‹ Treize Motets et un Prélude pour OrgueChapitre 7 sur 39 · Ch. XXXIIT bis ; éd. Marty-Laveaux, III, p. 223 Pb · texte numérisé non relu

Ch. XXXIIT bis ; éd. Marty-Laveaux, III, p. 223 Pb

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Il est tout entier tiré de Jérémie (Lamentations, 1 ; 12, 18, 19). Le même thème a été traité au XVI siècle par divers musiciens, avant qu’Ingegneri et Vittoria ne lui prêtent des formes qui font oublier les autres.

Loyset Compère, qui mourut le 16 août 1518 à Saint-Quentin, où il était chanoine de la cathédrale, avait donc composé depuis longtemps le motet que nous rééditons lorsque Georg Rhaw, à Wittemberg, le joignit en 1542 à son recueil intitulé Tricinia tum veterum tum recentiorum in arte musica symphonistarum (3 cahiers in-4°, discantus, tenor, bassus). Le motet O vos omnes forme le n° 15 de ce recueil. Nous le transcrivons d’après une copie exécutée sur l’exemplaire que l’on conserve à Berlin. La Déploration de Guillaume Cretin sur la mort d’Ockeghem nous enseigne que Loyset avait compté parmi les élèves de l’illustre magister regiae capellae . Peut-être est-ce lui qui passa vers 1475 sous le nom d’Aluyseto dans la chapelle des ducs de Milan ?. Le chroniqueur de Bourgogne Jean Molinet l'avait en amitié et tenait en estime son talent de compositeur :

Vous nourrissez les bien chantans De l’art que vostre engin compose

écrit-il dans son épître « Magistro Ludovico compere ® ». Et Jean Lemaire de Belges range Loyset à côté des plus grands maîtres, Alex. Agricola, Josquin et Ockeghem :

Au fin milieu du cœur, ouyr pourrez Entrebriser musique Alexandrine

Et de Iosquin les verbes coulourez.

Puis d’Ockeghem, l’harmonie tresfine

Les termes doux de Loïset Compere

Font melodie aux cieux mesmes confine {.

On sait que Loyset lui-même composa la musique, et probablement le texte d’une « prière pour les musiciens », où il invoque le secours de la Vierge pour ses confrères, morts et vivants, à commencer par Dufay et à finir par lui5.

Il semble que notre musicien ait pris pour base de la présente œuvre, de la mesure 3 à la mesure 30 du moins, quelque thème de plain-chant ; en fait, cette partie du motet est traitée d’une manière très semblable à celle du motet d’Obrecht Parce Domine, qui repose sur le même procédé (voir n° suivant). Mais la deuxième partie, Audite, obsecro, revient à un style d'imitation discret et sans emphase auquel participent les trois voix. L’ampleur qu’atteint la musique aux mots universi populi, le fléchissement dû à l’émotion sur le videte dolorem, l'énergie du vocavi et le froid du désespoir sur les mots ei spreverunt me n’empêchent pas le morceau de rester harmonieux et simple. Il justifie l’appréciation d’Ambros, qui caractérisait Loyset par le bon goût et le dédain de l’artifice $.

Nous avons transposé le motet, que le livre des Tricinia présente dans le ton de /a, à la quarte supérieure, pour qu’il rejoigne le ton de ré adopté dans la version pour orgue.

1. M. Brenet, Musique et musiciens de la vieille France, Paris, 1911, p. 56.

2 Eitner, Quellen-Lextkon, t. III (1900), p. 25.

3. Les faictz et dictz de feu de bonne memoire maistre fehan Molinet, Paris, 1540, fol. 243 (Bibl. nat., Rés. Ye. 1340).

4. He des deux langages, éd. Stechen, IIT, Louvain, 1885, pp. 110-111.

5. Omnium bonorum plena, pièce publiée dans les Denkmüler der Tonkunst in Œsterreich, VII, 1 (mss. de Trente), pp. 111-119.

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