Vo
de sucre et 3,2 7» d’urée
1" avril. ...
L’animal est sacrifié le 11 avril. A l’autopsie, on ne retrouve plus trace du fragment de pancréas transplanté sous la peau.
Conclusion. — La signification de toutes ces expériences ne paraît point douteuse, et on ne saurait guère interpréter leurs résultats que de la manière suivante :
Le pancréas possède, en outre de sa fonction digestive qu’il exerce par la sécrétion du suc pancréatique dans l’intestin (sécrétion externe), une autre fonction d’un rôle capital dans les
échanges nutritifs. Il paraît accomplir cette dernière à la manière des glandes dites vasculaires sanguines (sécrétion interne), et les deux sortes de fonctions semblent, jusqu’à un certain point, indépendantes l’une de l’autre ; en effet, lorsque la première est supprimée, la seconde peut encore persister quelque temps d’une façon manifeste, comme dans les expériences d’extirpation partielle et de greffe où toute sécrétion externe du suc pancréatique était tarie; et inversement la fonction que nous considérons comme une sécrétion interne peut être abolie, alors que l’excrétion du suc pancréatique continue à se faire, comme cela a dû être le cas dans notre expérience xxii K
§ V. — Résultats de la destruction sur place du
PANCRÉAS et de l’aBLATION DES RESTES DE LA GLANDE ATROPHIÉE.
S’il est un fait qui doit paraître paradoxal dans celte étude du diabète pancréatique expérimental et mal cadrer avec la théorie glandulaire, c’est bien celui que j’ai, le premier, signalé et que M. Thiroloix a depuis confirmé, à savoir que la destruction du pancréas sur place au moyen d’une injection de corps gras dans ses canaux excréteurs, selon la méthode de CI. Bernard et Schiff, ne produit pas la glycosurie chez le chien. La première explication du fait qui se présente à l’esprit, quand on connaît les résultats négatifsderexlirpalion partielle du pancréas, c’est évidemment que le procédé de destruction de la glande est insuffisant pour amener la suppression absolue des éléments épithéliaux. Celte explication est séduisante, et je montrerai tout à l’heure qu’elle peut être jusqu’à un certain point appuyée sur l’examen histologique des restes du pancréas détruit et sur les résultats de leur extirpation. D’autre part, la possibilité d’obtenir la glycosurie
’ Thiroloix (Note sur la physiologie du pancréas. De la dissociation expéri‘ mentale des sécrétions externe et interne de la glande. Rôle dans le diabète. Arch. de physiologie, octobre 1892) a rapporté aussi un cas de ce genre A ce propos, il fait remarquer que cette expérience peut servir à l’interprétation de nombreux cas de diabète chez l’homme, où la fonction sécrétoire du pancréas ne paraît pas compromise.
(glycosurie alimentaire seulement, il est vrai) chez le lapin, par la destruction du pancréas au moyen du même procédé, comme je l’ai montré, invite à adopter cette interprétation ; car on est en droit de supposer que, si le résultat est négatif pour l’un de ces animaux et positif pour l’autre, cela tient à ce que, chez celui-ci, une destruction profonde de la glande est plus facilement réalisable que chez celui-là, en raison d’une disposition anatomique différente.
Mais on peut encore émettre une autre hypothèse pour tenter d’élucider le paradoxe en question. Comme l’atrophie du pancréas, dont les canaux ont été remplis d’un corps gras, s’opère lentement et graduellement, si bien que ce n’est qu’au bout de plusieurs mois que son tissu paraît complètement détruit, ne pourrait-il pas se faire que pendant ce temps d’autres organes glandulaires acquissent une fonction compensatrice dans la nutrition et les échanges? En d’autres termes, c’est la question d’une suppléance par des organes vicariants que nous soulevons ici.
J’ai tour à tour oscillé entre les deux interprétations précédentes. Au début de mes recherches, je penchais pour la théorie de la suppléance. Mais plus tard, lorsque j’arrivai à me convaincre qu’il suffit, dans certains cas, d’un très petit fragment de pancréas sain pour mettre obstacle à la glycosurie, je me pris à douter que la destruction du pancréas eût été bien complète dans les expériences d’injection de paraffine ou d’huile dans le canal de Wirsung. Même doute pour les cas de diabète intermittent que j’avais réalisés en enlevant le pancréas préalablement atrophié : l’atténuation du diabète ne provenait-elle point d’une ablation incomplète de la glande, bien que j’eusse considéré alors l’extirpation comme totale? C’est de cette façon que Minkowski, opposé à la théorie de la suppléance, interprétait les résultats de ces expériences, et il faisait remarquer, non sans raison, que la sclérose du pancréas et son adhérence aux organes voisins, en rendant l’extirfiation plus difficile, exposait l’opérateur à laisser, contre son gré, un fragment de la glande dans l’abdomen. Aujourd’hui encore je ne saurais me prononcer catégoriquement
pour l’uDe ou l’antre interprétation, et, bien que certains faits me paraissent difBcilement explicables en dehors de la théorie d’une suppléance, je dois reconnaître qu’une preuve absolument convaincante en faveur de cette hypothèse nous manque jusqu’ici. Quoi qu'il en soit, il y a des faits qui sont, à mon sens, très dignes d’attention sous ce rapport. Je vais maintenant les exposer en faisant ressortir les arguments qu’ils peuvent suggérer en faveur de l’une ou de l’autre théorie.
