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I I — HISTORIQUE

L’iiistoire de Tacétonémie et de l’acétonurie commence avec Petters, qui le premier, en 1857, attribue à Pacétone l’odeur chloroformique que dégagent l’haleine et l’urine de certains diabétiques, et que Brand avait déjà remarquée en 1850. Par la distillation de l’urine d’une diabétique morte dans le coma, Pelters est arrivé à obtenir une substance qu’il a considérée comme étant de l’acétone ^

Kaulich, en 1860, établit d’une façon certaine que cette substance est bien de l’acétone ; il ajoute, sans toutefois en fournir la preuve chimique, qu’on ne la trouve pas seulement chez les diabétiques, mais aussi dans les affections chroniques ou aiguës du tube digestif, dans le carcinome de Pestomac, dans les fièvres éruptives accompagnées de phénomènes gastriques, comme la rougeole ou la scarlatine, dans l’abstinence. C’est même aux troubles digestifs, si fréquents dans le diabète, à la constipation surtout, qu’il attribue l’existence fréquente de Pacétonémie et de Pacétonurie dans cette maladie.

Cerhardt prétend alors deceler Pacétone dans les urines parla coloration rose qu’elles prennent sous l’influence de quelques gouttes d’acide sulfurique, et par la teinte rouge-brun que leur imprime le percblorure de fer.Lieben, de son cote, nous apprend que toute urine contenant de Pacétone, traitée par une lessive de soude et une solution d’iode, donne un fort précipite d’iodoforme.

En 1872, paraît le travail de Béchamp, qui démontre que dans Pestomac peut se faire la fermentation alcoolique et aceti-

I L'acétoue est uu liquide incolore, d’odeur élliérée ou plutôt pomme-reiuetle, agréable, de saveur brùlaute, bouillaut à 56°, 3. Sa densité à est do U.S14. Elle se mélange à l'eau, l'alcool et l’éther eu toutes proportious. Elle se combine comme les aldéhydes avec le sulfate acide de sodium, üu l’obtient eu soumetlaut à la distillation sèche les acétates de chaux, de soude, etc.Sa formule est C^il 0.

que. Pelters et Kaulicb, se basant sur ce fait, admettent que chez le diabétique privé de féculents, lu sucre formé par le foie et éliminé par le suc digestif, subit dans l’estomac la fermentation alcoolique et acétique, et que, finalement, il y a production d’acétone, par suite de la transformation de l’acide acétique en acide carbonique et en acétone. Pour cela, une desquamation légère de la muqueuse gastrique est nécessaire, et peut-être aussi, d’après Kaulich, faut-il la présence de certains micro-organismes comme la sarcine, des torules et une espèce particulière de cryptogames.

Ruspstein et Gerhardt pensent qu’il y a en outre formation d’acétone dans le sang, où Lambl, dès 185 7, avait déjà constaté sa présence. Cette acétone s’y trouverait à l’état de sel de Gunter (éthyldiacétate de soude); d’après Quinke, Tappeiner, Buhl, Mosler, ce serait sous forme d’éther élhyldiacélique. Enfin le travail de Berti, en 1874, ne laisse plus de doute sur la présence de l’acétone dans le sang de malades diabétiques, frappés de coma, et la théorie de l’acétonurie peut être difinitivement présentée par Kussmaul.

Kussmaul appuie sa doctrine non seulement sur l’observation clinique, mais aussi sur l’expérimentation, qui lui démontre les propriétés toxiques de l’acétone ; et il conclut à l’identité du coma diabétique et de l’empoisonnement par l’acétone. Cette théorie, combattue par Botto-Scheube, en 1877, est reprise et vulgarisée par Lécorché, Bourneville et Teinturier, Kien, Balthazar Foster.

Foster conclut, en effet, que le coma diabétique est un coma acètonémique, parce qu’il trouve que l’odeur d’acétone est constante dans l’urine et dans l’air expiré des malades atteints de coma diabétique, et que les modifications du sang et les accidents produits par l’administration de l’acétone aux animaux sont analogues à ceux qu’il est donné d’observer dans le coma diabétique. Pour Foster, Tacétone se forme dans l’estomac aux dépens du sucre, par la fermentation alcoolique et acétique.

Citons encore, vers cette époque, les travaux de Cyr, de Lecorché et Talamon (1881), puis ceux de Buhl (1880) et d’Ebstein

(1882), qui accusent, l’un une allération de l’épilhélium intestinal, l’autre une lésion de l’épithélium rénal, d’être la cause de la rétention de l’acélone dans le sang, enfin le travail de Jœnicke, qui conclut à l’acétonémie, en insistant sur l’influence de la diète carnée sur la production des accidents.

Mais, déjà à ce moment, un grand nombre d’auteurs se refusent à admettre que l’acétonémie puisse expliquer le coma diabétique. Rejetée par Leroux, contestée par Dreyfous et Mackensie, cette théorie est infirmée par les recherches expérimentales de Frérichs (1883).

Avec Von Jaksch, la question de l’acétonémie et de l’acétonurie entre dans une nouvelle phase. Jusqu’à lui on ne s’en était guère occupé que dans le coma diabétique, et l’opinion générale était que l’acétone, produit de fermentation du sucre, ne se trouvait que dans le diabète et dans quelques rares affections du tube digestif (Kaulich) . Von Jaksch, à la suite d’une série d’importantes recherches ( 1880-1 886), établit qu’il faut considérer l’acétone comme un produit constant et normal des échanges nutritifs, résultant delà décomposition des substances albuminoïdes. Dans certains états pathologiques, fièvres graves, fièvres en général, certaines formes de carcinomes, diabète surtout, elle est formée et excrétée en plus grande quantité; et l’acétonurie pathologique n’est plus que l’exagération d’un phénomène physiologique. Cet autour fait observer que la coloration rouge brun imprimée à l’urine par le perchlorure de fer n’est pas due à l’acétone, mais à l'acide acétylacétique. Il ajoute que les urines qui fournissent cette réaction, contiennent toujours de l’acétone, mais que l’acélone peut exister en quantité appréciable dans telles urines qui ne la donnent pas. L’acétonurie ne lui paraît pas pouvoir expliquer le coma diabétique. C’est aussi l’opinion d’Albertoni et de Le Nobel.

