‹ Treize Motets et un Prélude pour OrgueChapitre 2 sur 39 · Éd. Marty-Laveaux, t. Il, p · texte numérisé non relu

Éd. Marty-Laveaux, t. Il, p

2. La Deploration écrite par Guillaume Cretin sur la mort d'Ockeghem présente Brumel et Compère comme les disciples de ce maître. Cf. Brenet, Musique et musiciens de la vieille France, p. 56. Josquin lui-même, dans sa Déploration sur la mort d’Ockeghem, met en musique les paroles suivantes :

Acoutrez vous d’abitz de deuil :

Josquin, Brumel, Pirchon, Compère, Et plorez grosses larmes de œil :

Perdu avez vostre bon père.

(Werken van Fosquin des Prés, publ. par A. Smijers, Œuvres profanes, t. I, p. 58).

un des éléments principaux du style de Josquin, par exemple dans le motet Gaude Virgo*. Le début en imitation de ce dernier motet inspire visiblement le début du Si bona de Claudin. Josquin aime aussi à commencer une œuvre religieuse par un long dialogue des voix supérieures (O admirabile commercium, Ecce Maria genuit) ? : effet de mystère, de déliement, de suspension, que Févin reprend dans son Benedictus. Notons au reste qu’Ockeghem l’emploie fréquemment ; la majorité des pièces des messes De plus en plus, Ecce ancilla 3, Caput et Le serviteur * débutent par un colloque des deux voix supérieures. Jean Mouton imite ce procédé pour le Kyrie, l’Et in terra, le Qui tollis, le Sanctus et l’Agnus de sa messe Alma Redemptoris 5, et Févin l’adopte en quatre morceaux de sa messe Mente totaS.

Si nets sont les caractères de l’école josquinienne, de laquelle sortent nos grands motets, qu'ils permettent de reconnaître presque à coup sûr que le Manus tuae anonyme appartient à la même école. Les imitations par quarte ascendante du début sont coutumières à Josquin, et Loyset Compère leur fait place dans son motet O vos omnes (mesures 54-56). La sobre richesse qui s’unit dans Manus tuae à la limpidité de l’écriture, la plénitude d’Ockeghem jointe à la clarté de Josquin — autant du moins que la transcription pour orgue nous permette de reconstituer l'original —,nous rend particulièrement pénible de n’avoir pu retrouver celui-ci. Si l’œuvre existe encore, elle se cache, manuscrite, en quelque fond de bibliothèque d’où personne n’a tenté jusqu'ici: de l’exhumer.

Outre les savants motets écrits en style d’imitation, les auteurs des tablatures de 1531 ont choisi pour les transcrire des pièces de facture plus archaïque, où le compositeur a utilisé un cantus prius factus, suivant une technique du siècle précédent. Dans cette section moins bien tranchée que la première, distinguons le motet de J. Obrecht, Parce Domine, où le thème, probablement liturgique, est placé dans la voix de basse ; la chanson Fortuna desperata, où une mélodie célèbre est située dans la voix de ténor ; et enfin le motet anonyme Dulcis amica, qui paraît résulter de l’harmonisation d’un thème donné, placé dans la voix supérieure.

Deux pièces seulement, écrites en accords, formeront un dernier groupe. Le motet Bone Ÿesu dulcissime (prière pour le roi), de Mathieu Gascongne, s’écarte du style d'imitation qui est encore de récente conquête. Il se rattache par son écriture, tout entière homophone, au genre des Psaumes et des Lamentations telles que Petrucci en a imprimé deux livres en 1506. Josquin a composé la plupart de ses Motetti de Passione à l’aide de ces longs accords, dont la série dolente est souvent entrecoupée de points d'orgue. Dans le recueil ” qui contient les quinze pièces de cet Office voisinent des pièces d'auteurs divers, écrites presque toutes en ce même style haché, haletant (par exemple le Verbum caro de Gaspar (van Werbecke) et son Panis angelicus). Les « incipit lamentatio » qui ouvrent les nombreuses compositions inspirées par Jérémie sont toujours écrites en cette manière®, laquelle semblait dès la fin du x1ve siècle la mieux appropriée aux regrets

. Werken, 1° vol. des Motets, p. 114.