1" Effets de la destruction du 'pancréas chez le chien.
On sait que Cl. Bernard était parvenu, dans plusieurs expériences, à détruire le pancréas chez le chien par une injection de corps gras (axonge, beurre fondus, etc.) dans le canal de Wirsung. Au bout d’un certain temps, le parenchyme de la glande paraissait totalement atrophié et réduit à ses canaux excréteurs. La conséquence de l’opération était une perversion des fonctions digestives; l’animal rendait dans ses matières fécales de grandes quantités de graisse et des morceaux de viande non digérés. Par contre, Schiff, en détruisant le pancréas par une injection de paraffine fondue, n’aurait vu se produire aucun trouble.
Pour moi, j’ai constaté, chez les animaux auxquels une injection de corps gras (paraffine ou autres) fut pratiquée dans le canal de Wirsung, les troubles digestifs indiqués par Cl. Bernard ; les animaux devenaient très voraces et maigrissaient malgré une alimentation intensive; en même temps et comme conséquence delà polyphagie, il existait une polyurie accentuée avec élimination (i’une plus grande quantité d’azote que dans l’étal normal. Mais, pour ce qui est du diabète, j’en ai vainement attendu l’apparition même après plusieurs mois ; dans quelques cas seulement une glycosurie fugitive et peu accentuée (maximum 1,2 fut notée les 10®-12° jour après l’opération. Les autres troubles d’ailleurs, et par là pourrait s’expliquer ro[)inion de Schilf, n’étaient point persistants. Au bout d’un temps plus ou moins long, les animaux reprenaient de leur poids et tendaient
vers rétal normal. Ce fait, qui avait du reste été observé aussi par Cl. Bernard, provenait de la désobstruclion des canaux excréteurs et du retour ad intcgrum de la fonction pancréatique. Toutefois dans certaines expériences, où une destruction en apparence radicale du pancréas fut obtenue, je notai aussi qu’au bout d’un certain temps l’amaigrissement cessait de faire des progrès et que les fèces reprenaient leur aspect normal. Dans ces conditions, le seul trouble persistant consistait en une tendance à la dénutrition qui n’était compensée que par Tingestion d’énormes quantités de nourriture; l’animal constamment affamé présentait les sym[)tômes du diabète insipide : polyphagie, polyurie, azoturie, avec amaigrissement rapide, si sa pâtée quotidienne n’était pas très supérieure à la ration d’entretien d’un chien normal. La question de savoir si cette perversion des actes nutritifs ne relève pas exclusivement d'un trouble dans l’élaboration des aliments, et si en particulier l’azoturie ne dépend pas uniquement de la polyphagie, est difficile à résoudre d’une manière satisfaisante. D’après les dosages d’azote des ingesta et des excreta que j’ai exécutés dans quelques expériences de ce genre, j’incline à penser que l’azoturie n’est pas seulement, chez ces animaux, la conséquence d’une riche alimentation azotée, mais aussi l’indice d’un trouble profond dans l’assimilation des matières albuminoïdes et d’une tendance à l’autophagie. Mais je n’ai pas l’intention pour le moment de m’avancer dans la discussion de cette opinion, pour laquelle je renverrai à mes mémoires Archives de médecine expérimentale Qn tiendrai exclusivement à l’étude
du diabète sucré. Pour ce dernier donc, il est impossible de le faire naître par une destruction du pancréas in situ. Serait-ce parce que cette destruction ne peut être réalisée d’une manière suffisamment rigoureuse?
