Dominus... frangil in die irae suae reges
Qui sait si le sujet de pr: n’est pas le héros de l’ode? La suite le ferait croire.
[f° 90 v.] 7. De torrente in via bibet, propterea exaltabit caput.
Que signifie ce torrent? 1° Les anciens catholiques l’entendaient du
(c) [En marge] 11 faut avouer que ce verset lu comme les Masorètes présente un sens peu en harmonie avec le reste, où il est peu question de ces cortèges extérieurs. Peut-être faut-il lire autrement (9).
(d) [ ] Znterl.
(9) Le début de la note de Vatable au v. 3 explique la lecture des Sept., et de la Vulg. qui a traduit : « Tecum principium... ».
. (10) Etrange idée, inspirée par le souci d’établir un parallélisme avec rosée, mais qui doit provenir de l’erreur suivante. Dans Leopold, 225 b, Renan a vu parmi les sens de 5575: «largitas, pw Nn1575, pluvia copiosa » et il s’est dit : « Peutêtre même que fN373 seul peut équivaloir à l'expression Nh3=3 Dw}, et signifie une pluie libérale, ellipse commune en hébreu » (f° 88 v. et fo 89 r.). Il y a quelque chose de cela dans le commentaire d’Aben-Esra.
(11) Elle traduit : « Ante Luciferum genui ». Vatable indique ce qu'après les Sept. elle a lu pour arriver aux deux derniers mots.
(12) Cf. Genebrard, 716.
(13) Cette traduction de Paul est rapportée par Genebrard (ib.) avec la réfé-
rence à Hébr., VIT, 15. Le secundum similitudinem cité par Renan est le sens que donne la Vulg. pour ce dernier passage.
(14) Calqué sur une Note de Vatable.
(15) Il faudrait en effet prix 1351 au lieu de ps /n. Of. fo 288 v.
Psaumes du Petit Office de la Vierge 171
torrent des tribulations, ce qui rend fort bien compte de 32 =0y; si on l’applique au Messie; ils s'appuient sur l’endroit de St Paul (Phil., IL, 9: Hébr., 11, 9) et sur ces mots : Torrentem pertransivit anima nostra (16). Mais cette expression est inconnue en hébreu. 4° J'ai pensé que peul-être cela signifiait le torrent par excellence, c’est-à-d. le Torrent d'Egypte (17), comme on dit le fleuve pour l’Euphrate, le courant pour le Nil. 12 -5y à alors un sens. 5° Peut-être aussi cela veut-il dire : Il a bu dans le chemin de la vie des eaux turbulentes du torrent (par opposition aux eaux tranquilles et pures des fontaines) : métaphore pour signifier la tribulation. Mais 1° rien ne prouve que cette image fût usitée. 2° Cela fait violence au futur nnw. 3° La liaison de }3-5y n'était guère dans les idées des Juifs (e). — Du reste cela fait peut-être allusion à quelque fait de l’histoire [f° 91 r.] du héros de l’ode.
— L'ignorance complète où nous sommes du sujet et des circonstances de cet hymne est la cause des difficultés insolubles, qui en font pour nous une véritable énigme. Aussi n'est-il pas étonnant que les interprétations messiaques qui triomphent dans l’obscurité, et sont comme l’hypothèse de règle ou formule explicative pour les endroits qu’on ne comprend pas, aient abondé. Les rabbins qui ont reculé ont été inconséquents (19) : si jamais un psaume d’après leurs règles et leurs idées devait être appliqué au Messie, c’est bien celui-ci. Quoi qu’il en soit, je crois que ce psaume, [comme le Quare fremuerunt [ps. II] avec lequel il a quelque analogie,] (f) est une ode pour l’intronisetion d’un roi [de Jérusalem] (f), lequel avait dû éprouver de grandes oppositions pour monter sur le trône, et qui n’en avait triomphé que par le secours de prêtres, et lui-même peut-être était prêtre, ou du moins vaguement initié aux sacerdoces et aux mystères secrets de l’Orient. Le poète voit d’abord Jéhova... Puis il s’adresse à celui qu’il chante... Puis il se reporte au jour de sa victoire, ou peut-être au jour même de son inauguration, pour laquelle ce psaume était fait, et dépeint le brillant cortège qui l’entoure
(e) [Add. marg. avec renvoi:] 6 Enfin d’autres y voient une allusion au fait de Gédéon éprouvant ses [ ?] soldats sur le bord du torrent (18). Il boira en passant et aussitôt relèvera la tête. Il faut avouer que les deux mots In via et exaltabit caput acquièrent alors un sens fort heureux : mais il est difficile de préciser et de donner une suite.
