XII. — ANONYME. Consummo (la vita mya
Comme le motet Dulcis amica Dei, la « frottola » Consomo se trouve à la fin du manuscrit du marquis de Laborde (fol. 139) et l’on en peut déduire qu’elle représente un des éléments du répertoire favori en France à la fin du xv® siècle. Elle ne porte dans le manuscrit aucun texte, sinon, à chacune des quatre voix, les premiers mots de paroles qu’on n’a pas les moyens de reconstituer dans leur totalité. Cette absence de texte est une des marques de l’exécution instrumentale des « frottole: ». Un état antérieur de la chanson, avant l’addition du contratenor, se trouve dans le ms. fr. 1597 de la Bibliothèque nationale (n° 75). Les trois voix principales y diffèrent à peine de celles du ms. Laborde.
XIII. — ANONYME. Fortuna desperata, iniqua maledicta, che de tal dona electa la fama ay denegata.
Ambros ? attribue au tenor sur lequel est bâtie cette célèbre chanson une origine anglaise et y reconnaît l’ancienne ballade Titus Andronicus complaint. Que cette identité soit ou non établie, il est certain que le thème devait être depuis longtemps affublé de paroles italiennes lorsque les compositeurs de la fin du xv® siècle le prirent pour occasion d’importantes œuvres polyphoniques. Le recueil de messes de Josquin publié à Venise par Petrucci le 17 février 1502 contenait une messe Fortuna desperata. Un an plus tard sortait des mêmes presses, parmi les messes de Jacob Obrecht, une œuvre du même nom #. Cette messe, écrite pour un altus, deux ténors et un bassus, est une merveille de développement thématique.
Comme chanson, Fortuna desperata (qu’il ne faut point confondre avec Fortuna d’un gran tempo) se présente sous deux formes. Elle a été composée à trois voix avant qu'on ne s’avisât de compléter l’harmonie en ajoutant une quatrième partie — un contratenor visiblement fait après coup. On a vu à propos de Dulcis amica, de Parce Domine et de Sancta Trinitas que ces enrichissements d’une ou de deux voix étaient fréquents. La rédaction primitive de Fortuna, anonyme, se trouve dans un manuscrit du British Museum (Add. 35087, fol. 11°-122) ; c’est cette forme à trois voix qu'avait en vue l’auteur de notre transcription pour orgue #.
On possède diverses variantes de la forme à quatre parties. Dans les Canti C n° cento cinquanta publiés par Petrucci en février 1503 5, (pp. 126-127) se trouve une version qui est reproduite à de légers détails près (présence d’un texte, absence de quelques signes d’altérations) dans le ms. 4379 de la Bibliothèque nationale (fol. 4ob-412) et dans le ms.
1. Cf. À. Pirro, Les « Frottole » et la musique instrumentale, Revue de musicologie, mars 1922, pp. 4-5.
2. Gesch. der Musik, 2° éd., III, p. 58 et n. 1. Cf. aussi p. 60.
3. Rééditée par les soins de Rob. Eitner comme 9f livraison des publications de la Vereeniging voor Nederlands Muziekgeschiedenis, 1880.
4. M. A. Smijers, éditeur des œuvres de Josquin des Prés, publie cette version en transcription moderne en appendice à la messe Fortuna desperata (1929).