11 est en effet très difficile d’obtenir une atrophie de toute la masse du pancréas après une injection de corps gras dans ses canaux excréteurs. Quelques lobules où la graisse ne pénètre pas, résistent à la dégénérescence. Pour s’assurer de la pénétration de 1 injection dans tout le parenchyme, Gley poussa dans le canal
de WirsuDg de la gélatine teintée de diverses matières colorantes, Tliiroloix de l’huile tenant en suspension du noir de fumée ou bien encore du bitume de Judée. Ce dernier auteur a réalisé de cette manière des atrophies du pancréas qui paraissaient aussi avancées qu’on pouvait le désirer. Après quelque temps, la glande était en effet réduite à un petit moignon de consistance dure, à surface noire irrégulière, bosselée, et l’examen histologique y démontrait non seulement un épaississement énorme du tissu conjonctif canaliculaire, mais aussi intra-acineux. Au bout de deux à trois mois, le pancréas, dont tous les diamètres étaient réduits à quelques millimètres, perdait cette consistance dure et devenait élastique et malléable; ce changement provenait de la disparition complète des acini ; sur les coupes histologiques le pancréas n’était plus représenté que par une charpente fibreuse dont les espaces libres étaient remplis de la matière étrangère. D’après cette description, il ne resterait donc aucun doute sur la réalité de la destruction totale de l’élément glandulaire. Je crois cependant qu’il ne faudrait pas se hâter d’accepter cette affirmation, sans faire la remarque que la nature et la coloration des substances injectées devaient apporter un sérieux obstacle à un examen histologique rigoureux. Gomme conséquence de ces destructions du pancréas, Thiroloix a observé, comme moi, que les animaux opérés ne présentaient point de glycosurie, mais seulement les troubles signalés précédemment G
1 Ces troubles, quoi qu'en ait dit M. Thiroloix. relèvent bien de l’atrophie du pancréas et non de la lésion nerveuse causée par l’extirpation de sa portion descendante, lorsqu’on pratique cette dernière opération conjointement avec l’injection de graisse dans le canal de Wirsung ; car jamais la seule ablation de cette portion de la glande n’amène le moindre trouble. M. l'hiroloix a constaté de plus le passage du sucre dans l’urine toutes les fois qu’il pratiqua des sections dans le tissu représentant le reste du pancréas ; et ce fait, qui n’est d’ailleurs point contestable, l’avait induit tout d’abord à admettre que le diabète pancréatique expérimental reconnaît pour cause des lésions nerveuses ; mais cette opinion, alors même qu'elle ne pouvait encore être réfutée par les résultats de la grelfe souscutanée du pancréas, n’aurait dû trouver aucun crédit. Car la glycosurie ain-ii provoquée est transitoire et relativement pou élevée, et entre une telle glycosurie et le véritable diabète causé par l’extirpation du pancréas, il y a toute la distance
Pour rechercher si l’absence de glycosurie après destruction du pancréas peut être exuliquée par une suppléance fonctionnelle de la part d’autres organes, j’ai extir()é le reste du pancréas atrophié. Dans deux expériences de ce genre, le diabète, au lieu d’évoluer avec son intensité habituelle, affecta une allure particulière. Dans un cas (Arch. da méd. exp., janvier 1891) le sucre passa d’abord dans l’urine aussitôt après l’opération et atteignit bientôt (le neuvième jour) le chiffre de 5,5 je pensais donc, d’après ce début, que le résultat de l’expérience ne différerait en rien du résultat ordinaire, lorsque la glycosurie se mita décroître et cessa complètement au bout de 16 jours. Puis, pendant une longue période je ne trouvai pas trace de sucre dans l’urine. Mais au bout de deux mois la glycosurie reparut avec intensité (4-5 7o) et ne cessa plus jusqu’à la mort, qui arriva un mois plus tard. Dans un autre cas analogue {Arch. demed. exp., mars et juillet 1891) la glycosurie ne débuta que le 22® jour, et après s’être établie, présenta des oscillations journalières considérables et des intermittences durant plusieurs jours, sans qu’il fût possible d’en trouver la raison d’être dans la nature de l’alimentation. Pour Minkowski, ces cas de diabète atténué, intermittent, relèvent d’extirpations incomplètes de la glande. Bien que dans
qui sépare un phénomène peu accentué et passager d’un phénomène très intense et permanent. Toute lésion pratiquée sur un pancréas sain ou sclérosé peut amener une glycosurie passagère, mais non le diabète durable. Notre conviction était bien arrêtée sur ce point, lorsque parut la thèse de M. Thiroloix, et les expériences de cet auteur n’étaient point de nature à la modifier. Faut-il en effet insister sur ce que les conclusious qu’il en tira dépassaient de beaucoup la portée des faits constatés ? A la suite de la résection partielle du pancréas, il dit avoir observé dans un cas toute la symptomatologie du diabète maigre (pag. 06) et il donne à l’appui son expérience 22, intitulée : Ligature des canaux pancréatiques, amaigrissement. Trois sections du pancréas. Glycosurie jusqu’à la mort. Cette dernière partie du titre laisse espérer qu’on va lire la relation d’un vrai cas do diabète persistant. Or combien de temjts a donc vécu l’animal ? Quatre jours. Encore dans ce temps l’exciétion du sucre est-elle tombée à 0,27 °/o le 5« jour. Et à la suite de cette observation, pour appuyer sa manière de voir, l’auteur croit devoir citer des expériences de M. Rémond (Gaz. des îlôpilaux, 1890, pag. 777), expériences qui, ainsi que chacun peut s’en convaincre, sont dépourvues de toute signification précise.
