‹ Travaux scientifiques de Louis-Daniel Beauperthuy [electronic resource]Chapitre 3 sur 7 · SUR LA GENÈSE DES MALADIES EN GÉNÉRAL ET DE LA LÈPRE * EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

SUR LA GENÈSE DES MALADIES EN GÉNÉRAL ET DE LA LÈPRE * EN PARTICULIER

a Le Beauperthuy, en étudiant les causes des maladies, surtout des maladies épidémiqucs et endémiques des zones intertropicales, est arrivé à édifier un système qui, tout en simplifiant la pathogénie, ferait, s'il n'était tout hypothétique, table rase des opinions ayant cours jusqu'ici dans la science.

» Ces opinionssont assurémenLhypothétiques comme le système du D"" Beauperthuy. Ainsi, les causes et la nature du choléra, de la peste, de la fièvre jaune et de tous les typhus nous échappent et nous échapperont peut-être toujours. Tout ce que l'on sait, c'est que ces grands fléaux ont pour berceau des contrées du globe présentant, au point de vue de la constitution tellurique et météorologique, certains caractères qu'on ne trouve pas ailleurs, ou qu'on trouve moins accentués. La science a admis l'hypothèse des miasmes ou effluves créant la maladie sur place, maladie qui suit ensuite dans ses migrations des allures qui font croire à la transmission par les agglomérations d'hommes, par les caravanes, par les navires, par les marchandises et peut-être aussi par les courants atmosphériques. Ces opinions, ai-je dit, sont tout hypothétiques, mais elles ne préjugent rien, laissant un vaste champ aux recherches, aux expériences. La science embarrassée a recours à ces hypothèses vraisemblables qui céderont le pas à la vérité absolue, si nous la connaissons un jour. Le D"" Beauperthuy, au contraire, donne son système comme l'expression de cette vérité absolue, comme le résultat des faits indéniables, matériels, visibles et palpables pour tous. Sans restriction, sans réserve aucune, notre confrère, tout en déclarant sa faiblesse devant l'édifice séculaire de la science, fait le procès à cette vieille science pour n'avoir pas entrevu cette vérité, pour être restée dans l'ornière des hypothèses, alors que lui, éloigné de tout centre scientifique, refaisait en quelques années toute la pathogénie.

» Après avoir exposé brièvement celte patliogénie, nous n'aurons pas besoin de prouver à nos lecteurs que le D- Reaupertiiuy a eu beaucoup de devanciers, dont quelques-uns appartiennent aux xvii« et xviii» siècles, les uns généralisant moins que lui, d'autres plus que lui. L'un d'eux, chimiste éminent, bien connu de notre époque, et qui serait devenu un des illustres savants de son siècle, s'il avait consacré à la science pure tout le temps qu'il a consacré aux luttes stériles de parti, regarde les sept dixièmes des maladies comme d'origine parasitaire.

» On comprend bien que nous ne pouvons pas dans ce rapport suivre le Beauperthuy dans toutes les parties de son système. Qu'il nous suffise de dire que, pour notre confrère, toutes les maladies endémo-épidémiques des pays ' chauds et beaucoup id'autres maladies sont ou parasitaires proprement dites, ou produites par l'inoculation dans l'économie de virus ou venins végétaux ou animaux, inoculation faite par les tipulaires des marais ou d'autres animalcules.

» La science actuelle admet, par exemple, pour expliquer la cause des fièvres intermittentes, que des miasmes ou effluves provenant des matières végéto-animales décomposées ou des terres non mises en valeur, se répandent dans l'air avec plus ou moins d'intensité, suivant la température et l'humidité de cet air : que l'homme qui vit dans cet air absorbe ces miasmes par la peau, par les voies respiratoires, avec plus ou moins d'intensité suivant certaines prédispositions individuelles. De cette absorption, de cette présence des miasmes délétères dans le sang, naît une intoxication qui donne lieu à toutes les manifestations connues sous le nom d'accidents paludéens. Voilà, en quelques lignes, la théorie communément admise pour l'impaludisme.

» Pour le D"" Beauperlhuy, l'absorption par l'immense surface cutanée, l'absorption si rapide par la surface non moins grande des voies respiratoires, n'a aucune valeur quand il s'agit de l'impaludisme.

» Notre confrère admet bien qu'un homme placé dans une atmosphère d'acide carbonique ou autre gaz délétère périrait asphyxié ou empoisonné par absorption cutanée et pulmonaire, et ce même homme pourrait vivre impunément sans (ièvre dans

la sphère d'action la plus intense d'un marais pestilentiel, s'il ne subit l'inoculation des produits toxiques de ces marais, inoculation faite par un tipulaire, par un iTiarinRouin, qui ne sert \ en quelque sorte3ie£interr^^ comme si l'absorption j pirriêslnêmBranes si ténues des dernières voies respiratoires, • n'était pas une inoculation plus puissante et surtout pins pcrma- ^ nerite que celle opérée par les tipUlaires, s^il est vrai que cette dernière puisse être comptée. Cette opinion, on le voit, ne tient aucun compte de la diffusion des gaz et des miasmes; elle | méconnaît les lois d'endosmose sur lesquelles repose la théorie | ' de la respiration.

