PSAUME CXX
(Ad Drum cum tribularer clamawi) I. Canticum ascensionum….
ñ°9y», peut signifier l’idée abstraite, ascensio, ou le lieu, tel que gradus scalae, locus editus, conclave superior (1), la plate-forme du toit (2). — Les uns entendent ce titre du rythme et de la nature du chant des psaumes qui le portent, les autres de la circonstance, les autres du lieu où on les chantait, d’autres enfin de leur sujet et des pensées qui les composent.
[f° 73 v.] Dans la première classe, les uns pensent que ce titre est une simple indication du ton, comme tant d'autres titres de psaumes. Il signifierait que ces psaumes devaient se chanter sur un ton très élevé. Ita R. Saadia (3). Cette opinion a pour elle l’analogie des autres titres de psaumes. — Les autres prennent ces mots pour une indication du rythme, qui exprimerait cette manière de procéder par enjambement d’une phrase sur l’autre ou des membres d’une même phrase sur les autres, qu’on remarque en effet dans tous ces psaumes, ainsi que dans le cantique de Débora; rythme qui est pour ainsi dire ascensionnel ou progressionnel, et où chaque membre tient au précédent comme les marches d’un escalier, où l’un conduit à l’autre. Ita Gesenius et les modernes (4). Ce sentiment a pour lui 1° [sic] la justesse de l’observation, et l’uniformité qu’on remarque en effet dans le rythme de tous ces psaumes. Mais il a contre lui 1° la manière éloignée et peu naturelle de l’étymologie. 2° Il ne rend pas compte pourquoi les quinze psaumes de ce groupe ont une grande analogie entr’eux pour la longueur et la couleur des pensées (a). Or c’est là un caractère bien remarquable et qu’on ne peut négliger. On ne l’expliquera jamais qu’en tirant la signification de ces mots de la circonstance où on les chantait. 3° Ce genre n’est pas particulier à ces psaumes, et il est en plus ou en moins une modification du parallélisme, type général de la poésie hébraïque. Ex.: le cantique de Débora (5).
(a) [En marge] Car enfin un rythme est indifférent à exprimer telle ou telle chose, et la preuve c’est qu’on trouve aussi ce rythme dans le cantique de Débora.
CXX (1) Ces explications viennent de Leopold (282), moins le solécisme final.
(2) Cf. Glaire, Lex., 341 a.
(3) Cf. ib. : « Pour certains, poèmes qui devaient se chanter sur un ton très élevé » ; et surtout Genebrard, qui rapporte la même explication, et ajoute : « C’est l’idée de Rabb. Saadia » (815).
(4) Seul Glaire, loc. cit., est ici en cause : « Peut-être la conjecture de Gesenius est-elle plus probable. Selon lui, le titre viendrait de la mesure et du rythme qu’on remarque dans la plupart de ces psaumes, où le discours procède par degré, où l’on répète couramment, au début d’une phrase, les derniers ou les premiers mots de la précédente. Au nombre des poèmes de ce genre, Gesenius compte le Chant de Debora (Jug., V) » pour plusieurs versets.
(5) Le Hir lui aussi note que le fait signalé par Gesenius se retrouve dans ce cantique (Les Ps., 293).
154 Exégèse Biblique
[f° 74 r.] Dans la deuxième classe, les uns pensent qu'ils sont ainsi appelés parce qu’on les chantait au retour de la captivité (6). Raisons pour : (b) 1° Tous ces psaumes peuvent en effet se rapporter à cette circonstance par la couleur, et quelques-uns directement. 2° On trouve (Esdr., VIT) l'expression bssm nby#n pour le retour de Babylone (8). 3° Le Paraphraste chaldéen a rendu : Canticum pro ascensionibus abyssi. 4° Suidas au mot àvabatuot ajoute : Aéyouor 6 tv dnd Baëbvi&vos to Auoù éxuvoôov. Raisons contre : 1° La couleur de plusieurs de ces psaumes est antique et du temps où le peuple [jouissait d’une certaine prospérité, ] (c) montait régulièrement au temple; le CXXII° surtout renferme des traits qui ne pouvaient convenir au temps du retour de la captivité. — Les autres pensent qu’on les chantait en montant des tribus à Jérusalem. [Ita Lowth [?] (9), Michaelis] (c). Ita gencraliter antiqui et semi-recentiores (10). Raisons pour 1° La justesse et le fréquent emploi de l’expression : Monter à Jérusalem, 2° la nature de ces psaumes qui
(b) [En interligne] Ita Dom Oalmet (7).