mes cahiers de noies, les deux expériences précédentes soient enregistrées comme extirpations totales, j’avoue que je ne tardai pas à mettre en doute rexactitude du fait et à me défier de mes propres observations, lorsque j’appris, par des expériences ultérieures, à reconnaître quelle influence énorme sur la marche et l’allure du diabète peut exercer un fragment de pancréas, même miniuae, même très atrophié en apparence. C’est pourquoi je repris ces expériences et, sûr désormais de ne point me laisser induire en erreur, je m’appliquai à faire disparaître le pancréas d’une manière graduelle, en l’atrophiant d’abord par une injection d’huile dans le canal de Wirsung, et en enlevant ensuite dans des laparotomies successives non seulement les portions de glande qui avaient résisté à la dégénérescence, mais encore des fragments des tissus résiduels. Voici deux expériences qui ont été exécutées de cette sorte; elles sont, il est vrai, incomplètes, en ce sens que dans l’une on ne put extirper tout le tissu qui représentait le pancréas détruit, et que dans l’autre cette contreépreuve ne donna pas un résultat entièrement satisfaisant, par suite de la courte survie de l’animal ; leurs résultats sont cependant très dignes d’intérêt, en particulier au point de vue de l’analyse histologique d’un tissu qui, à première vue et même après un examen attentif, pouvait passer pour avoir perdu tout caractère glandulaire.
Expérience xxviii. — Destruction du pancréas par une injection d'huile d'olive dans le canal de Wirsung. Extirpation ultérieure des portions de glande restées saines. Longue survie de l'animal {un an). Pas de glycosurie.
Chien de 17 kilogr. Le 31 mai 1893, on injecte dans le canal de Wirsung 3 centim. cubes d’huile d’olive pure, stérilisée, puis on lie les deux bouts du canal sectionné.
Les jours suivants, on constate une polyurie excessive (1 lit. 1/2 d’urine eu 24 heures), mais pas la moindre glycosurie. L’animal maigrit quoiqu’il présente une voracité extrême et qu’il absorbe chaque jour une grande quantité de viande et de pain. Puis, plus tard, ces troubles s’amendent et l’animal récupère son poids primitif et le dépasse (en quatre mois il gagne 3 kilogr.).
Le 4 décembre, oii pratique une laparotomie exploratrice pOur savoir dans quel état est le pancréas. On trouve que toute la portion descendante et une petite portion de la tête de la glande entourant le canal de Wirsung à son embouchure, ont l’aspect normal. Mais tout le reste de la tête du pancréas et sa portion gastro-splénique sont méconnaissables : à leur place on rencontre un cordon fibreux, dur, de la grosseur d’une plume d’oie, très adhérent aux feuillets du repli péritonéal, où la glande est normalement contenue. On extirpe alors tonte la partie saine de la glande en réséquant le canal de Wirsung, et on laisse en place la portion atrophiée.
A la suite de cette seconde opération, l’animal présente essentiellement les mêmes troubles qu’après la première, mais celte fois d’une façon persistante : voracité incroyable, polyurie allant jusqu’à l’élimination de plus de 2 litres d’urine dans les 24 heures, mais glycosurie nulle. (Toutefois on observe fréquemment que l’urine peut réduire une faible quantité de liqueur de Fehling, mais sans formation de précipité. Il se pourrait qu’il y eût alors des traces de sucre, car, en outre, l’épreuve de Fischer par la phénylhydrazine donne un résultat positif). Pendant les mois de janvier, février et mars 1894, les urines sont recueillies et analysées régulièrement chaque jour, et pas une seule fois le sucre ne s'y trouve en quantité dosable. L’animal maigrit sensiblement malgré sa gloutonnerie et l’abondance des aliments ingérés.
Le G avril, on pratique une troisième laparotomie dans le flanc gauche ; la rate est tirée hors du ventre et on peut alors apercevoir, le long des vaisseaux spléniques, le cordon fibreux dur, qui représente le pancréas. A sou extrémité libre, ce cordon est parsemé à sa surface de petits grains blancs qui, d’après leur aspect, doivent être des aciui de la glande ayant résisté à la sclérose. On pose alors une ligature sur ce résidu de la queue du pancréas, et on en extirpe deux centimètres environ, de façon à enlever tout ce qui peut rester de ce tissu glandulaire relativement sain (L’examen histologique du fragment enlevé montra elTectivement, tout autour d’un canal de Wirsung très dilaté et à parois épaissies et fibreuses, quelques acini dont les éléments épithéliaux étaient intacts).
