ET DE
SYPHILIGRAPHIE
HOPITAL SAINT-LOUIS. - CONFERENCES DE M. LE D^ K. GUIBOGT. — DES LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES DES MALADIES DE LA PEAU. — Leçon recueillie par M. E. GoETz, interne du service.
Messieurs ,
La meilleure classification que l'on puisse donner des maladies de lapcau est celle qui repose sur les différences faciles à constater de leurs caractères naturels. — Toutes, en effet, sont accompagnées d'altérations que l'on a désignées sous le nom de lésions élémentaires ou lésions anatomiques. En comparant ces lésions entre elles, en groupant celles qui offrent des caractères communs on a pu , comme dans les sciences naturelles, constituer de véritables espèces dans lesquelles on distingue des genres et des variétés. — Vous devez comprendre toute l'importance de l'étude de ces lésions essentielles au début d'un cours de dermatologie ; aussi allons-nous commencer par nous en-
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tendre sur la signification des termes qui reviendront à chaque instant dans nos leçons.
Les lésions élémentaires ou primitives que l'on rencontre dans toutes les affections de la peau sont au nombre de huit ; ce sont : les vésicules, les bulles, les pustules, les papules , les tubercules, les squames, les colorations, les ulcérations. A leur suite on observe presque toujours deux lésions qui, bien que ne servant pas dans la classification , doivent être considérées comme lésions anatomiques , ce sont : les cicatrices et les croûtes. — En raison de leur production tardive, on les désigne sous le nom de lésions secondaires. — Reprenons chacun des types que nous venons d'indiquer, et après en avoir décrit l'aspect, la durée et la terminaison, nous terminerons pour chaque lésion par l'énuméralion des maladies qui s'y rattachent, pour former un groupe naturel.
I. Vésicules. — On entend par vésicule un petit soulèvement épidermique contenant une sérosité claire et transparente. — Les vésicules diffèrent les unes des autres, par leur volume : les unes ne sont pas plus grosses qu'une tête d'épingle, les autres atteignent le volume d'un gros pois ; elles diffèrent encore par l'état de la peau qui les entoure : ainsi, dans la vésicule primitive simple, telle qu'on la rencontre dans la gale, par exemple, on ne trouve aucune trace d'inflammation delà peau autour du soulèvement épidermique déterminé par la présence du parasite. — D'autres fois, tout autour de la vésicule, on observe une zone indurée dans laquelle l'inflammation formera un cercle rouge qui ira en s'amoindrissant si la vésicule est isolée , et qui, au contraire, dans les cas de vésicules nombreuses rapprochées les unes des autres ou confluentes , donnera lieu à une véritable dermite interstitielle.
Quant à la durée des vésicules, rien n'est plus variable:
(iaiLs l'oczciiia, la lésion pr'imilivc est si raro, (jue c'est à peine si l'on en observe un ou deux cas pai* an dans nos services, où pourtant cette juanifestation de riierpétiune se rencontre chez un bon tiers des malades. — Dans l'eczéma, la vésicule paraît quelcjues heures à peine, puis est remplacée par la croûte ou par la surface suintante que vous connaissez. Bien différente, quant à la durée, sera la vésicule de l'herpès qui persiste quelquefois plusieurs jours dans toute son intégrité comme pour le zona, par exemple.
Dans l'étude des vésicules, il faut encore prendre en considération leur mode d'apparition . Tantôt elles se montrent en une seule fois, par une poussée comme on le dit ordinairement. Tantôt elles apparaissent peu à peu et envahissent une surface plus ou moins grande de la peau par une série de poussées successives. Il me reste enfin à vous parler des sensations diverses que peut éprouver le malade atteint de vésicules. Elles peuvent être indolentes et ne présenter que les symptômes objectifs que nous avons donnés. Ainsi , dans les éruptions sudorales , elles peuvent parfaitement passer inaperçues ; d'autres fois, la production de la vésicule est accompagnée d'un prurit intense : citons pour exemple la gale , l'eczéma au début , l'herpès dans ses diverses formes. Après un temps plus ou moins long, avons-nous dit, la vésicule disparaît, ou se modifie, ce qui revient au même dans l'étude de la terminaison. — Dans certains cas, la sérosité se résorbe entièrement : l'épiderme, d'abord soulevé par le liquide , s'affaisse et ne tarde pas à se détacher sans laisser aucune trace de la lésion. — C'est ainsi que les choses se passent dBns la miliaire, dans les éruptions de sudamina. D'autres fois, la sérosité une fois épanchée ne se résorbe pas ; elle se dessèche, se concrète dans l'intérieur même de la vésicule qui se trouve alors transformée en une croûte jau-
nâtre recouverte d'une mince couche ('îpidermique : ainsi se termine la vésicule de l'herpès, maladie qui ne laisse aucune cicatrice. — Dans un troisième cas enfin, le liquide se concrète comme dans les cas précédents ; mais la surface occupée par la croûte continue à produii'c du liquide qui soulève la concrétion solide; le liquide se répand tout autour et se transforme en nouvelles croûtes qui se superposent aux premières. Ainsi s'explique la différence absolue entre l'aspect d'un eczéma un peu ancien d'avec l'éruption vésiculeuse fugace qui a marqué le début de l'éruption.
