‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 10 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

faitut suivre les chasseurs ; souvent on me chargeait”de traîner “jusqu’à notre camp un daim tout enuer, et je ne pouvais y par- Wvenir qu'avec la plus grande peine.

La nuit, je couchais toujours entre le feu et la porte ; chacun des entrants ou des sortants me donnait d'ordinaire un coup de Ipied, et toutes les fois que les Indiens allaient boire, on ne man-

quait pas de jeter sur moi un peu d’cau. Le vieillard me traitait 14 toujours avec beaucoup de cruauté, mais ses mauvais traitements N ldevenaient quelquefois plus barbares que de coutume. Un jour, ii se leva, prit ses mocassins et sortit ; mais, rentrant tout à coup, il me saisit par les cheveux, m’entraîna dehors et me barbouilla | longtemps la figure dans un tas d’immondices, comme on pour- Mrait le faire à un chat ; puis, me relevant de terre par les cheveux, ii me lança au loin sur un monceau de neige ; je n’osais plus reparaître. Enfin, ma mère vint m'apporter un peu d’eau pour me laver. Nous allions changer de campement, et je devais, comme là l'ordinaire, porter un lourd fardeau ; je n’avais pu me nettoyer

entièrement ; les Indiens s’en aperçurent et voulurent savoir ce qui m'était arrivé. A l’aide de signes et de quelques mots de leur langue, je leur fis comprendre comment j'avais été traité ; plusieurs parurent avoir pitié de moi, m'aidèrent à me laver et me donnèrent quelque chose à manger.

Souvent, lorsque le vieillard voulait me battre, ma mère qui, èn général, me traitait avec bonté, cherchait à me faire un rembart de ses bras, et nous étions battus l’un et l’autre. Vers la fin de ENhiver, Kishkauko, jeune homme d'environ vingt ans, partit, avec quatre autres Indiens de son âge, pour une expédition guerfière. Manitoogeezhik lui-même, aussitôt après la récolte du sucre, tevint au village, réunit quelques hommes et fit ses préparatifs aie guerre. J'étais depuis un an avec les Indiens, et je commençais à entendre leur langue ; le vieillard me dit en partant : « Je vais

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tuer ton père, ton frère et tous tes parents .. » Kishkauko revint : le premier, grièvement blessé ; d’après son récit, il était parvenu ê

avec son parti jusqu’à l'Ohio, où, après quelque temps d’attente

ils avaient fait feu sur un petit bateau qui descendait le fleuve : M un homme avait été tué et les autres s'étaient enfuis à la nage. à ët Kishkauko s'était blessé lui-même avec sa propre lance en les .

poursuivant ; les Indiens rapportaient la chevelure de l’homme #

qu'ils avaient tué.

Le vieux Manitoopeezhik revint peu de jours après, tenant un M chapeau blanc, usé, que je reconnus à une marque pour celui de ë mon frère.Il me dit qu’il avait tué toute ma famille tous les nègres, M tous les chevaux, et qu’il me rapportait le chapeau de mon frère pour me prouver la vérité de son récit. Je crus que tous mes amis

avaient été imassacrés, et cette pensée me consterna et diminua mon désir de retour. Deux années se passèrent de la sorte dans

cette famille, chaque jour dissipant de plus en plus mes penséesh

de fuite ; je n’oubliais cependant pas ce que m’avaient promis

les marchands anglais du Maumee et je désirais qu'ils s’en sou-M

vinssent.

Les Indiens s’enivraient souvent, et dans cet état ils voulaientk toujours me tuer ; j'allais alors me cacher dans les bois, et je n’osais en revenir que quand leur ivresse était dissipée. Pendanth cette année, comme pendant la première, j’eus constamment à

souffrir de la faim ; et quoique des Indiens étrangers à ma famille vinssent quelquefois à mon secours, je n’avais pas assez à marger ; j'étais traité avec bonté par la vieille femme, par ses filles, par Kishkauko et par Benaïssa, le plus jeune de ses fils, à pe près de mon âge. Kishkauko, son père,et ses deux frères, Kwotashe et Shemung, étaient cruels et altérés du sang des blancs. Benaisst était beaucoup meilleur.

Pendant mon séjour à Saugenong, je ne vis des blancs qu’un!

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