En 1883, Penzoldt, à la suite de ses recherches expérimentales, reprend et soutient énergiquement la théorie de l’acétonémie, et, en 1884, De Gennes conclut dans sa thèse que le coma diabétique résulte de l’intoxication acétonémique. Cette manière

de voir, repoussée par Dreschfeld, Lépine, S. West, Jaccoud, est à peu près complètemeut abandonnée, et la thèse de Romme a peu réussi à la faire accepter à nouveau.

Cependant les auteurs se préoccupent de rechercher l’acétone non seulement dans le diabète, mais encore dans les divers états pathologiques, et les relations de cas d’acélonurie se multiplient. Penzoldt, il est vrai, abandonnant le réactif de Lieben pour employer l’ortho-nitro-benzaldéhyde, ne rencontre l’acétonurie que 17 fois sur 28 cas de fièvre, et 4 fois sur 22 cas de diabète, et Romme, rejetant l’acétonurie physiologique, n’admet la présence de l’acétone dans Turine que dans les maladies fébriles à 38°5, 39° et au-dessus.

Mais Baginsky constate l’apparition de l’acétone dans l’urine des enfants subitement pris d’accidents convulsifs, et dans l’urine d’un chien soumis à une alimentation exclusivement carnée. Pawinski rapporte un cas d’acétonurie dans une néphrite interstitielle complètement apyrétique. Lorenz, dans les troubles digestifs, trouve de l’acétone non seulement dans les urines, comme Ghurton, mais dans le contenu de l’estomac et de l’intestin . Talamon observe un cas d’acétonémie cérébrale chez un malade atteint de rhumatisme articulaire aigu. Hoppe-Seyler constate l’acétonurie après l’ingestion d'acide sulfurique, Zoepfîel dans de nombreux états pathologiques (variole, typhus, tuberculose, etc.) et chez les individus normaux, Becker dans la narcose par le chloroforme, Péther, le bromure d’éthyle. Enfin Marro trouve de l’acétone en assez grande quantité dans les urines des aliénés atteints d’hallucinations terrifiantes ou pris de la crainte de mourir. Il explique ce phénomène par une action spéciale sur le plexus cœliaque, dont l’extirpation produit l’acétonurie d’après les expériences de Luslig.

Avec Lustig, en effet, l’acélonurie entre dans le domaine expérimental. Cet auteur trouve, en 1889, qu’après l’extirpation et même l’excitation électrique et chimique du plexus cœliaque chez le chien et chez le lapin, l’acétone apparaît toujours et fatalement dans l’urine. II la rencontre encore, mais alors d’une

façon passagère, à la suite de diverses sections du système sympathique et de la moelle allongée.

R. Oddi confirme ces faits et les complète. En produisant différentes lésions du système nerveux (extirpation du plexus cœliaque, piijûre du plancher du 4® ventricule, section d’un pédoncule, extirpation d’une zone motrice corticale, ablation d'un lobe du cervelet), il observe une glycosurie et une acétonurie, cette dernière apparaissant et s’accentuant à mesure que le glycose diminue et disparaît.

Ces faits, niés par Peiperet Viola, ont été repris par Conlejean. D’après ce dernier, l’apparition de l’acétone daos l’urine, après extirpation du plexus cœliaque, n’a rien de spécifique, et est plutôt un indice dbnfection plus ou moins grande.

Salkowski trouve que la quantité d’acide ajoutée dans l’urine soumise à la distillation augmente la quantité d’acétone dans le distillât. Il tend à admettre qu’il n’y a pas d’acétone dans l’urine, mais qu’il y existe une substance formatrice de l’acétone, ou plutôt d’un corps donnant de l’iodoforme par addition d’iode et de soude. Il lui paraît vraisemblable que ce corps est de l’acétone, mais pour l’urine normale cela ne lui semble pas démontré.

Boeck etSlosse, au contraire, ne mettent pas en doute l’acétonurie physiologique. Son importance dépendrait de la richesse de l’alimentation en substances azotées, et l’inanition l’augmenterait aussi dans des proportions considérables. Engel, Rosenfeld, Hirscbfeld, ont, chacun de leur côté, constaté que la réaction de l’acétone existe dans l’urine normale, que la diète carnée l’augmente très rapidement chez, les gens bien portants, les diabétiques légèrement atteints et les autres malades; que l’alimentation pauvre en albuminoïdes et riche en hydrocarbures la fait disparaître ; mais que par contre dans le diabète grave Talimentation a peu d’action sur l'acétonurie.

Enfin Von Mering et Minkowski ont vu l’acétone apparaître dans l’urine des chiens dépancréatés, à côté de l’acide diacétique et de l’acide /3 oxybutyrique. Ces substances no se montreraient pas toutefois d’une façon constante après l’extirpation du

pancréas. Von Mering a, en outre, constaté racétonurio dans le diabète phloridzinique.

Ainsi l’acétone, considérée tout d’abord comme existant uniquement chez les diabétiques, rencontrée bientôt dans un grand nombre d’états pathologiques (pyrexies, troubles digestifs, carcinomes), est regardée aujourd’hui par beaucoup d’auteurs comme se formant dans l’organisme normal. Expérimentalement aussi, on l’a vue augmenter parfois dans des proportions considérables dans diverses lésions du système nerveux, dans différentes intoxications, dans le diabète pancréatique. Nous l’étudierons plus loin dans ces différents états.

Parlons d’abord des divers procédés qui permettent de déceler et de doser l’acétone dans l’urine.

g II. — PROCÉDÉS D’ANALYSE QUALITATIVE ET QUANTI- TATIVE DE L’ACÉTONE DANS L’URINE.

La démonstration de la présence de l’acétone dans l’urine ne peut être établie avec quelque certitude que si l’on opère sur le produit de distillation de ce liquide. Cette distillation doit être faite après avoir acidifié l’urine, le mieux avec de l’acide sulfurique (pour retenir le carbonate d’ammoniaque et empêcher la formation de la mousse). La quantité d’acide sulfurique à employer n’est pas indifférente ; elle influe sur la quantité d’acétone obtenue. Ainsi Salkowski a démontré que cette dernière s’accroît légèrement avec l’augmentation de la quantité d’acide employée. En général, on emploie 10 centim. cubes de SOUI pour 300 centim. cubes d'urine. On peut du reste distiller en présence d’une autre espèce d’acide, par exemple acide phosphorique, acide tartrique.

