CHAPITRE PREMIER
Mes aider dans leurs travaux ; les semailles terminées, tous les In-
iens quittèrent le village pour aller chasser et boucaner la venai- UEL,
Arrivés dans leurs cantons de chasse, ils choisirent un quartier ù les daims abondaïient, et 1à, ils se mirent à élever une sorte de
Hongue palissade de branches vertes et de petits arbres. Quand
ne partie de cette construction fut achevée, on me montra coment it fallait ôter les feuilles et les petites branches sèches du côté ù les Indiens devaient se mettre à l'affût ; les jeunes femmes et
les enfants m'aidaient quelquefois dans ce travail ; souvent aussi
me laissait sans compagnon.
Les chaleurs commençaient ; resté seul, un jour, et souffrant de oif et de fatigue, je m’endormis : tout à coup je crus entendre de ands cris; je voulus soulever la tête, je ne le pouvais pas. Rebrenant un peu mes sens, je distinguai près de moi ma mère inlienne avec ma sœur, et je m'aperçus que toute ma tête se trouait trempée d’eau. La vieille femme et sa fille poussaient des is aigus ; je restai quelque temps encore à découvrir que j'avais à tête enflée et presque brisée.Il paraît que le vieux Manitoogeezuk, m'ayant surpris dans mon sommeil, m'avait frappé d’un oup de tomahawk et jeté dans les buissons ; de retour au camp, avait dit à sa femme : « Vieille femme, l'enfant que je vous ai ené n’est bon à rien, je l’ai tué ; vous le trouverez à: tel endroit. » ‘Indienne et sa fille accoururent et découvrirent encore en moi uelques signes de vie ; il y avait longtemps qu’elles criaient à Mes côtés, et me versaient de l’eau sur la tête, lorsque je repris
les sens.
En peu de jours, je fus à peu près guéri de cette blessure, et on me renvoya travailler à la palissade, mais j'avais bien soin k ne plus m'endormir ; je tâchais d’aider les Indiens dans leurs favaux et d’obéir à tous leurs ordres ; cependant, j'étais traité
avec une grande dureté, surtout par le vieillard et deux de ses fils, Shemung et Kwotashe. Pendant nctre séjour dans ce camp de chasse, l’un d'eux me mit une bride à la maiu, et m'indiqua par geste une direction. Je crus comprendre qu’il me demandait un cheval, et je lui amenai le premier que je pus trouver ; je réussissais assez bien à deviner quels services on exigeait de moi. Quand nous revînmes de la chasse, on me fit porter sur le dos, pendant toute la route, jusqu’au village, une lourde charge de viande boucanée ; je mourais de faim, je n’osais pourtant pas en | prendre un seul morceau. Ma mère indienne, qui semblait avoir M quelque compassion pour moi, mettait parfois de côté un peu de M vivres qu’elle me donnait lorsque le vieillard s'était éloigné. Après notre retour au village, les jeunes hommes, quand le temps i était beau, allaient harponner des poissons et m’emmenaient avec eux pour conduire le canot ; comme je m’'acquittais assez mal de ce service, souvent ils tombaient sur moi et me frappaient h à coups de manche de harpon ; j’‘tais battu par l’un ou par l’autre à peu près tous les jours. D’autres Indiens, étrangers à notre famille, semblaient avoir pitié de moi; hors de la présence du vieillar:, ils me donnaient quelquefois à manger et me témoignaient de k l'intérêt. Quand le grain fut 1écolté et disposé dans les caches où on le B rassemble pour l'hiver, les Indiens allèrent chasser sur les bords Ë du Saugenong. J'y souffris beaucoup de la faim, comme précé-} demment ; souvent, dans les bois, je voyais les chasseurs manger À quelque chose. et quand je cherchais à reconnaître ce qu’ils avaient li trouvé, ils me le cachaient soigneusement. Je ramassai enfin quel-| ques faînes, et, sans savoir ce que c'était, je cédai à la tentation d'en goûter ; les ayant trouvecs bonnes, je les mo’:crai aux In-} diers, qui se mirent à rire en me disant que c'était là ce qu’ils mangeaient depuis longtemps. Quand la neige vint à tomber, il me
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