(ce) [ ] Znterl. y
(6) Cf. Glaire, selon qui il s'agissait peut-être du retour de Babylone, et surtout Genebrard (loc. cit.) : « La meilleure explication de toutes, et la mieux appropriée aux arguments » des psaumes, c’est de comprendre par Maaloth « des ascensions, des exils ». « Le fait est que tous ces psaumes ont trait aux captivités du peuple, et à ses libérations ». Suivent la citation du Chaldéen (« où abyssus veut dire exil, enfer, mort »), et celle de Suidas. « Ainsi les cantiques des degrés sont des prières et des consolations au sujet des montées ou libérations de l’exil et de la captivité ».
(7) « Lorsque les Hébreux veulent exprimer leur retour de Babylone, ils se servent ordinairement du verbe monter... Rien n’est donc plus naturel que d’entendre Les Psaumes des montées, de ceux qui furent chantés au temps du retour de Babylone. La signification des termes, l’analogie de la Langue, la certitude de l'événement, conduisent tout droit à ce sentiment » (Dissertation sur les... psaumes graduels, dans la Bible de Vence, t. VII, 1770, in-do, 299).
(8) Glaire renvoyait bien à Æsd., VII, 9 ; mais c’est Buxtorf qui a mis sous les yeux de Renan la citation hébraïque avec cette traduction : « Ascensus e Babel » et la référence à Esd., VII, 9 (556).
(9) La 2e éd. des Leçons n'offre qu’un passage où Lowth touche cette question. Voici comment il indique l’occasion du ps. CXXXIII (qui est de la collection des Degrés) : « David contemple, dans quelque fête solennelle, l’affluence et la con-. corde du peuple qui y accourait » (II, 75). L’éd. de Michaelis (1770) renferme, elle, à cet endroit même (511) une Note étendue. Lowth y soutient que la circonstance était la montée à Jérusalem; maintenant, avait-elle lieu dans les fêtes annuelles, ou au retour de la captivité? Après avoir rapporté les témoignages en faveur de la seconde hypothèse, Lowth ajoute : « Mais bien connue et très courante dans les deux Testaments, est l’expression : monter à Jérusalem, monter à la fête. Considérez particulièrement le ps. CXXII, qui ne saurait guère avoir un autre sujet que la célébration d’une fête ». « Quant à ce que les Juifs racontent ici des degrés du temple, ce sont pures inventions de la futilité ». À quoi Michaelis avait annexé cette Note : « Je n’ai toujours pas d'opinion, persuadé qu’on ne peut rien dire de certain sur les titres des psaumes, tant qu’on ignore les termes musicaux et poétiques de l’Orient. Parmi eux il y a sans aucun doute celui de scala... » (n. 108).
(10) Renan a pu rencontrer cette hypothèse dans Glaire (loc. cit.) : « Pour les uns, poèmes qui se chantaient quand les Israëlites montaient à Jérusalem, à savoir pour les diverses fêtes de l’année ». Genebrard lui-même, tout en soutenant l’explication qu’on a vue, n’en observait pas moins que Maaloth signifie montées (non degrés), et que « l’allusion [serait] alors à la situation de Jérusalem, où il fallait monter de toutes parts, car elle était sur des monts ».