1® Réactifs de l’acétone.

Ces réactifs sont fort nombreux. Nous les indiquons tous, en insistant seulement sur les plus importants.

Réaction de Gerhard t. — Gerhardt a prétendu déceler l’acétone dans les urines par la coloration rouge brun, rouge rubis que leur imprime le perchlorure de fer. Cette teinte rouge, dite encore vin de Bordeaux ou de Porto, n’apparaît pas dans les urines normales additionnées d’acétone. Elle ne caractérise donc point l’acétone ; elle appartient à l’acide diacétique et à d’autres corps (composés cyaniques, acétates et formiates, acide salicylique, kairine, antipyrine, thalline, acide phénique, etc.). Il est vrai de dire que les urines donnant la réaction de Gerhardt contiennent toujours de l’acétone, mais l’acétone peut exister dans l’urine avec une réaction de Gerhardt négative.

Réaction de Vitali. — L’urine traitée par de l’alcali caustique et du sulfure de carbone donne un précipité jaune. Lorsque l’urine contient de l’acétone, le précipité devient rouge violet par addition d’une goutte de molybdate d’ammoniaque à 1 “/o et d’un peu d’acide sulfurique dilué.

Réaction de Reynold. — On ajoute au liquide à essayer quelques gouttes de chlorure de mercure et un excès de lessive de soude. Si le liquide contient de l’acétone, il se forme un précipité d’oxyde de mercure, dont on se débarrasse par une filtration soigneuse . Le filtratum est additionné de sulfure d’ammonium et abandonné au repos. Au contact des deux liquides, on observe un anneau noir de sulfure de mercure.

Cette réaction est assez sensible, mais légèrement compliquée. Jolies la rejette complètement, parce qu’il passe presque toujours à travers le filtre des traces d’oxyde de mercure, qui ne sont pas appréciables à l’œil.

Réaction de Penzoldt. — Penzôldt recommande de chauffer

quelques cristaux d’orlhonilrobenzaldéhyde dans le liquide à essayer et de Talcaliniser avec de la lessive de soude. S’il y a de racétoiie, le liquide jaunit, et il se sépare de l’indigo bleu.

Réaction de Legal. — Legal ajoute à burine quelques gouttes d’une solution fraîche de nitro-prussiate de soude, puis une lessive de soude concentrée. La présence d’acétone fait apparaître une coloration pourpre qui passe bientôt au jaune.

La créatine, d’après Weyl, produirait la même coloration, mais, comme ce corps ne passe pas à la distillation et que la réaction de Legal doit toujours être faite avec le distillât de l’urine, on n’a pas à tenir compte de cette circonstance. Mais V. Jakscb, de son côté, prétend que le paracrésol qu’on rencontre souvent dans l’urine et qui passe à la distillation peut donner une coloration jaune rosé et faire croire à la présence d'acétone. Toutefois, celte réaction, d’après Jolies, donne encore une pleine certitude avec une teneur d’acétone de 0,1 7o-

Réaction de Le Nobel. — Le Nobel a modifié la réaction de Legal en remplaçante solution de soude par une solution forte d’ammoniaque. On obtient ainsi une coloration violette. Cette épreuve serait encore plus sensible que celle de Legal. ZoepfFel la trouve positive pour une solution d’acétone de dans 10

centim. cubes de liqueur.

Réaccion de Chautard. — Quelques gouttes d’une solution de fuchsine (0,25 pour 500 d’eau) décolorée par un courant de gaz acide sulfureux, déterminent une coloration violette de tout liquide contenant de l’acétone. Homme recommande beaucoup cette réaction, qui lui permet de découvrir l’acétone dans toute solution au 1/10000. Zoepfîel la trouve beaucoup moins sensible et n’arrive à déceler l’acétone que dans une solution à 5 cenligr. pour 10 centim. cubes de liqueur.

Pour notre part, nous avons complètement abandonné cette réaction, parce qu’elle nous a paru trop peu sensible et qu’elle ne nous a jamais donné de résultats satisfaisants.

Réaction de Gunning. — Dans cette épreuve, qui n’est qu’une modification de celle de Lieben, exposée plus loin, on ajoute au liquide à essayer une solution d’iode alcoolique, puis de l’ammoniaque. En présence de l’acétone, il se forme de l’iodure d’azote et de riodoforme ; l’alcool ne gêne en rien la réaction, car il ne donne pas d’iodoforme avec l’ammoniaque. Mais la couleur noire de l’iodure d’azote, pour de petites quantités d’acétone, empêche de voir le précipité d’iodoforme. Pour une teneur riche en acétone, cet inconvénient n’existe pas, l’iodure d’azote disparaissant rapidement.

Réaction de V acide diazohenzoUul [urique . — On verse un peu du liquide à essayer dans une solution aqueuse d’acide diazobenzolsulfurique fraîche, alcalinisée avec de la soude, puis on chaulfe avec précaution. A.u bout de quelques minutes, apparaît en présence de l’acétone une coloration rouge; l’aldéhyde fournit une coloration violette. Cette réaction est assez sensible ; malheureusement, elle est fournie aussi par l’éther acétique, le phénol et la résorcine.

Malerha donne comme réactif de l’acétone et de l’acide urique le chlorhydrate de diméthiylparaphénylendiamine. Il avoue luimême qu’il est peu sensible.

Réaction de Lieben. — Une solution d’acétone, traitée par une lessive de soude et une solution d’iode ioduré, donne un beau précipité d’iodoforme, qui est reconnaissable à son odeur, à sa volatilité et à la forme hexagonale de ses cristaux. Cette réaction n’est pas absolument caractéristique de l’acétone, elle est fournie par vingt sortes de corps, mais avec une bien moins grande intensité

Parmi ces corps, il en est deux que l’on rencontre fréquem-

' Ces corps sont ; Acétone, alcool éthylique, aldéhyde, aniyle, benzol, aldéhyde butyrique, alcool butylique normal primaire, alcool butylique secondaire, alcool caprylique, acide quinique, hydrate de chloral, chloroforme (?), dulcine, hydrates de carbone, méthylbenzoyl, bulyiate de méthyle, méthylbulyryl, acide lactique, acide sarcolactique, aldéhyde propionique, alcool propylique.

ment dansTurine, l’alcool éthylique etTacide lactique. Maisl’acide lactique, qui prend surtout naissance dans les urines diabétiques, ne passant pas à la distillation, ne gênera pas si on opère sur le distillât de l’urine, ce qui, nous l’avons dit, doit être la règle.

