Donec praedicem potentiam tuam
[f° 115 v.] 29. Et justiliam tuam, Deus, usque ad caelum; quia fecisti magnalia Deus (b), quis ut tu (c)?
J'aime mieux construire [ce verset] avec la fin du précédent (7), comme le commencement du précédent se liait à la fin du dix-septième. Ces liaisons sont peut-être de dessein formé. — Toutefois l’expression praedicare usque ad caelos, me paraît bien moderne; c’est un vrai latinisme; de plus ce quae fecisti relatif précédant le nom est encore un vrai latinisme. Pourrait-on supposer la composition du psaume assez moderne, pour imaginer que son auteur sût le latin? Si cela était trop contraire au génie de la langue hébraïque, on pourrait
. rendre -w% par quia (8).
20. Quia ostendisti mihi angustias, et mala; ilerum vivificabis me, et ex abyssis terrae iterum ascendere facies.
Ce verset détermine -wx du vers. précédent à signifier quia. Le style ici n’est pas pur. lterum, en sens de retour (9). Les entrailles de la terre, c’est le tombeau, parallélisme parfait.
1p1Y est pris ici et en tout ce psaume dans le sens de bonté ; ita Sep-
. (b) [1° traduction] Quae... magnalia, Deus. Quis.….. (c) [En marge] Il vaut mieux couper tout à fait le verset à wnN , et traduire par quia. Peut-être les versets sont-ils mal coupés, et leur coupe devrait-elle correspondre à celle des phrases.
(6) Longue note là-dessus en Genebrard : ce commentateur rappelle que scribe en hébreu se dit Sophér, et il cite l’équivalent grec de literaturam, Yoauuaretas (399).
(7) Genebrard encore rattache par zeugma au verbe annuntiem du précédent verset, les mots potentiam tuam (400), qui commencent notre v. 19, dans son édition de la Vulg.
(8) Ib. : « Aser pourrait signifier quia ».
(9) Id., 401 : Selon l’hébreu, «iterum, vivificasti me. Ainsi les Sept. ont bien traduit la suite... iterum reduxisti me » pour conversus etc..., convertere ou redire
étant rendus par D ou ÿ\t# etc.
200 Exégèse Biblique
tante passim (10). Et dans l'Evangile : quum facis justiliam, pour eleemosynam (11).
— La littérature hébraïque a eu comme toutes les autres sa période de création et d'originalité, et sa période d'imitation où l’on n’a guère fait que glaner et amplifier les images anciennes. C’est ainsi qu’Ezéchiel paraît visiblement imitateur; c'est ainsi que plusieurs psaumes ne sont que des espèces de centons de lambeaux des anciens cantiques. Celui-ci me paraît de ce nombre. Sa monotonie, ses répétitions fatigantes, sa prolixité; ses tours longs et embarrassés, si opposés à l’extrême concision de l’ancienne poésie, indiquent une composition plus récente. Son style d’ailleurs ne paraît pas correct, et il semble qu'il ait été composé à une époque où l’hébreu n'était plus vulgaire, [f° 117 r.] car il est absolument aux anciens cantiques, ce que sont les vers latins des modernes à ceux de Virgile et d'Horace. Il n'offre pas une image, qui ne se trouve dans les anciens cantiques. Son accentuation est aussi remarquable; elle est tantôt comme celle des anciens cantiques; tantôt elle offre des caractères de modernité. On n’y trouve pas de Séla, pas de titre, et l'emploi fréquent de la locution rare Adonaï Jéhova. — Quant à la circonstance de sa composition (e), nous ne pouvons guère la conjecturer. Je ne vois pas pourquoi on rejetterait le titre de la Vulgate, qui n’a pas pu être mis sans quelque raison et par pure fantaisie; titre qui l’attribue au retour de la captivité (12). Pourtant je croirais plutôt que ce serait une prière individuelle d’un homme dans l’adversité, qui invoque Dieu, et espère sa délivrance. L'ordre des pensées n’est pas fort rigoureux, ni fort nécessaire.
Traduction.
[f° 117 v.] 20. ... Après m'avoir fait ressentir de cruelles infortunes, tu me rendras à la vie, tu sauras me tirer des entrailles de la terre qui m'’avaient englouti.