L’animal se remet bien de cette opération et ne présente pas d’autres troubles qu’auparavant. Pendant le reste du mois d’avril et tout le mois de mai, son urine est absolument dépourvue de sucre, meme pour une alimentation très riche en hydrates de carbone. L’amaigrissement fait cependant des progrès et on ne peut les enrayer par un accroissement de la ration alimentaire, car celle-ci est maxima, l’animal étant libre de manger jusqu’à ce que son estomac, distendu,
ne puisse plus rien admettre, liberté dont il use d’ailleurs à chaque repas. Malgré le surmenage qui doit résulter pour l’intestin d’une telle surcharge alimentaire, les fonctions digestives ne sont pourtant pas troublées d’une manière bien apparente : les rnaiières fécales sont très abondantes, mais bien moulées, et ne contiennent point ces débris de viande qu’on rencontre toujours dans les fèces des chiens dépancréatés.
L’animal meurt brusquement le 18 Juin ; comme il était encore très vigoureux malgré son état de maigreur, on ne peut guère attribuer sa mort qu’à une circonstance accidentelle ; je pense qu’une ingestion par trop copieuse d'aliments n’y est pas étrangère. En elfet, à l’autopsie je trouve que le tube digestif présente une dilatation excessive et est rempli de matières depuis l'estomac jusqu’au rectum. L’estomac occupe une grande partie de l’abdomen, dilate la base du thorax et refoule le diaphragme ; il a une capacité cinq à six fois plus grande que dans l’état normal ; l’intestin grêle est aussi très dilaté et a presque le diamètre de cet intestin chez l’homme; les parois (tunique muqueuse et musculaire) en sont hypertrophiées.
Le cordon fibreux, résidu de la glande pancréatique, est essentiellement formé par un canal de Wirsung très dilaté et à parois épaissies; ce canal est en communication avec la cavité de l’intestin, car une injection d'eau poussée à son extrémité distale jaillit dans le duodénum (Gette communication s’était donc rétablie, malgré la ligature et la résection de l'embouchure du conduit pratiqué lors de la deuxième laparotomie). Tout autour du canal de Wirsung et le long du duodénum, on ne peut, en dépit de la plus grande attention, déceler aucun tissu ayant conservé l’aspect glandulaire. Des coupes histologiques du cordon fibreux représentant le pancréas permettent de constater : 1° que le canal de Wirsung possède un épithélium de revêtement intact; 2° que dans la zone de tissu conjonctif scléreux qui l’entoure, se trouvent disséminées en petit nombre des cellules dont le groupement en acini n’est point reconnaissable, mais qui pourraient bien cependant représenter des éléments épithéliaux. Je n’insiste pas sur cette structure, parce qu’elle ne diüère pas de celle qui sera décrite pour l’expérience suivante.
Ainsi, dans cette observation, où l’absence de glycosurie fut régulièrement notée chaque jour pendant plusieurs mois, le pancréas était atrophié à un tel point qu’on pouvait, semble-t-il, sans grand scrupule, en considérer la destruction comme complète. Sur
les coupes des restes de la glande, un histologiste non prévenu n’aurait certes point su découvrir une structure glandulaire; toutefois, étant donné l’origine du tissu, la présence de certains éléments cellulaires imposait encore quelques réserves. Si ce résidu de pancréas constituait vraiment un obstacle au passage du sucre dans l’urine, le meilleur moyen de s’en assurer eût été évidemment de l’extirper. C’est celle contre-épreuve qui malheureusement ne put être faite. Passons donc à l’autre expérience.
Expérience xxix. — üeslmcLion du pancréas par une injecLion d’huile dans le canal de Wirsung. — Ablation successive en plusieurs temps des restes de la glande. — Longue survie.
Chien de 16 kil. 1/2. Le 9 novembre 1896, on pratique une injection d’builo d’olive stérilisée dans le canal de Wirsung et on extirpe de plus toute la portion descendante du pancréas.
A la suite de cette opération, l’animal devient vorace et polyurique, mais non glycosurique. (Quand l’urine réduit la liqueur de Fehling, ce n’est que très faiblement et sans formation de précipité ; aussi est-il douteux que cette réduction soit due au sucre). Deux mois après, son poids est encore de 16 kilogr. La nutrition ne paraît donc pas gravement atteinte.