Tels sont les principaux caractères des vésicules, envisagées à un point de vue général.
Les maladies qui présentent toutes pour lésions primitives une ou plusieurs vésicules forment le groupe dit : des maladies vésiculeuses. Elles sont au nombre de six : Veczéma, rherpès, la varicelle, la gale, la mlUaire, les siidamina.
IL Bulles. — Si par la pensée on élargit dans tous les sens la vésicule, on aura la bulle: on peut donc dire que la bulle est formée par un soulèvement épidermique de la grosseur d'un pois à celle d'une pomme contenant une sérosité plus ou moins transparente. — La bulle peut être fixe, durer quatre ou cinq jours, sans subir de modifications, ou bien, au contraire, être éphémère comme certaines vésicules et disparaître dans les vingt-qualre heures. — La bulle du pemphigus offre un exemple du premier cas, celle du rupia, un exemple du second. Les bulles apparaissent ordinairement les unes après les autres, et sans réaction générale; cependant, dans certaines formes de rupia on les voit s'accompagner de symptômes aigus, de fièvre, de démangeaisons assez vives, et d'une sensation de cuisson caractéristique. Dans ce cas,
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on a affaire à un vërilablc exanthème, et, ce qui justifie cette manière de voir, c'est que souvent l'éruption cutanée est précédée de pi'odromes.
La bulle peut présenter deux terminaisons différenles : tantôt le liquide se résorbe, l'épiderme s'aplatit, se dessèche et tombe, laissant au-dessous de lui un derme parfaitement cicatrisé ; tantôt le liquide se concrète dans la bulle, mais la sécrétion continue à se faire au-dessous de la croûte qui vient de se former : de là une ulcération du derme qui persiste après la chute de la croûte, et ne guérit qu'après avoir suppuré pendant un temps souvent fort long; la cicatrice est toujours indélébile et reste comme un stigmate ineffaçable de la présence d'une bulle.
Deux maladies ont comme lésion éléuienlaire la bulle t dans la première, le pemphigus, la bulle est fixe, guérit sans croûtes et sans cicatrices ; dans la seconde, le rupia, la bulle est fugace, ne tarde pas à être remplacée par une croûte, qui recouvre une ulcération de mauvaise nature , laissant après elle une cicatrice blancli " non adhérente aux parties profondes, et persistant toute la vie.
HI. Pustules. — Supposez une vésicule remplie d'un liquide franchement purulent et vous aurez une pustule : c'est dire que celte lésion est caractérisée par un soulèvement épidermique de la grosseur d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet renfermant du pus véritable. — On les divise en deux catégoi'ies : les unes sont psydraciées, c'est-à-dire constituées par un bouton purulent , se détachant nettement de la surface épidermique sans que la peau soit enflammée tout autour ; telles sont les pustules de l'impétigo, de l'acné iniliaire et varioliforme. — Les autres sont dites phlysaciées : tout autour de la pustule se constate une induration phlegmasique comme dans lavariole, l'ecthyma, le sycosis, l'acnéboutonneuse.Les pus-
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tules ne dépassent pas en général le volume d'une lentille ou d'un pois ; cela se constate facilement dans le cas de pustules isolées ; mais, qu'elles deviennent confluentes, c'est-à-dire que plusieurs d'entre elles se réunissent à leurs voisines, on aura une vaste pustule dans laquelle il sera difficile de reconnaître la lésion première.
