‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 103 sur 143 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

teur Mac-Laughlin, traiteur au lac de la Pluie, instruit de mon état, envoya M. Tace me chercher pour me conduire à sa maison au lac du Poisson blanc. Pendant longtemps, je vomis du sang, et à chaque mouvement j’éprouvais dans l’intérieur du corps une sorte de chaleur liquide. Au lac de la Pluie, je fus traité avec beaucoup d’attention et de bienveillance par M. Tace et les autres genticmen de la compagnie du Nord-Ouest.Veïs la fin de l’hiver suivant, je me sentis mieux ; mais quand le printemps ramena les chaleurs, je retombai malade et me retrouvai hors d’état de chasser.

En remontant, au printemps, les longs rapides de la rivière du lac de la Pluie, nos canots sombrèrent. Je pus heureusement nager jusqu’au bord avec mes enfants sur le dos. Le canot de M. Tace sombra aussi, et tous les hommes furent également sarvés. Peu de jours après cet accident, nous arrivâmes au comptoir du docteur Mac-Laughlin.Ce gentleman me donna dans sa maison un appartement où mes enfants me soignèrent pendant quelque temps. On me fournissait tout ce qui m'était nécessaire, et le docteur voulait me garder auprès de lui pendant une année entière ; mais j'éprouvais toute la tristesse de l'isolement, et je résolus de retourner au lac des Bois, où ma femme était restée. J'espérais qu’il ne serait plus question des tracasseries qu’Aiskawbawis m'avait suscitées.

Ma réception ne fut pas telle que je l'aurais désirée ; cependant je restai dans le village jusqu’à ce que le grain fût semé. Nous allâmes ensuite récolter et sécher les baies bleues (1), qui abondent daus cette contrée. Puis vint la récolte du riz sauvage et ensuite celle du blé, qui remplirent tout notre été.

Quelque temps après la chute des feuilles, je retombai malade encore ; je ne pouvais pas me rétablir des suites de mes fractures.

(1) Sorte de groseilles.

Sur ces entrefaites, une épidémie se propagea parmi les Indiens. J'étais un jour couché dans ma hutte, hors d’état de marcher et même de me tenir debout; les femmes travaillaient dans le champ, lorsque ma belle-mère, rentrant à l’improviste, un hoyau à la

main, se mit à m'en frapper sur la tête. J'étais incapable de lui

opposer une grande résistance, et ne l’essayant même pas, je tâ-

chai de me familiariser avec l’idée de la mort. Je croyais toucher

à mes derniers instants, mais cette femme s’2rteta tout à coup

sans motif apparent, et comme j'avais mis ma tête sous ma cou-

verture pour parer les coups, je fus moins blessé que je ne l’avais

craint.

J'ai su depuis que ma belle-mère, travaillant dans la plaine,

s'était mise soudain à pousser des cris au souvenir de ses enfants ; on lui avait dit que j'étais l’auteur de leur mort, et elle avait été

assez simple et assez peu charitable pour le croire. Connaissant

ces détails, je fus moins irrité de ses mauvais traitements que je

ne l'aurais été en toute autre circonstance. Sa conduite dure et

malveillante envers moi, imitée par ma femme, se manifestait

chaque jour davantage. C'était, jusqu’à un certain point, la suite des maux qui,en affaiblissant ma santé m’avaient mis hors d’etat de subvenir aussi abondamment qu’autrefois à la subsistance de

ma famille. Mais, malgré 12 découragement et les peines de ma

condition, je recouvrai peu à peu mes forces, et, au bout de quel-

que temps, je pus accompagner des Indiens qui se rendaient auprès d’un traiteur.

Je m'embarquai avec mes enfants dans un petit canot ; ma femme et ma belle-mère nous suivaient dans le grand canot chargé de nos bagages et de nos provisions. Le premier jour, je laissai les femmes en arrière, m'empressant, avec d’autres Indiens, d’ar-

river au lieu où nous devions camper. Je coupai et je plantai et terre quelques pieux pour ma cabane ; mais les femmes n’arti-

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