C’est surtout à cause de l’alcool que les critiques ont éié adressées au réactif de Lieben. Cependant les solutions d’acétone et celles d’alcool sont loin de se comporter vis-à-vis du réactif de Lieben d’une façon identique. Dans les solutions d’acétone )a réaction apparaît toujours beaucoup plus tôt que dans les solutions d’alcool. Pour des traces de ces substances, la réaction apparaît immédiatement avec l’acétone, tandis qu’elle ne se montre qu’après quelques minutes avec l’alcool, et, pour de mêmes quantités, le précipité est bien plus intense dans le premier cas. Nous avons fait un grand nombre de réactions comparatives avec l’alcool absolu et avec l’acétone, et pesé Piodoforme formé dans l’un et l’autre cas. Voici les chiffres que nous avons obtenus.

Alcool

lodoforme

Acétone

lodoforme

Pour 0s‘’,073l

nous obtenons

Os^^OüT

Pour 0s'’,0Ûl864 nous obtenons 0§‘', 012

0gM431

Ogr, 003728

Ogf, 009320

Og^OSG

1sr,8282

OgMOo

Og--, 03724

Ou voit par ce tableau que des quantités minimes d’acétone donnent des quantités relativement considérables d’iodoforme ; tandis qu’avec des quantités beaucoup plus grandes d’alcool, nous n’obtenons que des traces d’iodoforme. La raison en est donnée par ce fait, qu’une molécule d'acétone (58) donne dans la réaction de Lieben une molécule d’iodoforme (394), tandis qu’avec une molécule d’alcool on n’obtient point du tout une molécule d’iodoforme (il se forme des réactions secondaires).

Nous savons d’autre part que la quantité d’alcool n’est jamais très grande dans l’urine. Les expériences de Lieben nous apprennent que, pour une ingestion de 250 cc. de vin de 9% l’excrétion d’alcool par l’urine ne dépasse pas 0*’® 1 . Par conséquent un hom-

me qui boira un litre de vin de 9" urinera an plus 0®'',32 d’alcool, qui donne, d’après le tableau ci-joint, 5 à G milligr. d’iodoforme environ. Gomuie on n’opère (pe sur uue partie de l’urine excrétée, cette quantité d’iodoforme produite par l’alcool sera encore diminuée.

Ainsi donc, la quantité d’alcool qui se trouve dans l’urine ne peut empêcher l’emploi de la réaction de Lieben pour la recherche de l’acétone. D’ailleurs, Jaksch a observé qu’une augmentation d’absorption d’alcool n’accroît pas notablement l’intensité de la réaction normale.

Aussi c’est à celte réaction que nous donnons la préférence, parce qu’elle est de beaucoup la [>lus sensible, et qu’elle offre autant de garanties que les meilleures d’entre les autres.

2“ Méthodes de dosage.

La plupart des méthodes de dosage de l’acétone dans l'urine sont basées sur la réaction de Lieben. Quelques-unes seulement s’appuient sur un autre principe. Ges dernières, que nous n’indiquerons que pour mémoire, sont celles de Jolies et de Parlato.

Méthode de Jolies. — Jolies trouve dans la méthode de Strache sur l’épreuve par la phénylhydrazine un procédé d’estimation quantitative de l’acétone. Le chlorhydrate de phénylhydrazine réduit la liqueur de Fehliug avec dégagement d’azote, gaz qui peut être recueilli et mesuré. Gomme l’aldéhyde et l’acétone donnent avec la phénylhydrazine de rhydrazüne,qiii n’a aucune action sur la liqueur de Fehling, il en résulte que, si l’on fait la même réaction en présence de ces corps, le dégagement d’azote sera moindre. On conçoit alors que l’on puisse déduire de la quantité d’azote dégagée la quantité d’acétone que renferme un liquide, étant donné d’ailleurs que l’on sait par une expérience préliminaire la quantité d’azote fournie parla phénylhydrazine employée.

Zoepffel fait plusieurs reproches à cette méthode, entre autres l’instabilité de la phénylhydrazine en solution.

Méthode de Parlato . — Parlato a proposé un nouveau procédé de dosage de l’acélone à l’aide d’un vaporimèlre. Sa méthode donnant des résultats fort peu exacts pour l’estimation de petites quantités d’acétoue, nous croyons qu’il est superflu d’en reproduire ici la description.

Les autres méthodes, celles qui sont basées sur la réaction de Lieben, consistent à estimer l’acétone d’après la quantité d’iodoforme formée (méthodes de Jaksch, K ramer, etc), ou d'après l’évaluation de la quantité d’iode restant en solution après la formation du précipité d’iodoforme (méthode volumétrique de Messinger).

— Méthodes basées sur le dosage de l'iodo forme formé dans

la réaction de Lieben.

Deux procédés diflerents permettent de connaitre celte quantité : Appréciation par pholométrie du trouble produit (Méthode deJaksh) ou pesée de l’iodoforme recueilli (Méthodes de Kriimer, Salkowski).

aj Méthode de Jaksch. — L’acélone est dosée photométriquemeiit. Nous nous contenterons d’indiquer le principe de la méthode, a Toute l’acétone du distillât de l’urine est précipitée par addition de soude et d’iode ioduré, et le trouble qui en résulte est rendu semblable au trouble fourni par une solution d’acétone de teneur connue, vue sous une même épaisseur, par Tétendage avec de l’eau de Tune ou de Tautre solution » ,

Cette méthode est compliquée ; nous douions qu’elle donne des résultats sufiisamment exacts, le trouble fourni par la formation d’iodoforme n’étant pas parfaitement homogène.

b) Méthode de Krdmer et méthode de Léo Vignon. — Dans la méthode de Kriimer, le liquide à essayer est traité par le réactif de Lieben. L’iodoforme formé est repris par 10 cenlim. cubes d’éther. De la couche d’éther qui surnage après quelques instants, on prélève avec une pipette 5 centim. cubes environ, qu’on évapore ensuite dans un verre de montre taré. Après évaporation, le

verre de montre est desséché sur l’acide sulfurique et pesé. On a ainsi le poids d’iodoforme. Il est alors facile de calculer le poids d’acétone, sachant qu’une molécule d’iodoforme est fournie par une molécule d’acétone .