La pustule se termine toujours par la concrétion du liquide contenu, et la formation d'une croûte. Ces croûtes, tout en pouvant revêtir les apparences les plus diverses dans leurs formes et dans leurs couleurs, auront des caractères invariables dans chacune des maladies qui auront donné lieu à la production des pustules. — Ne faisons que rappeler l'aspect rocheux, la coloration jaunâtre , mélicérique de la croûte de l'impétigo qu'on ne confond avec aucune autre. Gomme dans les bulles et les vésicules, l'apparition des pustules pourra se faire sans réaction générale ou s'accompagner , comme dans l'impétigo saisonnier, par exemple, de troubles gastriques, de lièvre, de courbatures ; la durée de la pustule varie selon la nature de l'affection dont elle est symptomatique. Dans la variole, elle se dessèche au bout de huit ou dix jours ; dans le sycosis elle persiste quelquefois pendant deux et même trois septénaires.
Six genres de maladies peuvent être rattachés à la puptule, ce sont : la variole^ la varioloide^ VimpétigOy Vecthifma y le sycosis et Vacné houtoiineuse .
Les trois lésions que nous venons de décrire sont humides ; celles qui vont nous occuper maintenant sont bien différentes quant à leur aspect et leurs symptômes, elles sont toutes les trois sèches.
IV. Papules. — Une papule est une petite induration hypertrophii[ue du derme ne se prolongeant pas dans son
épaisseur, peu étendue, ne dépassant pas en général la grosseur d'une tête d'épingle ou d'une lentille. — De là , deux aspects différents : ou bien la papule n'est constituée que par une petite saillie acuminéc, légèrement colorée , ou bien elle est aplatie, ne dépassant ([ue fort peu la surface de l'épiderme. Les papules ne se rencontrent presque jamais isolées : ordinairement elles forment des groupes dont l'importance du siège est grande au point de vue du diagnostic de la cause ; mais, qu'elles soient acuminées ou aplaties, isolées ou confluentes, il est fréquent de constater à leur niveau un petit point noir qui n'est autre chose que du sang concrète et desséché. — Si les vésicules, les bulles et les pustules peuvent, dans certains cas, ne s'annoncer par aucun phénomène subjectif, il n'en est pas de même des papules, qui, dans la plupart de leurs formes, sont accompagnées de démangeaisons, de sensations de cuisson plus ou moins vives, dans certaines affections, insupportables.
La papule se termine le plus ordinairement par la résosolution ; la saillie s'efface peu à peu, la coloration de l'épiderme disparaît et aucun vestige de la lésion ne persiste après sa guérison. Trois affections sont caractérisées par les papules: dans l'une, elles sont en groupes, s'accompagnent de sensations douloureuses, que le malade compare à des piqûres d'aiguilles, c'est le lichen; dans l'autre, la saillie de la peau est acuminée, ou plate, présente le plus souvent à son centre un petit caillot sanguin, le prurit est très-intense, c'est le prurigo idiopathique ou symptomatique ; dans une troisième maladie , enfin , le stropliiilus , la papule repose sur une surface érythémateuse, ce qui justifie l'expression de feux de dents sous laquelle cette affection est connue dans le vulgaire. Les papules du strophulus s'observent chez les très-jeunes enfants à l'époque de la dentition, quelquefois chez l'a-
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dulte , notaininoit chez les femmes , à l'époque menstruelle.
Le prurit des affections papuleuses, sur lequel nous revenons encore, occasionne, dans certaines circonstances, des troubles secondaires : à la suite des grattages répétés, soit avec les doigts, soit avec des corps étrangers, la peau devient le siège d'une seconde lésion qui masque les caractères de la première : c'est ainsi que se produit cette affection bâtarde et impossible à décrire d'une façon générale à laquelle on a donné les noms d'eczéma lichénoïde ou de lichen agrius ; son siège de préddection, soit dit en passant, est la peau du coude et du creux poplité.
Tels sont les principaux caractères des maladies papuleuses pouvant se rattacher à leur cause générale la plus commune, l'herpétisme. Dans la syphilis, on observe également des manifestations cutanées ayant la papule comme lésion élémentaire : telles sont les syphilides papuleuses et le lichen spécifique ; l'aspect et la coustitfilion anatomiques des papules sont les mêmes, mais comme dans toutes les affections de la peau , symptomatiques de la vérole, les démangeaisons manquent, et ce signe négatif pourra devenir d'une importance énorme lorsqu'on trouvera une des lésions qui nous occupent sans réaction douloureuse.
