‹ Travaux de Jeunesse 1843-1844Chapitre 6 sur 138 · IT. — SIGNES · texte numérisé non relu

IT. — SIGNES

Accents. — Il n’y a pas grand’chose à dire de l’accent grave. Renan écrit évènement, règner, cèdera, persistè-je. Parfois il trace sur l’u de ou conjonction l’accent dont il prive celui de où adverbe.

Quant à l’accent aigu, il lui arrive de l’employer là où nous l’omettons, et de l’omettre là où nous l’employons. On le rencontre dans de- et reinitiaux (dégré, dévancer, déviner, Délormel; rédoublement, régistre, réligion), ainsi que dans héxamètre et sur l’e féminin intérieur (Fénélon). I] manque dans : degradé, detritus ; reflexion, refuler, repugner, repressif, resurreclion, reticence, retractler, retrécir, revision; appetits etc.

Mais le plus notable est la fréquence des cas où Renan use indûment de l’accent circonflexe. Il en dote toutes sortes de mots, surtout des substantifs : crêche, lêvres, mêtre, sêve, lhême, zêle; avénement, emblême, probléme, systéme, anathême, théorême; milliême, crévent, complétement, et aussi, à la place de l’accent aigu, compléter. Il en surmonte l’a de tâche (dans le sens de tache), trâce, trâme, mâätin (dans le sens de malin), mâle (fém. de mat), fânée, plânait; l’e de reflêxes; l’i de cîté, vîte, asîle, aîle, faîble, maîgre, plaîne, boîleux, toît, attrait, pourraîl; l’o de atôme, axiôme, idôle, symbôle, grandiôse. En revanche, nait, plait, paraitre, reconnaitre, en manquent souvent, ainsi que baillonné, latonner, palure, genet (la plante), otera, cru (de croître), gouter, piqure (13), sureté, — et eut, fut, au subj. imp. (alors que les mêmes formes en reçoivent un à l’indic. pf. défini) (14).

Apostrophe. — Renan élide contre devant un e. Il écrit même d’hiérarchie.

Trait d’union. — Ce signe est abondamment employé : après très

(très-juste, très-fin, très-antique etc. etc.); dans les locutions {out-à-fait, tout-à-coup, à-peu-près, dès-lors, en-dessous; dans mot-à-mot, point-de-vue, ‘long-temps; et dans nouveau-marié, Livres-Saints ou Saintes-Ecrilures, fauxdévots, Asie-Mineure, etc.

(12) Le féminin de complet et de plat est formé de la même façon: complette, platte.

(13) Il est vrai que Renan l'écrit piquure, c'est-à-dire comme était le mot avant qu’un accent vint 1emplacer l’u supprimé.

(14) Langues étrangères. Latin. Renan écrit dit, contrà; il indique par un accent circonflexe l’ablatif en a (dolosä; salvä; terr@) et le génitif spiritüs, tu, ainsi qu’une forme comme fecére. J’ai supprimé tous ces signes, et les accents de abrupto, mais conservé l’accent grave de à priori, à pari. — Grec : j'ai ajouté l’accentuation dont Renan se dispense en général (et rectifié une ou deux formes). — Hébreu : s’il est permis de parler ici des points-voyelles, je dirai que, Renan les ayant tantôt marqués, tantôt omis, je ne les ai reproduits nulle part. Mon

XIV Avertissement de l'éditeur

Ce n’est pas ici le lieu de commenter cette orthographe, à laquelle, je l’ai dit, Renan déroge plus d’une fois. Je ferai seulement quelques remarques. Ces particularités sont loin d’être toutes également anormales : à côté de graphies étranges et plus ou moins personnelles, comme fétus, frimats, cimetierre (confusion avec climats, cimeterre??), on y rencontre des formes attestées par toute une tradition. Malherbe n'’écrit-il. pas chefs-d'œuvres, et Corneille secrette? L’addition de h est une habitude savante (cf. sépulchre chez Ronsard). Fond et fonds ne sont pas encore distingués chez Oudin, en 1633; ni quoi que et quoique, dans l'orthographe courante du XVII et du XVIII siècle. Bled est un reste de l’ancienne orthographe française.

