‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 106 sur 143 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

ayant trafiqué longtemps avec la compagnie du Nord-Ouest, je me considérasse, en quelque sorte, comme lui appartenant. Beaucoup d’Indiens se rendirent à cet appel ; bien des cruautés et bien des meurtres se commirent. Du côté du Nord-Ouest étaient un grand nombre de combattants, parmi lesquels un nommé Grant se distingua comme chef de bande ; plusieurs hommes de la baie d'Hudson furent tués en plein combat, d’autres se virent massacrés après avoir été faits prisonniers.

Un M. Macdonald ou Macdolland, que l’on disait gouverneur pour la baie d'Hudson, tomba dans les embüûches que lui avait tendues Harshield, commis du Nord-Ouest. Cet homme fit entrer son prisonnier dans un canot avec quelques Français et un métis, auxquels il donna ordre de le tuer et de le jeter à l’eau. À quelque distance, le métis, nommé Maveen, voulut le mettre à mort ; les Français n’y consentirent pas, et il fut abandonné sur une petite île rocailleuse, sans espoir d’en sortir ni de pouvoir y prolonger sa vie ; heureusement des Indiens Muskegoes le découvrirent et le remirent en liberté. A cette nouvelle, Harshield maltraita les Français qui avaient négligé de tuer le gouverneur lorsqu'il était en leur pouvoir ; d’autres hommes furent détachés à sa poursuite. Pris une seconde fois, il fut livré aux métis et à un ancien soldat blanc, dont le caractère, bien connu par sa cruauté, détermina le choix. Ces deux hommes le massacrèrent avec des circonstances trop barbares pour être rapportées ici. |

Quand l'établissement de la rivière Rouge fut réduit en cendres et la compagnie de la baie d'Hudson chassée de la contrée, les Indiens et les métis de la compagnie du Nord-Ouest allèrent occuper un endroit nommé Sahgiuk, à la sortie du lac Winnipeg ; là ils devaient repousser par les armes tout agent de la baie d’'Hudson qui tenterait de pénétrer, par cette voie, dans le pays. Bapowash, mon beau-frère, s’ennuya enfin d'y demeurer, et revint

seul à notre village, où j'étais resté, refusant de prendre parti dans cette querelle. Sur sa route, il rencontra un nouveau Macdolland, de la compagnie de la baie d'Hudson, se dirigeant vers l’intérieur du pays avec M. Bruce, son interprète ; ce dernier, mieux instruit de l’état des choses, *—-rimait de vives craintes, mais ne pouvait les faire partager à son compagnon. M. Bruce, qui connaissait Bapowash, feignit d’appartenir à la compagnie du Nord- Ouest, et se fit bien expliquer par lui tout ce qui s'était passé, Convaincu enfin de la vérité, M. Macdolland consentit à retourner sur ses pas, et cette rencontre sauva probablement les deux blancs.

Ce Macdolland vint me voir ensuite à Menauzhetaunung, et comme je lui confirmai le récit de Bapowasbh, il se rendit, en toute hâte, au saut de Sainte-Marie, où il rencontra lord Selkirk, qui venait régler les affaires des de:1x compagnies rivales.

Pour moi, je menai, pendant l'été, une vie paisible comme d’ordinaire tantôt à la chasse, tantôt travaillant à nos champs de blé, récoltant le riz sauvage ou m’occupant de pêche. En revenant des rizières, je m’arrêtai sur une petite île, en remontant vers le lac deïla Pluie pour chasser un ours dont je connaissais la tanière, Très tard dans la nuit, après avoir tué mon ours, comme je me reposais fort tranquillement dans ma cabane, je fus surpris d’entendre à ma porte une voix que je reconnus aussitôt pour celle de M. Harshield ; je compris bientôt qu’il était à la recherche de quelqu'un. Ayant découvert de loin une lumière, il avait supposé qu’elle brillait dans le camp de lord Selkirk, et il s'était glissé jusqu’à ma cabane avec toutes les précautions d’un guerrier indien, car j'aurais dû entendre son approche.

Il ne me fit point part, sur-le-champ, de son projet de tuer Selkirk ; mais je connaissais trop bien, et lui et ses compagnons, pour avoir de la peine à découvrir ses intentions. Je compris à merveille

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