Signalons, en outre , les productions épidermiques dures, adhérentes et ordinairement colorées en brun, que l'on observe quelquefois au sommet de certaines papules syphilitiques; nous pouvons vous montrer la reproduction de cette curieuse lésion que l'on a décrite sous le nom de syphylide papuleuse, vég tante cornée.
V. Tubercules. — De même que la bulle n'est que l'exagération d'une vésicule , le tubercule peut être défmi
DES LÉSIOISS ÉLI':MlvNTAmKS DES MALADIES DE LA PEAU. 329
par l'exagération d'une i)apule. Non-seulement l'hypertrophie (lu derme est plus étendue, mais encore elle comprend toute l'épaisseur de la peau ; le tubercule a une racine profonde, et ce caractère anatomique suffit à le différencier de la papule. — En outre, si la papule ne se rencontre guère que dans deux diathèses, les variétés de tubercules sont beaucoup plus nombreuses, suivant qu'elles se rattachent à la syphilis , à la scrofule, au cancer , au sycosis, ou à l'acné. Le tubercule a toujours une marche chronique : tantôt il se présente sous la forme d'une éminence plus ou moins volumineuse, dure, adhérente, mais sans altération épidermique ; tantôt, au contraire, le sommet du tubercule se détruit et devient le point de départ d'une ulcération qui envahit souvent les parties voisines : ainsi se passent les choses dans la scrofulide ulcéreuse. Dans le cancer, l'ulcération entraîne la destruction du tubercule, mais pour le remplacer par une perte de substance fongueuse et saignante bien plus grave encore. D'autres fois, le sommet du tubercule suppure ; on voit apparaître une pustule qui ne tarde pas à s'ouvrir et à disparaître , mais la lésion première, le tubercule, persiste encore longtemps. Le sycosis, l'acné tuberculeuse et boutonneuse offrent des exemples de cette modification. — Dans un dernier cas, enfin, le tubercule se résorbe : Ja peau revient à son état normal , mais le plus souvent elle est le siège d'une cicatrice blanche indélébile et adhérente.
VL Squames. ~~ Toutes les fois que le derme est malade, qu'il soit altéré dans sa nutrition, ou dans sa constitution , la sécrétion épidermique subit une modification qui se traduit par une exagération de la quantité de son produit : on observe alors ce que l'on appelle les squames, qui jouent un si grand rôle dans les maladies de la peau. Il faut distinguer deux sortes de squames : les unes sont
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constituées uniquement de lamelles épidermiques, ce sont les squames vraies du psoriasis ou du pityriasis. Les autres sont mélangées avec des produits de sécrétions humides et constituent les fausses squames que l'on observe dans l'eczéma chronique, par exemple.
La coloration des squames varie : elles peuvent être blanches, brillantes, rappeler l'aspect de la nacre ou d'une tache de bougie , ou bien être mates et ternes : on les appelle , dans ce cas , squames plâtreuses ; elles peuvent être minces, unifoliacées , lamelleuses , se détacher du corps avec la même facilité que cela peut se voir sur certains arbres qui se dépouillent de leur écorce : ainsi, dans l'herpétide exfoliatrice. D'autres fois, elles sont agglomérées et serrées les unes contre les autres, adhérentes à la peau et ne s'en détachant que lorsqu'on les gratte avec l'ongle, comme dans le psoriasis , par exemple. Une troisième forme que peuvent présenter les affections squameuses s'observe dans le pityriasis alba : la peau est recouverte d'une multitude de petites écailles blanches qui se détachent sous la forme d'une poudre analogue à de la farine et bien différentes par conséquent des deux premières variétés.
Enfin, dans la syphilis , la sécrétion vicieuse de Tépiderme peut aller jusqu'à la production d'écaillés dures et épaisses, que l'on connaît sous le non de syphilide végétante cornée. Quatre maladies peuvent rentrer dans la catégorie des affections squameuses ; ce sont : le psoriasis, le pityriasis, Vichthyôse, Iherpétide exfoliatrice ; — ajoutons-y certaines formes de syphilides : outre celle que nous avons mentionnée, les syphilides papulo-squameuses de la paume des mains et de la plante des pieds.