Quant aux phénomènes concernant de- et re- , on sait que les prononciations par l’e féminin et l’e fermé ont coexisté à partir du XVI siècle, et se sont plus ou moins contrebalancées : on trouve chez Corneille reduire, ailleurs forcéné. Plus près de nous, Chateaubriand écrit depart, reception, Brétagne. Fénélon est courant chez les écrivains ecclésiastiques de la première moitié du XIX° siècle; il se lit chez Mme de Staël (comme avanture) et chez Chateaubriand (15). Thême, problême, anathême, ont cet accent chez Volney, Lowth, Bonald, J. de Maistre (16); axiôme l’a chez Cavour. Aîles est dans Abbadie, comme dans Barbey d’Aurevilly, qui écrit aussi sévais (17).

Cahos — l’orthographe de J. J. Rousseau, si fréquente dans les brochures du XVIII siècle — se rencontre chez Cavour comme dans l’édition de Port- Royal des Pensées. Symmétrique est dans Buffon; nautonnier dans Banville. Imbécille figure dans le Dictionnaire de l’Académie, 6° éd. (1835); rhythme (chez Baudelaire, Banville et Renan lui-même), compacle au masc. (chez Mérimée) se retrouvent encore plus près de nous. Le pluriel en ans ou ens

collègue M. Ginsburger a bien voulu revoir ce qu’il y a de mots hébreux dans cette publication. Qu'il me permette de lui en exprimer ma sincère gratitude. — Syriaque : j'ai donné la transcription des deux seuls mots syriaques que contient le ms.” (infra, p. 128, a).

(15) On sait que le cardinal de Bausset écrivit une Histoire de Fénélon. D'une édition à l’autre (1823-1831), le second accent aigu disparut dans le titre tel que l’imprimait le Journal de la Librairie. — Ph. Martinon note de son côté : « Il faut... se garder de déformer l’e muet de Fén(e)lon, que Delille... écrivait Fénélon, je ne sais pourquoi ». (Comment on prononce le français, Larousse, 1913, in-12, 165 n. 1). Il cite Me Dupuis et son Traité de prononciation (1836), qu’il faudrait consulter, pour peu qu’on voulût pousser la recherche. ;

(16) Le janséniste Rondet ayant l’occasion d’énumérer, en 1770, les mots emblème, anathème, blasphème, … diadème, enthymème, poème, problème, stratagème, système, thème, théorème, les écrit tous avec un accent circonflexe sur l’e pénultième (Bible de Vence, t. VII, Paris et Avignon, 307 n. à).

(17) Voir, sur cette question des accents, le c. r. de Ch. Beaulieux, Histoire

nn CHAR française, 1927, par H. Yvon, Revue d'Hist. litt. de la France

Avertissement de l'éditeur XV

est demeuré jusqu’à ces derniers temps dans la Revue des Deux Mondes, comme il était au début de la langue et dans La Nouvelle Héloïse etc.

Faire plus exactement la part des archaïsmes, provincialismes (18), etc. aurait exigé une étude méthodique de ces graphies (non seulement dans les imprimés, mais si possible dans les manuscrits) : je ne pouvais ni ne devais la tenter. Il suffit qu’on se rende compte, par ces quelques références, que Renan, pour un grand nombre de formes, imite ce qu’il lit dans ses livres; et qu’en général, ses particularités orthographiques ne sont pas aussi singulières qu’on pourrait le croire à première vue. C’est tout ce que j’ai voulu dire.

(18) En 1832, Ste Beuve notait « l’accent purement breton » de Lamennais : «il ne dit pas secrète, mais segréte » (Portraits contemporains, I, Paris, Didier, 1846, in-8, 141 n. 1).

Au sujet de la disposition des pages et de l’emploi des signes typographiques, on trouvera les éclaircissements désirables dans l'Avertissement de l'Editeur (notamment pp. VI-VII) et dans les Notices des différents morceaut.

Les quelques renvois que je fais à mon autre ouvrage Ernest Renan à St Sulpice. La première année, ne portent pas le n° de la page. Celte indication est à chercher lout à fait en fin du présent volume, à la page spéciale où je donne, en les précisant, la liste de ces références.

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