D’après Hintz, ce procédé donne des résultats certains pour de minimes quantités d’acétone. Si l’acétone s’élève à plus de 1 à 1,5 “/o il faut diluer le liquide à essayer.

La méthode de Léo Vignon ne diffère de celle de Krâmer que sur quelques points de détail.

c) Méthode de Deschmüller et Tollens. Méthode de Salkoiusld et Ken Taniguti. — La méthode de Üeschmiiller et Tollens consiste, après avoir fait la réaction de Lieben, à recueillir l’iodoforme sur un filtre lavé à l’eau et desséché. Le filtre est alors débarrassé de l’iodoforme par des secousses répétées et desséché à 100” ; on l’expose ensuite à l’air, puis on le dessèche à nouveau sur l’acide sulfurique. On peut ainsi évaluer la quantité d’iodoforme par pesée.

Cette méthode nous paraît inutilement compliquée. Dans la méthode plus simple de Salkowski-Ken Taniguti, l’urine, fortement acidifiée, est distillée aussi loin que possible. Le distillât est alcalinisé avec une solution de soude, additionnée d’iode ioduréet abandonné à lui-même pendant 24 heures. Puisl’iodoforme est recueilli sur un filtre préalablement desséché sur l’acide sulfurique et taré. On lave alors celui-ci, on le dessèche à nouveau sur l’acide sulfurique et on le pèse ’ .

Dans toutes ces méthodes, chaque dosage demande deux pesées et, de ce fait, exige beaucoup trop de temps. De plus, l’épuisement par l’éther et la dessiccation sur l’acide sulfurique entraînent une perte d’iodoforme. Il passe d’ailleurs toujours un peu d’idoforme à travers le filtre, et il est très difficile d’enlever

‘ SupiQO indique un autre procédé de dosage : l'iode qui a servi à donner de l’iodoforme est transforme en iodure de sodium, et ce dernier est dosé avec une solution d’argent (Méthode de Volhard). Celte méthode a été modifiée par Zoepffel (Voir Zoeplfel. Diss. (üorpat) 1893).

tout riodoforine des üoles dans lesquelles la réaction de Ideben a été faite.

Nous préférons à toutes ces méthodes celle de Messinger modi liée par J olies.

B. — Méthode volumétrique de Messinger.

Messinger, en effet, a réussi à exécuter un dosage volumétrique de l’acétone qui ne laisse rien à désirer en simplicité et en certitude, du moins dans l’alcool métliylique et en solution aqueuse. Nous verrons plus loin son application dans Turine.

«D’après les recherches de V. Orndorlf et Jessel, dit-il, il se forme, par l’action du chlorure de chaux sur l’acétone, du chloroforme, de l’hydrate de calcium, du chlorure de calcium et de l’acétate de calcium. D’après eux, il apparaît comme produit de transition du tricliloracétone qui avec l’hydrate de calcium forme du chloroforme et de l’acétate de chaux.

1“ 2ClP.CO.CIP+GCaO01- = 20lP.CO.CCD + 3Gu(OII)- + 3CaCD

Acéiüue Trichloracéloae

2C1P.CO.OC1H Ca iOH)^ = 2 CHCP + Ca

Trichloracéloae Chloroforme

De même par la décomposition de l’acétone avec l’iode en solution alcaline, l’hypoiodite de potasse agit de telle façon que 13 molécules de celui-ci forment avec 2 molécules d'acétone 2 molécules d’iodoforme, d’après les formules suivantes :

2 CIP. CO. CIP + 12 KOI == 2 CIP. CO. CP + G KOII + G Kl

2C1P.C0.CP -i- 2K01I = 2 Clir‘ + 2KC^1P02

L’iode en excès se trouve en solution sous forme d’hypoiodite de potasse et iodure (le potassium.

P -f- 2 KOH = KOI -1- Kl 4- H*0

Y a-t-il maintenant une quantité dosahle d’iode dans la solution alcaline d alcool méthylique à analyser, 12 molécules d’hypoiodite de potasse détruiront 2 molécules d’acétone. Donc 3 molécules d’iode sont nécessaires pour une molécule d’acétone.

Si on acidifie, après complète décomposition de l’acétone, le mélange à analyser, alors l’iode en excès qui se trouve sous forme d’hypoiodite et d’iodure sera mis en liberté.

KOI 4- Kl + 2 MOI = 12-1-2 KOI -f IPO

L’iode devenu libre peut maintenant être titré avec une solution d’byposulfite de soude. De la différence on déduit la quantité d’iode employée pour la formation de Tiodoforme et par suite la quantité d’acétone contenue dans l’alcool mélbylique.))

Pour l’estimation quantitative de l’acétone dans l’urine parla méthode de Messiuger^ Jolies fait observer que l’urine doit être libérée du phénol et de l’ammoniaque, et que pour cela une seconde distillation est nécessaire, comme le dit aussi Huppert *.

100 cenlim. cubes d’urine sont distillés, dit Jolies, avec 2 centim. cubes d’acide acétique pur à 50 (lequel ne dédouble pas l’acide pbénylsulfurique). Alors le distillât acide, mais contenant de l’ammoniaque, est porté de nouveau à distillation après addition d’acide sulfurique.

Nous nous sommes assuré que pour la première distillation il suüisait de recueillir la moitié ouïe tiers du volume primitif, suivant que la proportion d’acétone était forte ou faible. La seconde distillation doit être poussée plus loin. Dans toutes ces opérations il faut avoir soin de faire circuler dans le tube réfrigérant un courant d’eau assez rapide pour condenser exactement tous les produits de la distillation.