Le 5 janvier 1897, par une laparotomie exploratrice, on constate que le pancréas est presque totalement détruit. Toutefois, contre le duodénum, au niveau de l’abouchement du canal de Wirsung, il reste un lobule sain de la grosseur d’un pois. De plus, à l’extrémité splénique, le tissu glandulaire ne paraît pas totalement atrophié (il existe à ce niveau un semis de petits grains blanchâtres). Pour tout le reste de la glande, on ne trouve à sa place qu’un cordon très dur, de la grosseur d’une plume d’oie, adhérent aux feifillets péritonéaux. On extirpe alors : P le fragment de tissu sain situé contre le duodénum (l’ablation de ce morceau entraîne la résection du canal de Wirsung à son embouchure) ; 2® l’extrémité de la queue sur une longueur d’environ 2 centimètres, après l’avoir séparée des vaisseaux spléniques. Il reste donc après cette opération les segments du cordon fibreux qui représentent le corps et la tete de la glande, toutes ces parties étant d’ailleurs considérablement atrophiées et méconnaissables en tant que tissu glandulaire. Les deux morceaux enlevés pèsent ensemble 4»', 5. L’extrait aqueux du fragment de la tête sacchariüe instantanément l’empois, mais l’extrait du tissu de la queue no sacchariüe que très lentement et faiblement.
L’animal se remet très vite de ce traumatisme, et sa plaie abdominale se cicatrise rapidement. Dans les premiers jours, on ne décèle [las de sucre dans Tarine, mais bientôt il est possible de faire naître une glycosurie alimentaire.
Du 7 au 12 janvier, ralimentation consiste en une ration journalière de 600 gram. de viande de cheval et 300 gram. de pain. Pas de sucre dans l’urine. Pour savoir comment se fait la digestion des albuminoïdes, on dose l’azote dans les fèces. Les matières fécales de trois jours, soit 1 kilogr., sont réunies, broyées et intimement mélangées ; puis ou en prélève un échantillon que l’on fait sécher à 110°. Le dosage de l’azote par le procédé de Kjefdahl donne 7,4 d’azote % de matières sèches. Les fèces contenant 28,7 °jo de matières sèches, on voit que la totalité de l’azote rejeté en trois jours ne s’élève qu'à 21 «",2, ce qui démontre que la digestion et l’absorption des matières albuminoïdes ne sont pas profondément troublées chez cet animal.
Du 12 janvier au 14 avril, l’animal reçoit très régulièrement chaque jour 700 gram. de viande de cheval, et on y ajoute, par périodes, dillerents hydrates de carbone en proportions déterminées, pour provoquer une glycosurie alimentaire. Voici les résultats des analyses d’urine. Lorsque l’animal ne mange que de la viande, il n'y a pas de glycosurie ; celle-ci n’apparaît pas non plus quand on ajoute 100 gram. de pain à la ration de viande. Avec 300 gram. de pain, le sucre passe dans l’urine et atteint le 8 janvier 2,3 %, niais il disparaît aussitôt qu’on retranche le pain de la nourriture. Après l’ingestion d’un demilitre de lait, contenant J 7 gram. de lactose, le 27 janvier, l’animal n’excrète que 3 gram. de sucre. Après ingestion de 17 gram. de glycose pur, il ne passe que 1 gram. de sucre dans l’urine. Quelques jours après (3 février), l’ingestion de 50 gram. de glycose est impuissante à provoquer la glycosurie. Avec 60 gram. glycose, le 8 février, l’animai en excrète 7 gram. Après ingestion de 50 gram. de maltose, le 12 février, il passe 8 gram. de sucre dans l’urine.
Pendant toute cette période, la glycosurie alimentaire est donc fort irrégulière et peu intense. La quantité de sucre excrétée n’atteint un chiffre un peu élevé que lorsque l’animal ingère une quantité assez considérable de pain. Mais bientôt on s’aperçoit que, meme dans ces dernières conditions, la glycosurie ne se maintient pas, etqu’elle cesse après quelques jours du même régime.
Ainsi du 14 au 26 février, l’animal reçoit 200 gram. de pain par jour en plus de sa ration de viande. L'urine contient du sucre (maximum 1,7 7o) pendant cinq jours, puis en reste totalement dépourvue. On élève alors la ration de pain à 300 gram. ; la glycosurie réappa-
raît, mais pour cesser bientôt encore. Onia porte à 400 gram. : la glycosurie s’élève progressivement et atteint 3,8 % le 10 mars, mais elle ne tarde pas à tomber et à disparaître. En retranchant les hydrates de carbone pendant quelques jours et en reprenant ensuite le régime de pain, le sucre passe dans l’urine, mais toujours pour un temps limité. Ce phénomène est observé un certain nombre de fois pendant le mois do mars et le mois d’avril : on constate de plus que, lorsque la glycosurie a cessé, on la fait facilement reparaître en ajoutant un pancréas de bœuf cru à la ration alimentaire de l’animal. Lorsque le régime d’hydrates de carbone est longtemps prolongé, il paraît donc se faire une sorte d’accoutumance de l’organisme relativement à la consommation du sucre. Il est certain d’ailleurs qu’une partie des féculents (mais peu élevée) échappe à la résorption .