VIL Coloration, — Les altérations dans la couleur de la peau qui intéressent le dermatologiste doivent être sépa-
rées des différents aspects que peut présenter le tégument externe sous l'influence des maladies générales ou locales; ainsi, dans la chlorose la teinte jaune verdâtre de la peau, dans le cancer la couleur jaune paille, dans l'impaludisme et l'intoxication saturnine la coloration terreuse, sont des faits de la plus haute importance en pathologie générale . De même encore les troubles circulatoires de la face dans les affections thoraciques, la cyanose dans les maladies du cœur, la rougeur des pommettes dans la pneumonie et la tuberculose, ne doivent pas rentrer dans l'étude que nous allons faire des colorations anormales de la peau. Nous ne nous occuperons donc que des altérations résultant de la congestion active des capillaires du derme, comme dans les exanthèmes; de l'extravasion du sang dans le tissu dermique, comme dans le purpura ; de la dilatation variqueuse des vaisseaux artériels ou veineux du derme, ou enfin occasionnée par une pigmentation insuffisante ou exagérée de l'épiderme. De là quatre catégories d'affections de la peau', les exanthèmes, les maladies hémorrhagiques, les difformités ordinairement congénitales , connues sous le nom de naevi, et les taches et colorations accidentelles ou congénitales de la peau.
1" Dans les exanthèmes, la congestion active des capillaires s*accompagne, comme toute inflammation, de rougeur, de douleur, de chaleur, et se termine par résolution suivie ou non de desquamation épidermique. — Cette coloration varie depuis le rose tendre de l'érythème saisonnier jusqu'au rouge lie de vin ou framboise de la scarlatine. La durée de la coloration anormale de l'éruption , comme on ledit ordinairement, ne peut être que de un ou deux jours dans la rougeole, par exemple, d'un septénaire ou même davantage dans l'érysipèle, de plusieurs années dans l'acné rosacée. Le plus souvent, la production de l'exanthème est précédée ou accompagnée de symptômes généraux qui
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sont toujours les mêmes pour chaque maladie , et qui sont d'une importance capitale dans leur diagnostic. Vous connaissez tous les prodromes des fièvres éruptives, et vous savez que leur valeur séméiologique est aussi grande que celle de Irruption qui les suit de près. — Mais d'autres fois, l'exanthème se produit sans réaction fébrile ; le malade ne s'en aperçoit pas, et il nous arrive fréquemment de constater l'étonnemefit de certains malades syphilitiques qui ne découvrent une roséole très-nette que quand on leur dit de montrer leur ventre ou leur poitrine. Cet exemple d'exanthème fébrile est vrai pour la plupart des cas; ajoutons cependant que quelquefois il arrive de voir la première manifestation cutanée de la vérole s'accompagner d'un léger état fébrile très-passager. — La terminaison des exanthèmes la plus ordinaire est la résolution simple , quand la peau revient à son état normal dès que la rougeur a disparu ; avec desquamation, quand elle est suivie d'une exfoliation plus ou moins abondante de l'épiderme qui se détache et tombe sous des formes diverses; en larges plaques , dans la scarlatine , en lamelles furfuracées dans la rougeole. La différence capitale entre la desquamation des exanthèmes et celle des affections dites squameuses que nous avons vues, c'est que dans les premiers la squame, après s'être détachée, ne se reproduit plus, tandis que dans les secondes la sécrétion épidermique vicieuse ne cesse qu'avec la guérison de la maladie ; sept affections rentrent dans la catégorie des exanthèmes, ce sont : l'érythème simple, l'érysipèlc, la rougeole, la roséole, la scarlatine, l'urticaire, les taches rosées lenticulaires. On les appelle quelquefois exanthèmes vrais, parce (jue, une fois produits, ils ne changent pas d'aspect jusqu'au moment où ils disparaissent. Il n'en est pas de même des faux exanthèmes qui commencent comme dans le cas précédent par une coloration rouge de la peau avec dou-
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Iei,ir et rougcui"; {)uis, au bout de quelque temps se développent d'autres lésions telles que des vésicules ou des pustules sur la surface primitivement enflammée : ainsi se passent les choses dans la variole, dans l'herpès zona, dans l'impétigo, etc.
2<' Les colorations de la peau dues à une hémorrhagie des capillaires, soit dans sa traîne elle-même, soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, résultent dans certains cas de traumatisme : de là, une ecchymose qui se résout après avoir passé par plusieurs teintes bien connues que nous ne faisons que mentionner. Ce qui nous intéresse davantage, ce sont les taches hématiques ou purpuriques que l'on observe dans tous les états d'appauvrissement du sang, dans les cachexies ou à la suite d'excès, de fatigues, de mauvaise nourriture ; dans ces cas-là on voit la peau se couvrir de taches plus ou moins étendues^ violacées, ne disparaissant jamais sous la pression du doigt, ce qui les différencie d'une façon absolue des taches exanthématiques, quelque foncées qu'elles puissent être.