Les solutions suivantes sont nécessaires pour l’analyse : l” Une solution normale de soude à 10 7o; 2*’ une solution très exactement titrée d’iode à 10 dissous dans l’iodure de potassium exempt d’iodate; 3“ unesolution d’acide chlorhydrique;

‘ Lorsqu’on exécute la réaction de Lieben avec un distillât contenant de l’ammoniaque, il se forme un précipité noir d’iodure d’azote qui masque le précipité d'iodolbrme. Mais, à la longue, l’iodure d’azote, en présence d’un excès d’acétone, donne encore de riodoforme. Dans la réaction de Von Gunning, on provoqne du reste, comme nous l'avons dit plus haut, la Ibrmatiou de cet iodure d’azote, et on conçoit qu’on puisse baser sur cette réaction une méthode de dosage analogue à celle de Messiuger. Tel est le procédé de Dmokovvski.

4o une solution d’hyposulûte de soude h 10 tilrée par rapport à la solution d’iode; 5« une solution d’amidon.

Exécution de V analyse, — Pour Pexéculion de l’analyse, le second distillât est additionné : 1® d’une quantité connue de la solution normale de soude, 5 centim. cubes, par exemple; 2“ d’une quantité d’iode ioduré, très exactement mesurée, à l’aide de la burette de Mohr, 10 centim. cubes environ de la solution normale. On attend ensuite que la réaction soit bien terminée. D’ordinaire, nous laissons reposer 24 h., mais un aussi grand espace de temps n’est pas nécessaire, une demi-heure suffit.

Puis, par l’acide chlorhydrique dont on emploie la quantité nécessaire pour saturer la soude ou mieux un léger excès, on met en liberté l’iode qui n’est pas entré en action et qui a formé de Phypoiodite et de l’iodure de sodium. On opère ensuite le titrage de cet iode par la solution normale d’hyposulfite de soude. Pour cela on laisse tomber de i’hyposulfite de soude dans la liqueur jusqu’à décoloration presque complète ; on ajoute un peu d’eau amidonnée comme réactif indicateur, et on décolore complètement ' .

Sachant qu’une molécule d’acétone (58) consomme 3 molécules d’iode (762) pour former une molécule d’iodoforme, soit 1 la quantité d’iode consommée et A la quantité correspondante d’acétone

d’où: A = I 4^, = 0,07012 I.

Pour calculer cette quantité I, soit Q la quantité totale d’iode employée pour la réaction, q la quantité d’iode à laquelle correspond 1 centim. cube de la solution d’hyposulüte, n le nombre de centimètres cubes d’hyposulfite ajoutés pour décolorer la liqueur,

(l’où : A — Q — {q X n) X 0,07612.

’ Ou peut, pour aj^précier plus tacilemeut la décoloration, opérer la réaction sur un liquide privé au préalable de sou iodotorme par fdtralion. Mais ce n’esl pas nécessaire ; la coloration jaune, de l’iodoforme n’apporte qu'une modüication insignifiante à la couleur bleue de i’iodur e d'amidon.

Cette méthode nous a toujours donné d’excellents résultats avec beaucoup plus de précision qu’aucune autre. Nous l’avons éprouvée par une longue série d’expériences, soit avec des solutions d’acétone, soit avec l’urine à laquelle nous ajoutions des quantités connues d’acétone avant ou après les distillations, et, après l’avoir comparée à la méthode de Salkowski-Ken Taniguti, qui, de tous les autres procédés nous a paru le plus pratique, nous avons reconnu qu’elle fournissait les résultats les plus satisfaisants. Nous sommes ainsi arrivé à la conclusion que, de toutes les méthodes employées, la méthode de Messinger-Jolles est de beaucoup la meilleure ^ . Elle n’exige pas une trop grande dépense de temps ; et l’inconvénient de la double distillation n’est pas à comparer avec ceux de la pesée et de la filtration ou de l’épuisement par l’éther.

C’est cette méthode que nous avons employée à l’exclusion de toute autre.

Zoepffel, qui a fait une étude comparative des divers procédés de dosage, trouve par les méthodes de :

Léo Vignon 25 % de l’acétone du liquide à essayer.

Kramer 50 à 70 7o « »

Supino modifiée par Zoepffel 94 7o » »

Messinger-Jolles 90 7o » »

11 n’a pas expérimenté avec la méthode de Salkowski-Ken Taniguti.

Nous donnons ici les résultats de quelques-unes de nos expériences, dans lesquelles nous avons dose comparativement, par la méthode de Messinger et la méthode de la pesée de Tiodoforme, des quantités connues d'acétone en solution aqueuse ou en solution dans l’urine.

‘ Colle mélliode, qui permet de doser des traces d’acéloue dans uu liquide, lire, comme ou doil le comprendre, toute sa précision de la seusibilité de la réactiüu de Liebeu d’uue part et de la grande approximation avec laquelle ou arrive à doser de minimes quautilés d'iode par la méthode volumétrique d’autre part. Toutefois, pour des quantités très faibles d'acétoue (de 1 à 3 milligr. 7oo) elle ne permet pas d’alfirmer l’exactitude mathématique du dosage.

1° Solution aqueuse cV acétone:

QUANTITÉ d’acétone employée

MÉTHODE DI lodoforme trouvé

SAUKOWSKI Acétone d’après iodof. 1

MÉTH. DE MESSINGEH

Acétone trouvée

Ce tableau montre la supériorité de la méthode de Messinger pour le dosage de l’acétone eu solution aqueuse. On voit, par contre, que la pesée de Tiodoforme donne des résultats beaucoup moins précis, ce qui est dû aux causes d’erreur inhérentes à la méthode que nous avons fait ressortir précédemment.

2® Acétone ajoutée à Vurine : L’acétone ajoutée au distillât de l’urine est retrouvée en très grande partie par la méthode de Messinger :

50 centim. cubes du distillât d’une urine contenant, d’après une estimation préliminaire, 00597 d'acétone, sont additionnés de 20 centim. cubes d’une solution d’acétone purifiée à 0,1864/1000, soit de 0^'‘‘,0h3728 d’acétone.

