‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 111 sur 143 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

bué à la prise du fort : sa fatigue a été grande, il a exposé sa vie, et tout cela pour quarante dollars. Vous ne pouvez pas faire moins que de doubler cette somme, et de lui assurer une rente de vingt dollars par an, sa vie durant. » Lord Selkirk le voulut bien.

Lord Selkirk ne put quitter l'embouchure de l’Assinneboiïn aussi tôt qu’il l’avait désiré. La compagnie du Nord-Ouest avait envoyé sur son passage, pour lui tendre des embûches, quelques Indiens et plusieurs de ses agents, déguisés en Indiens. Au nombre de ces derniers, se trouvait un certain Sacksayre. A cette nouvelle Selkirk crut devoir dépêcher le colonel Dickson, pour réclamer une escorte de cent Sioux ; ce ne fut qu'après leur arrivée qu’il esa se mettre en route. Sorti du fort pendant la nuit, il alla rejoindre Dickson à Pembinah,

Il était porteur d’une lettre écrite par lui-même, pour moi et en mon nom, à mes amis des Etats : je leur rappelais les particularités les plus saiïllantes de mes premières années. Il avait fait tous ses efforts pour me persuader de le suivre, et j'y étais assez disposé ; mais je croyais encore que la plupart de mes proches avaient été massacrés par les Indiens. S'il en survivait quelques-uns, une aussi longue absence devait nous avoir rendus, sous tous les rapports, étrangers les uns aux autres. Il me proposait aussi de m'emmener avec lui en Angleterre ; mais j'avais mes affections parmi les Indiens, et ma cabane était sur leurs terres. J'y avais passé une grande partie de ma vie ; il était trop tard pour former de nouvelles liaisons. Cependant il envoya encore six hommes me chercher au lac des Bois, où j'étais arrivé après la récolte du grain, l'automne étant déjà fort avancé. Au commencement de l’hiver, j'allai au lac Begwionusko, et de là, quand la neïge fut tombée, à la chasse des bisons dans la prairie.

Les Indiens arrivèrent un à un dans ces parages, et nous finîmes par former une bande considérable que la faim ne tarda pas à faire

souffrir. L'hiver fut très dur, et nos souffrances devinrent de plus en plus intolérables. Une jeune femme fut la première à mourir de faim ; bientôt après, son frère fut atteint d’une sorte de délire qui précède la mort dans cette extrémité d’épuisement : en cet état, il s’éloigna de la cabane de ses parents affaiblis et désespérés. Lorsque je revins de la chasse, très tard dans la soirée, ils ignoraient ce qu’il était devenu : je sortis du camp vers le milieu de la nuit, et, suivant ses traces, je le trouvai, à peu de distance, mort dans la neige.

Tous les hommes encore en état de marcher se décidèrent à aller à la recherche des troupeaux de bisons, qui devaient être alors assez loin de nous ; moi je résolus de rester, et cet avis fut partagé par un autre bon chasseur, qui n’augurait pas bien du projet de poursuivre les bisons. Nous retournâmes ensemble en arrière, et en peu de temps nous tuâmes cinq mooses, dont la chair, distribuée entre les femmes et les enfants, apporta quelque soulagement à leurs souffrances, et arrêta les progrès de la mort parmi nous. Les hommes revinrent ies uns après les autres, plus faibles et plus épuisés encore qu’au moment de leur départ ; on n’avait tué qu'un seul bison.

Comme les plus pénibles efforts, continués sans relâche, pouvaient seuls nous sauver la vie, je redoublai d’ardeur à la chasse. Ayant fait lever un ours, je le poursuivis trois jours entiers sans pouvoir l’atteindre ; enfin, harassé de fatigue, je renonçai à ma poursuite vers le commencement de la nuit. Hors d’état de former un camp ou d'allumer du feu, je tâchais de me familiariser avec l’approche immédiate d’une mort qui me paraissait inévitable, lorsque des Indiens, presque aussi misérables et affamés que moi, vinrent à passer par là, et m’aidèrent à retourner au camp. Voilà un échantillon de la vie que mènent, pendant l'hiver, la plupart des Ojibbeways du nord.Leur stérile et inhospitalière contrée leur

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