Bibl. du Conservatoire de Paris
de Saint-Gall 462 (fol. 6-7) :. Dans le recueil de Petrucci (fol. 682-692) se rencontre une Fortuna de Jo. Pinarol, sur le même thème mais différemment traité, et également à quatre voix.
Notre organiste français n’est pas seul à écrire un morceau adapté de la chanson italienne. Deux Fortuna pour orgue que contient la tablature de Hans Kotter (terminée en 1532), l’une d’Isaak, l’autre d’un maître anonyme, peut-être Kotter lui-même, sont toutes deux composées d’après un original à troix vois comme le morceau français. Mais la teneur de la chanson y est transposée en mode phrygien : d’où le titre de Fortuna in mi?. Une seule des cinq fantaisies sur le même thème qu’a recueillies Leonhard Kleber, dans sa tablature achevée en 1523, est basée sur ce Fortuna in mi (n° 7) ; ce qui donne pour le début du thème le demi-ton #i-fa au lieu du ton entier fa-sol, mais ce qui n’empêche pas l’auteur d’écrire des fa dièses dans les ornements et dans les cadences de la voix supérieure. L'autre Fortuna sans pédale du Fundamentum organisandi de Kleber (n° 43) présente le thème en fa, mais transposé à la quinte supérieure (in ut). Des trois arrangements pedahter de la chanson, l’un est visiblement inspiré par la rédaction à quatre voix des Canti C de Petrucci (n° 91), l’autre, due à Luscinius (Fortuna m(agistri) o(thmari) n(achtigall) trium vocum in fa. Tenor pedale) est moins une transcription qu’une variation sur la teneur de la chanson, traitée par imitations entre les voix extrêmes, avec un contrepoint « fleuri » de la partie moyenne. Aucune des autres transcriptions n’atteint à l'intérêt de cette pièce, qui s’achève par une étrange et charmante volute que déroule la voix supérieure sur le point d’orgue final. Enfin, le dernier Fortuna du recueil de Kleber, signé H. B. (Hans Buchner), présente le thème dans la voix de basse (n° 93). La voix supérieure, en partie reproduit celle de Petrucci, avec les nombreux ornements qui sont coutumiers à Buchner, en partie invente de petits canons que reprend la voix moyenne. Avec une grande liberté, Buchner utilise les éléments de l’œuvre si connue qui conviennent à son dessein et ajoute au thème une coda.
Après cette courte digression sur les diverses transcriptions de Fortuna desperata, qu’autorisaient leur nombre et leur importance, nous rappellerons encore qu’un arrangement pour orgue, dû à Isaak, de Fortuna in mi, fut publié dans les Trium vocum cantiones centum de Petrejus (Nuremberg, 1538) et que Glarean dans son Dodecachordon donne comme exemple de mélodie en mode ionique le éenor en fa, qu’il nomme Fortuna ad voces musicales et qui est sans doute emprunté à l’œuvre ainsi intitulée de Ludwig Senfñi, que Seb. Heyden reproduisit en 1537 dans son ouvrage théorique #. Le même Senfl avait aussi écrit un motet à cinq voix où le thème de Fortuna desperata (au ténor) se combine au thème du Pange lHingua liturgique (au discantus, sur paroles allemandes ; au-dessus, un vagans met un contrepoint). Cette association de Fortuna en fa majeur avec le Pange, du 3° ton grégorien (mi), conduit l’auteur à une harmonisation des plus curieuses #. Dans le livre de chansons allemandes (Ott, 1534) qui contient cette œuvre, on rencontre encore Fortuna alliée à deux Zieder, Ich stund an einem Morgen et Es taget vor dem Walde*. Dans le premier morceau, à cinq voix, le thème italien est au vagans, l'allemand au fenor ; mais ici les deux pièces associées comportent l’une comme l’autre un si bémol et l’harmonie générale s'accorde aisément au thème de Fortuna. Dans Es taget (également à
1. Publ. par Ed. Bernouilli, Aus Liederbüchern der Humanistenzeit (1910).
2. On trouvera une bibliographie complète de Fortuna dans l’ouvrage de M. W. Merian, Die Tabulaturen des Organisten Hans Kotter, Leipzig, 1916, pp. 14-16.
3. Musicae, id est artis canendi libri duo, Nuremberg, Petrejus, p. 33 (Bibl. nat. Rés. V 1532).
4. Ed. Bernouilli, Aus Liederbüchern, etc., pp. 38-41. Il faut se rapporter à cet ouvrage si l’on veut connaître toutes les pièces inspirées par la chanson Fortuna.