Acétone trouvée après cette addition = 0,009668, ce qui donne, après défalcation de la quantité initiale contenue dans le distillât employé, 003698 pour la quantité ajoutée, valeur s’approchant beaucoup, comme on le voit, de la valeur réelle.

Dans d’autres expériences, nous avons obtenu les résultats suivants :

Acétone retrouvée

Acétone ajoutée au distillât

au lieu de

1 Pour calculer l’acétone d’après l’iodoforme obtenu, on n’a qu’à multiplier la quantité d’iodoforme par le coefficient 0,147.

Si au lieu d’ajouter racétone au distillât, on l’ajoute à l’urine entière avant d’exécuter la première distillation, on no la retrouve plus alors intégralement. Par exemple :

Acétone retrouvée

Acétone ajoutée

üs^OOniS au lieu de

0gq001864

Celte erreur qu’entraîne la distillation est due, soit à ce que racétone, en raison de sa grande volatilité, n’est pas entièrement condensée dans le tube réfrigérant, soit à ce qu’elle n’est pas chassée complètement de ses solutions même par une ébullition prolongée. Cette cause d’erreur existe du reste pour toutes les méthodes de dosage, puisque dans toutes on opère sur le produit de distillation de l’urine.

L’exécution d’une deuxième distillation selon la méthode de de Messinger-Jolles vient encore augmenter cette perte ; mais il nous a paru que cette dernière était alors beaucoup moins notable que pour la première distillation. D’ailleurs, la perte est toujours inférieure à celle que font subir les autres méthodes qui emploient la pesée de l’iodoforme. C’est ainsi que, même après deux distillations, la méthode de Messinger donne toujours des résultats plus précis que le procédé de Salkowski. Les chiffres suivants viennent à l’appui de cette assertion :

ACÉTONE AJOUTÉE

ACÉTONE UETROUVÉE

POIDS d’iodofoeme

ACÉTONE

à l’urine

d’après Messinger après deux distillations

après

une seule distillation

d’après l’iodoforme

Ug%01864

En appliquant comparativement les deux méthodes de pesée de riodoforme et de Messinger-Jolles, au dosage de l’acétone normalement contenue dans des urines diabétiques (chiens dépancréatés)

nous avons obtenu des résultats différant entre eux en ce que la méthode de Messinger donnait toujours des valeurs plus fortes.

ACÉTONE d'aPEÈS l’iODOFORME estimée par pesée fSalkowski) dans 200 cc. d’urine

ACÉTONE

d’après

la méthode de Messinger-Jolles f2 distillations J dans 200 cc. d’urine

Après une distillation

Après deux distillations 1

§IIL— AGÉTONURIE PHYSIOLOGIQUE.

La présence, dans l’urine normale de l’homme, d’uo corps volatile donnant la réaction de l’iodoforme a été signalée tout d’abord par Lieben. Après lui la plupart des expérimentateurs, Jaksch, Salkowski, Viola, etc... ont obtenu cette même réaction. Jaksch la rencontre d’une façon constante dans l’urine de vache, de chien, de chat, de lapin, et dans le sang, les transsudais et les exsudais de l’homme, aussi bien pendant la vie qu’après la mort. La quantité d’iodoforme était d’ailleurs toujours très minime ; la concordance des résultats nous autorise cependant à considérer comme faisant partie de la composition normale de l’urine la substance dont parle Lieben.

Mais la formation de l’iodoforme par addition d’iode ioduré et d'une lessive de soude n’est pas particulière à une substance chimique définie et s’applique, nous l’avons vu, à un grand nombre de corps. Il restait donc à préciser celui qui, dans l’urine normale, donne cette réaction.

1 Effectuées comme dans la méthode de Messinger-Jolles.

On pourrait supposer, comme le prétend Romme, quelle est fournie par l’alcool dont il existe normalement des traces dans l’uriue physiologique. Mais, pour avoir un précipité tel que le donne l’urine normale à 0®’’,025 d’iodoforme pour 300

centim. cubes d’urine) il faudrait des quantités d’alcool qui certainement n’existent pas dans ce liquide.

Nous avons vu que, d’après nos expériences, et 3*^'', 6

d’alcool absolu ne nous donnent que 0^’’',016 et 0*^‘’,028 d’iodoforme. Or il paraît bien établi qu’il n’en existe jamais dans l’urine des proportions aussi considérables. D’ailleurs, l’ingestion d’alcool ne semble pas augmenter sensiblement le précipité. Ce fait a été avancé par Jaksch. Chez un chien auquel nous avons fait ingérer à différentes reprises 10, 16 et 25 centim. cubes d’alcool absolu, le précipité d’iodoforme ne s’est pas montré plus sensible que d’ordinaire. De même, la diète des boissons alcooliques ne paraît pas le diminuer ; dans tous les cas elle ne le fait pas disparaitre.

Enfin ce qui prouve bien que ce corps trouvé dans l’urine normale n’est pas de l’alcool, c’est qu’il peut entrer en combinaison avec le bisulfite de soude, comme l’a démontré Lieben. Cet auteur en conclut qu’il s’agit d’une aldéhyde ou d’une acétone.

Pour Jaksch, Eugel, Rosenfeld, Hirchsfeld, etc., ce corps n’est autre que de l’acétone. Salkowski le considère comme une substance donnant de l’acétone par distillation avec l’acide sulfurique. Romme et Viola nient que ce corps soit de l’acétone, parce qu’il ne donne pas certaines réactions qu’ils ont employées (réactions de Legal, Chautard, Reynold). Nous avons vu plus haut les critiques que l’on peut faire à ces diverses réactions. Nous rappellerons seulement qu’elles sont insuffisantes lorsque l’acétone est en faible quantité.

Un grand nombre d’arguments autorisent donc à admettre qu’il existe de l’acétone dans l’urine physiologique. Mais une preuve directe pouvait seule nous permettre de poser cette conclusion d’une façon définitive. Il fallait pour cela répéter avec l’urine normale ce que Jaksch avait déjà fait avec l’urine fébrile, c’est-à-dire en extraire l’acétone par distillation.