3*^ Lorsque sous une influence encore obscure les capillaires artériels et veineux du derme deviennent variqueux, c'esi-k-ùive le siège d'une dilatation permanente, on voit se produire ces colorations plus ou moins étendues et plus au moins foncées que Ton appelle nœvi materni ; ces colorations sont toujours congénitales. On en distingue deux espèces : le nœvus veineux, noir bleuâtre ou lie de vin, occupant souvent toute une partie de la face, des membres ou du tronc; le nœvus artériel ou flammeus, ordinairement plus circonscrit, plus rouge que le précédent et se congestionnant facilement sous l'influence des efforts, des cris, des règles.
4° Enfin , une des causes fréquentes de la coloration anormale de la peau est la répartition inégale, exagérée ou diminuée du pigment dans les cellules du réseau mu-
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queux de Malpighi. Lorsque la pigmentation de la peau est exagérée, on observe une teinte foncée générale ou partielle du tégument : de là une véi'itable nigritie, dénomination qui fait bien comprendre que dans certains cas la peau peut devenir aussi foncée que chez les individus de la race éthiopienne. — Chez les blancs, la nigritie s'observe quelquefois à la suite de maladies chroniques de la peau: ainsi, dans le prurigo, la teinte bistrée^ noir brunâtre de la peau se constate assez souvent quand l'affection a duré quelque temps. — Dans la maladie d'Addisson, liée dans presque tous les cas à une altération des capsules surrénales, la peau prend une couleur uniforme et générale qui lui a valu le nom de maladie bronzée.
Certaines femmes présentent, pendant la grossesse, une pigmentation exagérée de la face, qui dis]3araît après l'accouchement et dure quelquefois fort longtemps ; vous avez tous pu observer le « masque » des femmes enceintes. La pigmentation du mamelon est un phénomène analogue. Cependant, chez les femmes très-brunes, la coloration de l'auréole et même des organes génitaux externes se constate en dehors de la grossesse.
Le lentigo, vulgairement connu sous le nom de taches de rousseur, est un exemple fréquent de ces productions exagérées du pigment; dans le lentigo , les taches, tout en pouvant se rencontrer sur tout le corps, s'observent le plus ordinairement sur la face, les bras et le cou ; elles sont en général peu étendues, peu foncées en couleur et ne dépassent pas la grandeur d'un grain de millet. M. Hardy a décrit, sous le nom de mélasma, une pigmentation exagérée de certains points de l'épiderme se présunlant sous la forme de taches plus volumineuses et surtout d'une coloration beaucoup plus intense que celle du lentigo.
Enfin, sous l'influence de la syphilis, on observe quelquefois , principalement sur les parties latérales du cou et
sur les épaules des taches brunes , noirâtres, désignées, en raison de leur cause productrice, sous le nom desyphilldes picjmentaires.
Toutes ces colorations, que nous venons de passer rapidement en revue, sont dues à une exagération dans la production du pigment ; celles qu'il nous reste à examiner sont dues, soit à l'absence complète, soit à la répartition inégale de la matière colorante de la peau. Dans le premier cas, rentre uneanomaliefort rare, connue sous le nom (l'albinisme : le pigment fait non-seulement défaut dans la peau, qui est d'une blancheur inaccoutumée, mais encore dans les cheveux et dans la choroïde ; de là un aspect tout à fait spécial des yeux, dans lesquels on voit par transparence les vaisseaux sanguins , et une irritabilité très-grande de la rétine qui se traduit par un clignotement continuel sous l'influence de la lumière.
Dans le second cas, le pigment manque absolument dans certains points où la peau est absolument blanche et tranche nettement par sa pâleur sur la teinte ordinaire : cette anomalie est décrite sous le nom de vitiligo.
VIII. Ulcérations. — On entend par ulcération une solution de continuité du tégument externe, tendant à s'accroître et non à se cicatriser, ce qui la différencie des plaies ordinaires qui tendent à la guérison. Les ulcérations sont une des lésions les plus importantes à connaître en dermatologie , car ce sont les manifestations les plus fréquentes des quatre diathèses qui semblent avoir la peau comme terrain de prédilection : l'herpétisme, la scrofule, la syphilis et le cancer. Aussi allons-nous tâcher de vous donner, par quelques caractères bien nets pour chacune d'elles le moyen de les reconnaître, quelque insuffisants que soient les commémoratifs fournis par le malade.