Psaumes du Petit Office de la Vierge 155
tous s'appliquent assez bien à ce sujet, et quelques-uns directement; verbi gratia le CXXII° [et aussi d’une manière remarquable le Ecce quam bonus [CXXXIII"] et même le Memento, Domine, David [CXXXII]] (d). 3° Cela rend assez raison de leur brièveté et de leur analogie de couleur et de rythme. C'’étaient des couplets pour les diverses phases de la route. — Raisons contre : 1° La diversité des sujets, dont quelques-uns ne vont pas trop à cet objet, v. g. le CXX°, etc. (En général cette diversité forme une difficulté contre tous ceux qui dérivent ce titre des circonstances, et favorise ceux qui le tirent simplement du rythme. Mais il y a aussi une similitude que ceux-ci n’expliquent pas trop). 2° Pourquoi le pluriel? Il faudrait 65 .
[f° 74 v.] Dans la troisième classe, les uns pensent qu’on les chantait sur les quinze degrés du temple. Ita le Talmud (11). Raisons pour : le # local et la signification littérale. Raisons contre : 1° La diversité des sujets et le trop peu d’analogie de ces psaumes entr’eux : on remarquerait entr’eux comme une progression et un <en>semble [?]. Pourtant il se peut que ces psaumes ayant été composés dans un autre but, on les ait appliqués à cela, et alors l’application est moins parfaite; il suffit d’un ou deux traits de rapprochement. Ainsi dans l’application que nous faisons des psaumes aux vierges, aux confesseurs, etc. Il serait ridicule sans doute de dire qu'ils ont été composés pour eux. Cette observation s'applique aussi au second système de la deuxième classe. 2° Le peu de vraisemblance de cette cérémonie des quinze degrés : imagination talmudique. — D'autres pensent qu’on les chantait sur je ne sais quelle plate-forme ou tréteaux (12). — D’autres enfin sur les plates-formes des maisons. Raisons pour : 1° le # local et la signification littérale du mot. 2° Cela rend assez compte de l’analogie et de la dissemblance de ces psaumes : c’étaient des chansons pour une circonstance analogue, ce qui n’exige pas une ressemblance parfaite. 3° Cela rend parfaitement compte du pluriel. Raisons contre : la singularité et le vague de l’explication. — Enfin dans la troisième classe, les uns pensent qu'ils sont ainsi appelés, comme des degrés par lesquels l’âme s'élève à Dieu. Ita St Augustin et les interprètes mystiques (13).
HÉaroer he:
Ce verset offre deux difficultés : 1° pour sa liaison avec le contexte, 2° pour son sens intrinsèque. .. Les uns le placent en réponse au verset
(d) [ ] En marge.
(11) Cf. Genebrard (loc. cit.).
(12) Peut-être cela est-il tiré de ce que Genebrard ajoutait : «...sur les quinze degrés du temple, comme sur une éminence, une estrade » (éacionont ‘CIN umbone et conscensu suggesti »).
(13) Genebrard : « Augustin les rapporte au cœur qui s'élève au-dessus de cette vallée de larmes ». Suit l’'énumération, selon les auteurs mystiques, des quinze degrés par lesquels on monte à Dieu (affliction etc....).
précédent. Ita Vulg. (14). Le rythme progressionnel favorise cette première manière. … Quant à p:hn= 5n:, j'aimerais autant lire b#n=, les charbons du cœur, pour les afflictions, expression usitée en arabe (V. G1., Dict., Mot bns). Comparez aussi Prov., XXV, 21 et Rom., XII, 20 (15). Septante = éenuwxôs, du désert, car le genêt plante du désert (16).
[f° 75 v.] 5. Heu mihi ! quia peregrinatus sum (in) possessione, labilavi cum tentoriis Quedar.
J'ai pensé qu’on pouvait laisser à -w:# son sens ordinaire de possessio (17), et le construire avec +45 qu'il faut emprunter au membre suivant, suivant l’usage du parallélisme (V. Lowth, Leçon 19°) (18).
6. Multum satis habitavit... anima mea, cum odiente pacem (e). 7. Ego amicus, et quum loquebar (pacem), illi ad bellum. Reprise ou enjambement par jeu de mots.
[f° 76 r.] — Ce psaume est un souvenir triste et consolant de sa détresse, dans un homme qui a été en butte aux persécutions et aux calomnies, et aux souffrances de l’exil soit réel soit métaphorique... C’est une sorte d’élégie morale.
Traduction.