» J'ai dit que cet exemple suffirait pour donner une idée de la doctrine du D"" Beauperthuy. Aussi, maintenant, ne ferai-je qu'une rapide énumération des causes admises par mon confrère pour la plupart des maladies, pour celles surtout qui constituent de véritables fléaux plus ou moins périodiques, et dont les causes et la nature échappent à la science.

» Ainsi, le choléra est dû à l'inoculation produite par un insecte nocturne, un hémiptère si peu microscopique qu'il aurait trois ou quatre lignes de long.

» La fièvre jaune ne serait qu'une fièvre paludéenne à la quaf,rième puissance, toujmu^s-jdiie à je nomlHLeuses inoculations faites par les tipulaires, ayant probablement déposé dans les téguments de Thomme un produit de décomposition plus intense que celui des marais en temps ordinaire. Qu'on explique, avec cette théorie, pourquoi l'Européen est le sujet tristement privilégié de la fièvre jaune;' pourquoi on n'a en général la fièvre jaune qu'une fois, tandis qu'un accès de fièvre paludéenne simple ou pernicieuse, loin de constituer une immunité pour l'avenir, est, au contraire, une prédisposition à de nouveaux accidents, etc.?

» Les maladies parasitaires proprement dites, à acarus, par exemple, constitueraient pour le D"" Beauperthuy un cadre assez vaste; ces acarus se transportent quelquefois d'eux-mêmes sur l'homme, mais le plus souvent s'attachent aux mouches domestiques ou autres insectes qui leur servent de véhicules et s'en débarrassent en les déposant aux orifices des muqueuses ou sur les plaies, pour éviter eux-mêmes un état morbide.

» Les acariens des diverses espèces déterminent à eux seuls, par leur présence et par rinoculalion de produits toxiques pris sur des matières végéto-animalcs en putréfaction, la variole, la peste, la pustule maligne, le zona, les dartres, la teigne, dont la nature parasitaire végétale a été mise hors de tout doute, le cancer, la phtisie, e!c. La phtisie ne serait qu'une gale rentrée, non pas dans raccrption qu'y attachaient les humoristes qui ignoraient le parasitisme de la gale, mais bien une psore interne due au développement d'acarus dans les voies respiratoires, acarus déposés à l'entrée des narines ou de la bouche, et se propageant ensuite de proche en proche vers les poumons. Donc, les diathèses tuberculeuses et cancéreuses ne sont pas héréditaires, puisqu'elle sont le résultat d'une affection parasitaire, laquelle est purement accidentelle. Les familles renseignées et bien pénétrées de cette vérité n'ont plus à trembler pour leurs enfants, puisqu'une simple précaution suffit pour les préserver, alors qu'elles n'ont pas réussi à se préserver elles-mêmes; maladie parasitaire, remède parasiticide et prophylaxie appropriée, tout est dit; la phtisie, à l'avenir, ne compterait plus pour le sixième ou le dixième dans la mortalité suivant les lieux.

» J'oubliais de dire que pour le D"" Beauperthuy les diathèses syphilitique et herpétique prédisposent à la phtisie, c'est-à-dire à l'invasion acarienne dans les voies respiratoires, comme ces mêmes diathèses prédisposent à la lèpre avec d'autres causes que nous connaîtrons bientôt. Une différence seulement, c'est que dans le premier cas les causes prédisposantes ne seraient pas indispensables, tandis qu'elles le seraient dans le second.

I i> J'ai dit que le D"" Beauperthuy ne donnait pas ses idées Icomme hypothétiques; en effet, il décrit et classe pour chacune 'de ces maladies l'animalcule ou le parasite qui la produisent; ■ il étudie leur genre de vie, leurs métamorphoses, il les a surpris à l'œuvre, pour ainsi dire, de lèse-humanité. Notre confrère a fait, du reste, de ces études étiologiques le sujet de plusieurs mémoires dans divers journaux ou soumis à des corps savants dont je n'ai jamais pu connaître l'appréciation à leur égard.

» Ce n'est qu'un sommaire des idées du Beauperthuy que je donne ici; les développer demanderait un gros volume, et les combattre, beaucoup moins, assurément.

» Abordons maintenant la partie de cette théorie relative à rétiologie de la lèpre, théorie qui a amené notre confrère à instituer la méthode de traitement que nous exposons, sans endosser la responsabilité de cette théorie.