Uulcération herpétique est peu profonde , ses bords
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sont peu élevés, taillés en biseau, adhérents au pourtour de la perte de substance, et la guérison se fait sans laisser de cicatrices.
Dans la syphilis, Tulcération est plus profonde, nettement circonscrite par des bords élevés, taillés à pic; elle ne guérit qu'au prix d'une cicatrice sur laquelle nous reviendrons plus tard.
Vidcère scrofuleux est rare, son contour est irrégulier, ses bords sont amincis, décollés, déchiquetés, sa cicatrice a aussi un caractère spécial. — Enfin, Vidcération du cancer se reconnaîtra à ses bords indurés, déjetés en dehors, à son fond anfractueux , inégal , mamelonné ; sa cicatrice n'existe pas, puisque la maladie est incurable et que les ti'aces de la lésion que l'on constate après son extirpation au bistouri, ou sa cautérisation, sont celles de plaies ou de brûlures profondes.
Tels sont, en quelques mots, les caractères bien tranchés des ulcérations en générai et qui permettent dans bien des cas de poser le did;:nostic de l'affection sans même interroger le malade, ou malgré ses dénégations.
Nous en avons fini avec les lésions anatomiques primitives ou élémentaires des maladies de la peau; il ne nous reste plus qu'à vous parler des suites de ces lésions qui s'observent aussi souvent que les lésions elles-mêmes, c'est-à-dire des croûtes et des cicatrices.
Une croûte est un corps solide résultant de la concrétion d'une sécrétion humide: sérosité dans l'eczéma ; pus dans l'impétigo; sanie sanguinolente dans le rupia ; sanie purulente dans l'ecthyma. Souvent on n'a pour faire son diagnostic que bien peu de chose : d'après la croûte consécutive à une vésicule ou à une pustule, on pourra recoimaîtrc à quelle affection on a affaire. — Les croûtes des herpétidcs, de l'eczéma , par exemple, sont en général jaunes, minces, lamelleuses, se détachent de l'épiderme
sans produire d'ulcérations. Celles de recthyma sont grisâtres ou noires, enchâssées dans la peau comme un verre de montre et souvent entourées d'une zone inflammatoire. La croûte du rupia syphilitique est pour ainsi dire pathognomonique : elle est épaisse, stratifiée, noire, verdâtre, persistante, et recouvre ordinairement un derme plus ou moins ulcéré.
La croûte de la scrofule offre une grande ressemblance avec la précédente: on la reconnaît cependant à son épaisseur moindre et à sa coloration grise et noire ; en outre la croûte de la scrofule est plus aplatie , est moins dure que celle de la syphilis.
Dans le cas où toute manifestation de la maladie a disparu, on est souvent fort heureux de pouvoir observer l'empreinte qu'elle a pu laisser.
Voyons donc si les cicatrices peuvent donner par ellesmêmes des indications utiles au diagnostic. — Les herpétides ne laissent jamais de cicatrices : ce caractère négatif pourra avoir son importance et permettra d'éliminer la diathèse dartreuse quand on se trouvera en face de la lésion qui nous occupe; quant au cancer, nous avons vu pourquoi il n'en présentait jamais, restent donc la syphilis et la scrofule.
Les syphilides ulcéreuses donnent toujours une cicatrice superficielle, non adhérente aux parties sous-jacentes ; la peau, à son niveau, est mince, lisse et blanche, quelquefois un peu plissée ou gaufrée , comme on le dit encore quelquefois.
Dans la scrofule, le stigmate ineffaçable de la diathèse consiste en une cicatrice dure, adhérente aux parties profondes sur lesquelles elle ne peut glisser; tantôt étendue en surface, tantôt présentant l'aspect d'une véritable couture linéaire avec des bords indurés, véritables bourrelets de tissu chéloïdien.
ANN. DERM. ET SYPH., T. VII. 22
33H E. (JuiHouî.
Telles sont, Messieurs, les généralités sur lesquelles je tenais à fixer votre attention avant de conimencer ces leçons. — Si je m'y suis arrêté avec tant d'insistance, c'est que je crois que leur connaissance est absolument indispensable, si vons voulez profiter de l'enseignement que vous offrira l'observation des malades.
NOTE
SUR