L’animal est très bien portant, d’un embonpoint modéré, et ne perd pas de poids. Loin donc de se comporter comme l’animal de l’expérience précédente, qui pourtant ne se montra glycosurique à aucun moment, il se maintient en équilibre de nutrition avec une ration alimentaire bien inférieure. Il présente toutefois une grande voracité, et il faut remarquer que, si sa ration alimentaire n’a rien d’exagéré, elle suffirait cependant à faire engraisser notablement un animal normal. Le 18 février, une nouvelle analyse des fèces démontre qu’ils contiennent seulement 2,7 % d’azote et 12 % de graisse. La quantité d’urée excrétée journellement est en moyenne de 2,5 % et le volume de l’urine ne dépasse que rarement un litre et reste généralement audessous de ce chiffre (750co, moyenne du mois d’avril).
A partir du 14 avril, la ration de viande est abaissée à 400 gram. L’addition de pain fait apparaître, comme précédemment, une glycosurie transitoire, qui réparait chaque fois qu’on reprend le régime d’hydrates de carbone après une interruption de quelques jours. L’animal ne souffre point de cette réduction de sa ration alimentaire et conserve sa vigueur. Le 15 juin, il pèse 17 kilogr.
Le 16 juin, on pratique une nouvelle laparotomie. Des adhérences du duodénum avec la face inférieure du foie sont facilement détruites. L’anse duodénale étant alors attirée hors du ventre, on remarque dans sa concavité un petit fragment de pancréas, d’aspect normal, que l’on résèque d’un coup de ciseaux (poids de ce fragment, 08'’,3). Il se trouve par là que la section du canal de Wirsung apparaît béante au ras du duodénum, et qu’un styletqu’on y engage pénètre dans l’intestin ; on pose alors une ligature sur ce tronçon de canal, pour éviter un reflux de matières intestinales dans la cavité du péritoine. Le reste du cordon fibreux représentant le pancréas a conservé les caractères qu’il
avait primitivement. On en résèque toute la partie adhérente au duodénum et, pour être sûi' de n’en rien laisser, on rase l’intestin jusqu’à en mettre à nu la couche musculaire. Un segment du canal de Wirsung est enlevé de ce tait, et toute communication de ce conduit avec rintesliu supprimée. Des coupes histologiques du tissu enlevé montrent qu'il est constitué exclusivement par du tissu fibreux contenant par place des amas arrondis de globules blancs, mais pas trace de tissu glandulaire ; on y trouve aussi une cavité kystique renfermant un ûl de soie qui avait servi à faire une ligature dans une opération antérieure.
Maintenant donc que le cordon fibreux qui tient lieu de pancréas a été disjoint de l’intestin et réséqué à ses deux extrémités, il n’en reste plus qu’un court segment (de 3 à 4 centim.) qui représente, d'après sa situation, le corps de la glande. L’animal n’éprouve aucun trouble après cette nouvelle opération. Sa plaie se cicatrise rapidement. Il se maintient en bon état de nutrition et ne maigrit pas. Chose curieuse, on ne peut plus faire apparaître de glycosurie alimentaire. En effet, du 23 au 28 juin, pour une ration quotidienne de 500 gram. de viande et 200 gram.de pain, il ne passe que des traces de sucre dans l’urine, et avec 400 gram. de pain par jour, du 28 juin au 7 juillet, la quantité de sucre excrétée est insignifiante.
Je me décide alors à extirper ce qui reste du pancréas atrophié. Le 7 juillet, par une laparotomie pratiquée dans le flanc gauche, on découvre sans peine le reste de la glande et on l’extirpe totalement avec les feuillets péritonéaux y adhérant. Sa longueur est de 4 centim. Des sections transversales y démontrent la présence d'une petite cavité close remplie d’un liquide clair et qui, à n’en pas douter, est le canal de Wirsung dilaté. L’extrémité splénique du cordon fibreux se termine par un nodule d’une consistance plus dure que le reste; un fil de soie s’y trouve enkysté (fil de ligature placé là sept mois auparavant, lors de l’extirpation de la queue du cordon). Toute la pièce est fixée dans le liquide de Flemming pour une étude histologique.
L’animal ne se montre pas tout d’abord très alîecté par ce nouveau traumatisme ; le lendemain, il dévore sa pâtée avec sa voracité habituelle. La glycosurie apparaît alors, malgré l’exclusion des hydrates de carbone de la nourriture, mais elle est peu intense. Cependant, on remarque bientôt que la plaie abdominale suppure et que ses lèvres ont une tendance à se disjoindre ; les bords de la peau s’écartent et se sphacèlent. Le 12 juillet, ranimai s’éventre et dilacère scs intestins à coups de dents ; comme il est dès lors impossible, devant
ce dommage irréparable, de le conserver, on rachcve pour en faire une nécropsie minulicuse. On ne peut retrouver aucune trace de pancréas ni aucun tissu pouvant représenter cette glande.
