Gesch. der Musik, 2° éd. (1881), t. IT, p
VII. — OBRECHT. Parce Domine, parce populo tuo ; quia pius es et misericors exaudi nos in aeternum Domine.
Le début du texte provient de Joël, 11, 17 ; la deuxième partie est tirée de l’Ecclésiastique, 11, 11 ; enfin la terminaison exaudi etc., est une invocation pieuse dont nous ne trouvons pas d'exemple dans la musique liturgique.
Dès 1503, Petrucci publiait dans ses Motetti B De passione, De cruce, etc., un motet à quatre voix qui est attribué dans ce recueil à « Obreht »:. Mais Glarean connaissait la forme originale à troix voix du motet, et c’est elle qu’il donne dans son Dodecachordon comme modèle de pièce à trois parties construite sur une basse en mode éolien. Quelques-uns, dit-il, ont ajouté à ce chant une voix d’alto, mais nous avons accoutumé de présenter au lecteur un texte pur de toute falsification ?. D’où l’on peut déduire que l’attritution de Petrucci n’est pas entièrement juste et qu’un collaborateur anonyme avait déjà enrichi l’œuvre originale d’Obrecht d’une quatrième voix.
Nous avons transcrit le Parce Domine d’après l’ouvrage du célèbre humaniste #, qui place les mots sous la musique avec un soin remarquable de l’exactitude. Chose rare au début du siècle, les syllabes du texte sont séparées (po-pu-lo, mi-se-ri-cors) avec un souci inconnu jusque-là de guider la déclamation des chanteurs. Il est notable que la répartition des syllabes ne correspond à aucune loi fondée sur l’accent latin. L'auteur ne s’est occupé que de les placer où elles s’accordaient avec la démarche de la mélodie. Ainsi au mot pius, c’est la seconde syllabe qui au superius prend de l’importance ; dans la voix de ténor, c’est au contraire sur la première syllabe que se déroule une longue vocalise. Le nos d’audi nos n’a qu’une note au superius, mais quatorze notes, de la valeur de seize semibrèves, au ténor. Quant au contratenor, il est presque entièrement syllabique et vraisemblablement emprunté à la liturgie.
Nous avons la preuve que ce contratenor n’est que le fragment terminal d’un thème plus étendu. En effet l’on conserve d’Obrecht lui-même un morceau en tablature d’orgue #, intitulé Parce Domine, secunda pars, qui repose sur un cantus firmus dans la partie de basse, dont la dernière partie à elle seule (mesures 51-72) reproduit la basse tout entière de notre motet. Le thème du motet publié par Glarean ne représente donc qu’un bref fragment d’une secunda pars.
Au reste l’auteur traite son plain-chant d’une manière très différente dans le motet et dans la tablature. La rédaction pour voix, que l’on trouve ci-après, offre le thème sous une forme moins hachée et beaucoup plus soutenue que l’œuvre instrumentale.
Dans l’œuvre d’Obrecht ce motet représente, comme l’a bien vu Wooldridge5, le point de maturité parfaite ; il mérite qu’on l’attribue aux dernières années du musicien, alors qu’il était maître de chapelle à la cathédrale d'Anvers. On sait qu’en effet Jacob
r, Fol, 330 et 34. CF, p.Ix, note 7.
2. Caeterum quidam nuper Altitonantem adiecerunt, sed nos yyñsux Lectori offerre, non adultera obtrudere consuevimus (Dodecachordon, p. 259).