. Ibid., pp. 24 et 33.

. Johannes Ockeghem, Sämtliche Werke, éd. par D. Plamenac, t. I (1927), pp. 57 et suiv., 79 et suiv. . Denkmäüler der Tonkunst in Œsterreich, t. XIX, 1, pp. 59 et suiv., 05 et suiv. . Éditée par H. Expert, Les Maîtres Musiciens de la Renaissance française, 9° livr. (1899), pp. 1-67. . Ibid., pp. 62-123. :

7. Mottetti B De passione, De cruce, De sacramento, De beata virgine et huiusmodi, Venise, Petrucci, 1503 (Bibl. du Conservatoire de Paris, n° 32712).

8. Un exemple accessible en est offert par L’ « incipit lamentatio » de Carpentras (Eléazar Genet), publ. dans Ambros, Gesch. der Musik, t. V (O. Kade), p. 212.

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et aux larmes, comme en témoigne la Déploration de F. Andrieu sur la mort de Guillaume de Machaut :.

Le même style homophone, ou de contrepoint note contre note, qui est en usage pour les invocations et lamentations, se présente aussi, avec des différences de mouvement et d’exécution sans doute, dans les frottole italiennes. C’est de cette écriture que dépend la dernière de nos pièces vocales, Consomo (la vita mya )*?.

Pour compléter l’étude générale que nous publions par ailleurs sur les transcriptions pour orgue #, nous nous proposons ici de donner quelques renseignements sur les motets originaux, les sources d’où nous les avons tirés et leurs auteurs, pour autant que l’on sache quelque chose de leur vie.

I. — LAFAGE. Aspice Domine de sede sancta tua et cogita de nobis ; inclina, Deus meus, aurem tuam, et audi : aperi oculos tuos et vide tribulationem nostram. Qui regis Israël, intende, qui deducis velut ovem Ioseph. Aperi oculos tuos et vide tribulationem nostram.

Le texte de ce motet forme un répons liturgique pour les matines du premier dimanche de novembre ; il est emprunté partiellement, pour la première partie (répons) à Isaïe, XXXVII, 17 ; pour la deuxième partie, Qui regis (verset) au Psaume LxxxIX, 2 (numérotation de la Vulgate) ‘.

Sur le même thème, Claudin de Sermisy avait écrit un motet qui fut publié par Giunta, à Rome, en 1526, dans les Fior de Motetti e Canzoni, sous le nom de « Claude ». Notre original parut pour la première et, semble-t-il, l’unique fois dans l’un des treize recueils de motets qu’Attaingnant publia entre avril 1534 et mai 1535 à Paris. Cet ouvrage, le onzième de la série (mars 1535 n. st.) porte le titre suivant : Liber undecimus. X XVI musicales habet modulos quatuor et quinque vocibus editos : quorum index subsequitur. Mense Martio m. d. xxx... Parrhisis in vico Citharae prope sanctorum Cosme et Damiani temblum. 11 forme quatre volumes in-4° oblongs dont chacun contient l’une des voix : (superius, contratenor, tenor, bassus). Le motet Aspice Domine, qui se trouve dans toutes les parties au folio 11, porte dans toutes l’attribution à « De la fage ». Nous l’avons examiné et transcrit d’après l’exemplaire complet du livre qui est conservé à la Bibliothèque du Conservatoire de Milan (fonds de la chapelle Santa Barbara de Mantoue).

Sur l’auteur du motet, Pierre de Lafage 5, on ne sait presque rien. Une vingtaine de ses œuvres vocales, dix-sept d’après Eitner f, ont été publiées entre 1519 et 1558. Le motet

1. Publ. par E. Droz et G. Thibault, Poëtes et Musiciens du XV® siècle, Paris, 1924, numéros 1 et 2 (à superposer).

2. Josquin des Prés n’avait pas dédaigné d’écrire des frottole ; une de ses premières œuvres est la frottola « Le grillon est un bon chanteur ».

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