(£) [ J] Znterl.
(16) Ps. CXXIV (cf. supra pp. 162-163). Cf. Genebr., 720, auquel est d’ailleurs emprunté tout ce premier sens, y compris les renvois à Phal., IT et Hébr., IT, et ce détail : « In via bibit » : «le Christ a bu le calice de sa passion, c’est pourquoi il relèvera la tête ». L'expression «les anciens catholiques » provient de cette phrase : « Quod vweteres omnes amplectuntur, ut Arnob. Aug. Euthymius ».
(17) Peut-être Renan aura-t-il pris l’idée de cette hypothèse en consultant une Concordance au mot Torrens : « Torrens Aegypti » y est cité plus d’une fois.
(18) Cf. J'ug., VII, 4-7.
(19) Vatable (n. à v. 1) : «Certains rabbins veulent qu’il s'agisse d'Abraham, ou de David, ou de Salomon, ou d’Ezéchias, ou de Zorobabel : conjectures incertaines, et convenant fort peu aux mots du Psaume, ou plutôt, y répugnant absolument. D’autres rabbins, dont la liste est dans Calmet, l’ont entendu du Messie ».
172 Exégèse Biblique
(Idées analogues à celles de l’Eructavit) (20) (g). Après l'avoir montré comme roi, il y ajoute le vague prestige du sacerdoce oriental, et le déclare prêtre par la bouche de Dieu même. Il le montre ensuite placé sous la protection immédiate de Dieu, et termine par le tableau de ses futurs exploits, idée familière à ces sortes de poèmes. — Quoi qu’il en soit, il est sûr 1° qu’en dépeignant ce règne glorieux, le poète accumule autour de son héros [f° 91 v.] tous les traits de l’idéal messiaque (h), 2° que ce psaume a une couleur spéciale, et se rattachant à l’ancienne poésie, probablement à la période davidique. Son titre l’appuie aussi : non qu'il prouve qu’il est de David; mais qu'il est de son époque; car quand une période poétique [comme toute autre] (i) se personnifie en un homme, le genre humain, qui aime les personnifications concrètes, lui attribue toutes les œuvres anonymes de la période, [même indignes de lui] (i). C’est par un fait psychologique analogue que Napoléon a dit tous les bons mots de son époque, St Augustin est l’auteur de tous les traités philosophiques et théologiques (22), etc. 3° Ce psaume est un chiffre. Nulle hypothèse, celle du Messie exceptée, ne l’explique. Donc, diront plusieurs... Conséquence bien épineuse (j).
3. Paré des ornements sacrés, un brillant cortège se pressait sur tes pas au jour de ton triomphe; la jeunesse de ta suite était plus nombreuse que les gouttes de rosée qui s’échappent du sein de l’aurore.
4. Jéhova l’a juré, et jamais il ne le révoquera : Tu es prêtre, a-t-il dit, pour jamais, selon l’ordre de Melchisédech.
[f° 92 r.] 7. Il boira dans ses courses guerrières de l’eau du grand Torrent : c’est alors qu’il lèvera haut la tête.
(g) LEn marge] Ce psaume pour le ton poétique ressemble beaucoup à ce dernier et au Quare fremuerunt. Il se distingue par l’abrupto de l’exorde et de la terminaison.
(h) [Id.] Comparez avec le Deus judicium tuum (21) : mais ce sont les caractères opposés : l’autre tout de douceur.
(à) FE :] Interl.
E S 1 : , à (Gi) [En marge] Au moins le sens admis comme accommodatice est beau.
(20) Ps. XLV, cf. supra pp. 127-129.
(21) Ps. LXXII, cf. supra pp. 132-156.
(22) A Issy, Renan avait étudié le Traité De l’immortalité de l'âme, dont il avait suspecté un instant l’authenticité. :
Psaumes du Petit Office de la Vierge 173