Du 7 au 12 juillet, l’animal, nourri exclusivement de viande, rendit:
8 juillet..
430“° d’urine
avec 1,3 °/
de sucre et 3 ®/o
Dans la vessie, au moment de l’autopsie, on trouva 14®“ d’urine avec 2,5 % de sucre et 1,7 °/o d’urée.
Examen histologique du cordon fibreux représentant les derniers restes du pancréas. — H y avait naturellement un grand intérêt à faire une analyse microscopique attentive des derniers restes de la glande pancréatique. Cet examen fut pratiqué par mon collègue M. Vialleton, que je suis heureux de remercier ici pour l’amabilité avec laquelle il m'est venu en aide dans l’étude de cette question délicate d’histologie ; il exécuta des coupes en série sur toute la longueur du cordon fibreux dont les éléments avaient été fixés au Flemming, et, après l’inspection de toutes les coupes, rédigea la note suivante, dont il sera facile de suivre les détails à laide des figures de la planche ci-contre: cc Sur la plupart des coupes, on trouve le canal de Wirsung élargi, avec des parois épaissies, mais un épithélium parfaitement conservé et normal, et sur ses bords des culs-de-sac latéraux possédant le même épithélium dans le même état d’intégrité. Sous l’épithélium on distingue dans les préparations colorées au bleu de méthylène une rangée de clasmaiocystes, éléments qui sont d’ailleurs très abondamment répandus dans le reste de la préparation, au milieu des faisceaux de tissu conjonctif. Ces derniers, très serres, entrecroisés entre eux dans diQerents sens, sont très développés autour des vaisseaux qui, eux-mêmes, ont une paroi musculaire fortement épaissie et une direction légèrement sinueuse.
Au milieu des faisceaux de tissu conjonctif, à des distances variables du canal de Wirsung, on trouve des amas cellulaires plus ou moins bien limités et qui sont de deux sortes : les uns sont formés par des globules blancs, pour la plupart polynucléés, les autres sont constitués par des cellules épithéliales présentant divers aspects.
Dans certains points, les cellules sont petites, pressées les unes contre les autres en amas arrondis qui peuvent rappeler des restes
d’acini ou de lobules, ou en traînées irrégulières comprises entre les travées du tissu conjonctif. Ces cellules épithéliales paraissent avoir une grande importance dans le cas particulier, parce au’elles sont les seuls éléments pouvant représenter les cellules glandulaires de l’organe. A vrai dire, sauf les cas peu nombreux où ces cellules sont groupées en amas arrondis et rappellent plus ou moins la forme d’un lobule pancréatique, elles ne reproduisent pas du tout l’arrangement normal, et on ne voit rien sur les coupes qui puisse faire penser qu’il est resté des acini intacts ou peu modifiés. Mais la nature nettement glandulaire de ces cellules permet bien de penser qu’on a sous les yeux les représentants des éléments épithéliaux. Ces cellules sont, pour la plupart, petites, pressées les unes contre les autres, pourvues d’un beau noyau clair et d’un corps protoplasmique peu développé. On trouve souvent au milieu d’elles, dans leurs intervalles, des globules blancs plus ou moins nombreux, polynucléés pour la plupart. De telle sorte qu’on peut trouver toutes les transitions possibles entre ces amas de cellules épithéliales peu infiltrées de globules blancs et les nodules purement leucocytaires qui ne présentent plus que de rares noyaux trahissant la présence de cellules épithéliales.
A côté de ces cellules épithéliales de petite taille, on en trouve de plus grandes d’un volume double ou triple, et qui présentent dans leur proloplasma des granulations colorées en brun par le Flemming et plus ou moins volumineuses ; quelques-unes de ces cellules possèdent même de fines granulations noires, peut-être de nature graisseuse.
Aucune de ces deux sortes de cellules (considérées comme épithéliales parce que leur noyau diffère beaucoup de celui des globules blancs et parce que leur corps protoplasmique présente aussi des dimensions plus considérables que celles des globules blancs) ne possède la forme et la structure des cellules pancréatiques normales, c’est-à-dire que l’on n’y voit pas de grains de zymogène, non plus que de différenciation entre les deux zones normales. Par conséquent, ce ne sont pas de véritables cellules pancréatiques; pourtant leur nature épithéliale ne paraît pas douteuse, car leur noyau est toujours volumineux, clair, uninucléolé, tandis que celui des globules blancs est fortement coloré ; d’autre parties dimensions des plus grandes cellules épithéliales sont bien supérieures à celles des plus grands leucocytes mononucléés qu’on connaisse. Il est donc probable qu’on se trouve là en présence de formes pathologiques dos cellules glandulaires normales.
En cherchant sur les séries de coupes des relations de continuité ou simplement des rapports de contiguïté entre ces amas cellulaires et le
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