébreux ont emprunté des images (XI, 167-171)...
Psaumes Choisis 239
cinq derniers versets, c’est encore... les formules laudatives familières aux Hébreux. (V. sur ce ps. Le Batteux, Poésie lyrique (32)).
Traduction.