CHAPITRE ONZIÈME
mes raquettes à neige ou mes vêtements et ceux de mes enfants. Pendant la plus grande partie de l'hiver, je ne donnais, chaque nuit, que bienïpeu d’instants au sommeil.
Je menais encore cette vie au printemps, lorsqu'un jeune homme, nommé Sebiskhkgunna (jambes fortes), vint me visiter : c'était le fils de Wawzhekwawmaishkoon, mort depuis peu. Comme tous ses amis campés à une faible distance de moi, il se trouvait dans un état fort misérable. Mes chiens étaient assez bien dressés pour pouvoir traîner la moitié d’un moose : je les lui confiai avec une forte charge de viande, en l’invitant à amener près de moi tous ses compagnons. Trois jours après, ils arrivèrent ; quoique leur faim eût été apaisée par mes provisions, ils étaient d'une faiblesse extrême et il est probable qu’ils seraient tous morts s’ils ne m’avaient pas trouvé.
Le printemps approchaïit, et nous retournâmes au lac des Bois, qui pourtant était encore glacé quand nous atteignîmes ses bords. Me tenant debout sur la grève avec mes compagnons, je vis de loin venir une loutre sur la glace. J'avais souvent entendu dire aux Indiens que l’homme le plus robuste ne saurait, sans armes, tuer une loutre. Peshauba et d’autres hommes aussi vigoureux que bons chasseurs me l'avaient affirmé ; mais j'en doutais encore,et je voulus tenter l’expérience. Je pris la loutre ; pendant plus d’une heure, j'épuisai tous mes efforts à vouloir la tuer. Je la battis, je
lui donnai des coups de pied ; je sautai dessus, mais toujours en
vain. J’essayai de l’étrangler avec mes mains, mais elle firissait, en se raccourcissant le cou, par reprendre un peu de respiration à travers mes doigts, et il fallut enfin reconnaître que, sans armes, j'étais hors d’état de la tuer.
Il y a d’autres petits animaux, faibles en apparence, dont la vie est aussiÿdure. Une fois, dans une expédition de guerre, j'avais
voulu, par bravade, tuer un putois avec mes mains nues, et j'avais failli perdre les yeux à cette lutte. Un fluide qu’il me lança à la figure me causa une douloureuse inflammation, et ma peau fut enlevée. La grue blanche est également dangereuse si l’on s’en approche trop près ; elle vous. administre des coups de bec qui peuvent donner la mort.
Après avoir tué cette loutre, je me mis à la poursuite d’un ours. Je possédais alors trois chiens, dont l’un fort jeune encore, et d'excellente race, m'avait été donné par M. Tace. Je l'avais laissé dans ma cabane, mais il trouva moyen de s'échapper, me rejoignit, dépassa bientôt les autres chiens et s’élança droit à la tête de l’ours.Cet animal, furieux, le tua sur le coup, le prit dans ses dents et le porta ainsi pendant plus d’un mille, jusqu’à ce qu'il fût atteint lui-même et terrassé.
Le printemps est presque toujours fort avancé lorsque le lac des Bois perd entièrement sa croûte de glace ; quand j’arrivai dans notre village avec le fils de Wawzhekwawmaishkoon, les Indiens y étaient depuis longtemps affamés. J'avais rempli mon canot de vivres, que je m’empressai de leur distribuer. Le lendemain de mon retour, ma femme arriva aussi avec sa mère ; elle se mit à rire en me voyant et revint vivre avec moi, comme auparavant. Shekwawkoosink et Aiskawbawis se trouvaient là tous les deux aussi, toujours malveillants à mon égard ; maïs je me fis une loi de ne jamais paraître m’apercevoir de leurs mauvais procédés,continuellement renouvelés.
Vers le temps des travaux de culture, les traiteurs de la compagnie du Nord-Ouest envoyèrent des messages avec des présents à tous les Indiens, pour les inviter à se joindre à une attaque contre l'établissement de la compagnie de la baie d'Hudson à la rivière Rouge. Ces querelles entre hommes de même race me semblèrent dénaturées, et je ne voulus pas y prendre part,quoique,
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