Pour arriver à ce résultat, nous avons recueilli et distillé journellement pendant plusieurs mois l’urine de gens bien portants, fréquentant le laboratoire de physiologie. La distillation, faite le plus souvent avec une légère addition d’acide acétique, fut toujours poussée assez loin pour recueillir environ 1/5 du volume primitif. Lorsque la quantité des distillats représentait à peu près 1 litre, une nouvelle distillation était faite, cette fois en acidifiant légèrement avec l’acide sulfurique du commerce. Nous sommes arrivé, par des distillations successives, ces dernières sans nouvelle acidification, à recueillir 500 centim. cubes de liquide, représentant le produit de 200 litres d’urine environ.

Ces 500 centim. cubes dégageant encore une forte odeur d’ammoniaque ont été acidifiés avec de l’acide sulfurique et distillés. Ce dernier distillât, 200 centim. cubes environ, dans lequel on percevait une légère odeur d’acétone, masquée en partie par d’autres odeurs aromatiques, fut saturé de bisulfite de soude et distillé à l’aide du déflegmateur. Les premières portions du liquide recueilli donnèrent faiblement la réaction de Lieben, qui était lente à apparailre et était probablement due à de l’alcool. Les portions suivantes ne donnant pas la réaction, on ajouta au résidu une lessive de soude en excès pour décomposer la combinaison avec le bisulfite, et la distillation interrompue fut reprise. Les premières gouttes obtenues donnèrent fortement la réaction de l’iodoforme. On recueillit, cette fois, environ 40 centim. cubes de liquide, ayant une légère odeur d’acétone, mais toujours quelque peu masquée par d’autres odeurs.

Enfin, une dernière distillation, longtemps prolongée, fut faite sur du chlorure de calcium à l’aide du déflegmateur, et environ 1/2 centim. cube de liquide fut recueilli au-dessous de 60°. Ce liquide avait une forte odeur d’acétone; une goutte donnait immédiatement la réaction de Lieben ; par l’addition d’une solution concentrée de bisulfite de soude on obtint un précipité très abondant de petits cristaux. Il ne pouvait y avoir aucun doute, c’était de l’acétone. L’acétonurie est donc une fonction physiologique. Celle opinion, déjà soutenue par Jakscb, Engel, etc.,

se trouve entièrement confirmée par les résultats de nos recherches. L’acétone est secrétée et excrétée normalement par l’organisme.

On pourrait cependant supposer, avec Salkowski, que l’acétone n’est pas préformée dans l’urine, mais qu’il existe une substance capable par distillation d’engendrer l’acétone. Cette restriction ne nous semble pas diminuer sensiblement la valeur de notre conclusion, et nous nous croyons autorisé à considérer l’acétonurie comme une fonction normale.

On peut se demander alors dans quelles proportions cette excrétion se fait par l’urine. Jakscb trouve que les individus sains éliminent chaque jour par l’urine depuis des quantités indosables jusqu’à d’acétone au maximum. Engel donne comme excrétion journalière 6^*', 006 à O^^dlS. Les résultats des expériences que nous avons entreprises pour nous éclairer sur ce point, concordent sensiblement avec ceux rapportés par Jakscb. Nous trouvons que dans l’urine de l’homme il peut exister depuis 1 à 2 milligr. jusqu’à 19 milligr. d’acétone. Chez le chien et le lapin, la quantité en est toujours infime.

L’acétonurie varie suivant les conditions physiologiques. Elle est d’autant plus grande que le régime alimentaire est plus riche en substances azotées. Ce fait résulte des recherches récentes de Boeck et Slasse, Hirschfeld, Rosenfeld, etc. ce Si on supprime les substances hydrocarbonées du régime alimentaire, on voit, dit Hirschfeld, la proportion de l’acétone atteindre les quantités quotidiennes de 200 milligr. jusqu’à 700 milligr. Très légère pendant les premiers jours du régime, l’acétonurie augmente progressivement pendant une semaine environ, pour rester ensuite stationnaire ». Une alimentation riche en hydrocarbonés la fait disparaître.

L’acétonurie s’élève à la suite d’un jeûne rigoureux et disparaît encore sous l’influence d’un régime hydrocarboné. Ainsi, un sujet en expérience qui, suivant Rosenfeld, ajirès une période de jeûne, avait éliminé dans un temps donné 1 45 gram. d’acétone (?) par les urines, n’en rendit plus dans le môme espace de temps

que 12 gram., après qu’on lui eut fait absorber 145 gram . de sucre de canne à l’exclusion de tout autre aliment.

Baginsky a trouvé que chez le chien aussi un régime exclusivement carné (viande soigneusement dégraissée) augmente notablement l’acélonurie, alors qu’un régime hydrocarboné exclusif la diminue.

Gontejean n’a pu déceler l’acétone qu’à l’état de traces dans l’urine d’un chien soumis à un jeûne prolongé pendant une semaine. Nos expériences corroborent ce résultat.

Expérience I. — Chien vigoureux de 15 kilogr. soumis au jeûne depuis le 12 février. Le 27 février, c’est-à-dire après quinze jours de jeiine, il ne rend que d’acétone.

A partir de ce jour, il reçoit journellement 500 gram. de viande de cheval (muscle), à l’exclusion de tout autre aliment. Il élimine :

28 février et 1" oiars

1 Urine 290^

mgr

® contenant acétone 9,9

/oo

mgr

en 24 b.

2 et 3 »

L’animal est

alors

de nouveau soumis au jeûne.

8 mars.

Urine

contenant acétone

rngr

mgr

en 24 h.

Mort.

Ainsi, dans cette expérience, un chien après quatorze jours de jeûne, n’a rendu que des traces d’acétone. Neuf jours durant, on le nourrit avec de la viande exclusivement ; l’acétonurie n’excède pas 2“^‘’,8. Enfin, une nouvelle période de jeûne ne produit qu’un seul jour une excrétion de d’acétone.

Expérience II. — Un chien, après sept jours de jeûne, élimine lmgr^4 d’acétone. Une alimentation carnée pendant six jours n ’augmente pas considérablement cette excrétion, puisqu’elle ne dépasse jamais 3'"^'’,7.

L’animal jeûne depuis le 14 janvier.

Le 22, Urine 200 conteiuuit acétone 7oo = 1”’^L4 en 24 heures.

A dater de ce jour, on donne 500 gram. de viande dégraissée :

Le 23

Urine

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