» Pour M. Beauperthuy, la lèpre est le résultat d'éléments étiologiques divers :

ï 1° Comme cause prédisposante, mais cependant indispensable, la diathèse herpétique ou syphilitique déterminant Tafflux de produits albumiueux excrémentiliels dans le tissu dermique, et préparant ainsi un terrain favorable;

s> 2° Une cause déterminante consistant dans une inoculation d'un virus producteur de l'élément tuberculeux; virus inoculé soit par les tipulaires des marais, soit par des chiques, tiques, araignées aquatiques, acarus divers, etc.

» Voilà les causes; nous connaissons malheureusement trop bien les résultats, c'est-à-dire les caractères anatomo-pathologiques et les symptômes de la maladie. Un pourtant nous embarrasse : c'est la présence d'un germe vivant dans le tubercule ou produit de la lèpre; disons le mot, d'un acarus examiné au microscope par le D"" Beauperthuy, dessiné par un de ses amis. J'ai vu le dessin de cet acarus qui, loin de ressembler à celui de la gale, rappelle assez bien l'aspect du pediculus pubis. Une de ses pattes, dessinée isolément et vue à un fort grossissement, se termine par deux véritables griffes ou crochets opposables semblables aux serres d'un oiseau de proie. Voilà tout ce que je connais de cet acarus que j'ai vainement cherché sur un grand nombre de malades et par tous les moyens possibles. J'ajouterai que, pendant quatre mois, j'ai aussi vainement prié le D"- Beauperthuy de satisfaire ma légitime curiosité sur ce sujet.

» Comment cet acarus, si acarus il y a, se dépose-t-il dans les tubercules? S'y développe-t-il? S'y reproduit-il? Autant de questions que les entretiens particuliers avec le D"" Beauperthuy et ses manuscrits ne tranchent point d'une manière définitive, comme si l'étude sur ce point était incomplète.

» Notre confrère établit que la peau des lépreux a une grande attraction pour les animalcules parasitaires de l'homme ou autres

qui l'attaquent accidentellement et d'une manière plus ou moins intermittente. Ces parasites, comme nous l'avons dit, peuvent être transportés sur la peau par la mouche domestique et autres diptères, ou s'y transporter eui-mêmes. De ces parasites, les uns se logent dans la plaie, s'y fixent et s'y reproduisent en devenant des agents propagateurs de la maladie; le rôle des autres, au contraire, se réduit au rôle d'agents irritants de la peau. Ces parasites pénètrent profondément dans la peau ou arrivent dans l'intérieur du corps par les ouvertures naturelles. « Les tuber- » cules de cause interne, dit notre confrère, ceux qui développent » les poussées, ne sontpas formés de toutes pièces dans l'économie, » ils sont constitués par des germes, dont la nature interne sera » dévoilée un jour, et qui, rencontrant à la peau une infiltration » de fluide albumineux favorable, s'y fixent et y grossissent. Ces » germes me paraissent procéder des ganglions et vaisseaux » lymphatiques dans la majorité des cas. » ! !

» Voilà, en quelques lignes, la théorie du D'^ Beauperthuy sur l'étiologie de la lèpre. Je ne dirai pas qu'une pareille théorie ne mérite pas d'être combattue, car toute opinion est respectable et mérite discussion tant que son absurdité n'est pas évidente.

» Cette discussion ne peut trouver sa place ici ; mais si jamais les manuscrits de notre confrère sont publiés, et qu'une réfutation des erreurs qu'ils contiennent soit nécessaire, je pourrai alors mettre à profit mes études et entreprendre cette réfutation.

» J'ai connu le D"" Beauperthuy; j'ai apprécié ses cminentes qualités, j'ai été honoré de sa bienveillante amitié; mais je ne croirai pas manquer à sa mémoire, en combattant ses idées par écrit, comme je le faisais de vive voix auprès de lui. »

Le culte de la science n'admet ni compromis, ni complaisance.

Que les savants jugent avec impartialité les deux professeurs, et décident à qui revient la victoire : ou au Beauperthuy présentant au monde scientifique son système, comme l'expression de la vérité absolue; ou au Brassac s'opiniâtrant à défendre la vieille théorie des hypothèses.

Une des principales vertus du D'' Beauperthuy fut sans aucun doute le désintéressement.

Le Brassac le confesse dans son rapport, page 74 : « Une » chose pourtant, dit-il, doit sauver le Beauperthuy d'un » jugement trop sévère : c'est son désintéressement, l'absence » chez lui de toute idée de spéculation. J'ai formulé mon opinion j> à ce sujet dans mon rapport de 4869, mais je regarde comme » un devoir pour moi de rendre justice à la mémoire de notre » regretté confrère. » Va

Je n'avais pu, bien malgré moi, publier les manuscrits du D"" Beauperthuy. En le faisant aujourd'hui, je n'ai d'autre but que de faire connaître au monde scientifique les idées de mon père sur la médecine, et de tâcher que la connaissance de ses théories soit utile à l'humanité.

Cet ouvrage pourra donc être imprimé par quiconque voudra le faire, sans conditions d'aucune espèce.

Pierre-Daniel BEAUPERTHUY.

Cumanâj le 4 mai 1891.

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