CHAPITRE ONZIÈME
À mon retour, ma femime me dit ce qui s'était passé.Je courus aussitôt à la recherche du pauvre petit, et, rejoignant Giahgewagomo à une journée de distance, je pris, sans son consentement, un de ses chevaux pour ramener mon fils. Je le menaçai d: ne pas laisser une autre fois une semblable entreprise sans punition.
Quatre mois plus tard, la neige couvrant la terre, à mon retour d’une chasse de toute la journée, je fus accucilli par la nouvelle d’u:. second enlèvement de mon fils par le même Giahgewagomo. Je ressentis une vive irritation, et, apprenant, par les hommes de ma cabane, quel cheval il montaïit, je choisis le meïlleur des miens pour le poursuivre. Le camp des Ojibbeways avait été levé ; mais, en suivant leur trace, je les atteignis dans leur marche.
Comme je m'approchais d'eux, j’aperçus Giahgewagonmo et Nanabush qui m'épiaient à travers les buissons, un peu en arrière de leur groupe. Avant d'arriver à portée d’un coup de feu, je les interpellai à très haute voix pour qu’ils vissent bien que je les avais découverts. J'armmai mon fusil, et toujours prêt à tirer, je les je dépassai.Mon enfant était au milieu de la bande ; sans descendre il de cheval, je l’enlevai de terre et le plaçai devant moi ; puis, tour- | je ir 1 nant bride, je marchai droit aux deux Indiens. Ils étaient sortis he il î du bois et me barraient le chemin, Giahgewagomo tenant par le qi jutit licou son cheval favori. | il
En arrivant sur eux, je laissai mon fils seul à cheval, les rênes à à la main, et, sautant à terre, je frappai le cheval de Giahgewagomo de deux coups d’un grand couteau que j'avais apporté tout l exprès. Il me mit en joue et il allait tirer lorsque, m’élançant sur LU lui, je lui arrachai le fusil des mains. 11 me menaça de tuer mon fe
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cheval dès qu’il aurait trouvé une autre arme à feu.A ces mots, fre je iui présentai son fusil, en lui disant de tuer mon cheval ; mais il fl be ii ne l’osa pas. qu
« Vous avez, lui dis-je, oublié, ce me semble, ce que je vous ai
dit il y a tantôt quatre mois, la première fois que vous avez enlevé mon fils ; mais moi, comme vous le voyez, je ne l’ai point oublié. Je suis tout disposé à vous tuer ; mais vous êtes si effrayé, que je vais vous laisser vivre, pour voir s’il vous arrivera désormais d'enlever aucun de mes enfants. »
A ces mots, je m’'éloignai : mes amis pouvaient à peine croire que j'eusse tué son cheval ; mais ils ne me blâmèrent pas. Giahgewagomo lui-même ne le trouva pas mauvais, du moins je n’ai jamais entendu dire qu’il s'en plaignit ; et, de ce jour, il cessa tout à fait de me molester. (1)
À peine arrivé à Menauzhetaunung, je me mis à défricher un champ ; mais le mauvais vouloir des Indiens à mon égard, envenimé sans doute par les manœuvres d’Aiskawbawis, devint si intolérable, que je me décidai à les quitter. Comme j'allais partir, un fâcheux accident vint arrêter mes projets. J'étais monté sur un grand arbre, pour en couper les branches, et les ayant presque toutes jetées à terre, je voulus grimper plus haut pour en abattre la cime ; mais quelques-unes des branches supérieures allèrent toucher la cirae d’un autre arbre, et le contre-coup relança rontre ma poitrine la tige que j'avais coupée. Tombé d’une grande hauteur, je restai longtemps évanoui, et quand je repris mes sens, ma voix ne put se faire entendre. Il me fallut quelque temps pour que les Indiens comprissent, par mes signes, que je désirais de l’eau. Je tombai trois fois en faiblesse, en essayant de regagner ma cabane.
Plusieurs de mes côtes étaient runpues, et il se passa bien des jours avant qu’il me fût possible de marcter sans appui. Le doc-
(1) On voit par de tels exemples combien sont à plaindre les hommes qui vivent en delors de toute civilisation, sans lois, sans tribunaux, sans force publique, à la merci de quiconque veut entreprendre de les iller et même les mettre à mort. Voilà dans quel état vivaient nos ancêtres : les Gaulois, jusqu’à l'époque où les Romains, d'urie part, et très spécialement les missionnaires de l'Évangile, de l’autre, transformèrent de fond en comble notre pays en f iutroduisaut la civilisation et la religion.
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