‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 115 sur 143 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

et je revins sans avoir rien découvert. À mes questions sur la cause de ses alarmes, ma fille répondit qu’elle avait senti comme du feu, tant était vive la terreur qui frappait son imagination par suite des continuelles persécutions de Wawbebenaissa.

Je me trouvai si heureux d’être enfin à l’abri des atteintes de ce méchant homme, que je résolus de m’arrêter au lac Rusk, et d’y rester seul avec ma famille, parce que je lui supposais l'intention de se rendre immédiatement au lac des Bois avec les autres Indiens. Je choisis donc un lieu de campement pour le reste de l’hiver ; et, confiant la cabane aux soins de mes enfants, j'allai avec ma femme chercher une partie de nos provisions. Quand nous rentrâmes, vers la nuit, les enfants nous dirent qu’en notre absence leur grand’mère était venue les voir, et qu’elle priait sa ;:lle d’aller la visiter le lendemain, dans un endroit où étaient carmpées ensemble trois ou quatre familles de nos amis.

Je donnai sans peine mon assentiment ; et, comme ma bellemère m'avait fait inviter en particulier, je consentis d’accompagner ma femme, ajournant à notre retour le transport du reste des provisions ; mais, la nuit, j’eus les pius sombres pressentiments, J'en fis part à ma femme le lerdemain.Elle me traita de poltron, et, cédant à ses instances, je consentis enfin à partir avec elle.

Dans la matinée, je dis à mes enfants que leur oncle et d’autres Indiens arriveraient dans le jour à ma cabane ; je les chargeai de leur dire que si je revenais ce serait vers midi, et que s’ils ne me voyaient pas revenir ils devraient en conclure que j'aurais été tué. Je sortis ensuite avec ma femme ; mais à peine à deux cents verges de marche, je fus repris des plus cruelles appréhensions ; mon malheur me parut certain et je dis à ma femme que je n’irais pas plus loin.

Comme je reprenais le chemin de ma cabane, elle me reprocha

de nouveau mes craintes et les tourna en ridicule. Je connaissais toutes les préventions qui existaient contre moi dans la famille de ma belle-mère ; mon refus d’aller la visiter ne pouvait que leur donner une nouvelle force. Cette considération me fit continuer ma route, quoique bien convaincu que j'avais tort de céder.

En arrivant à la cabane de ma belle-mère, je déposai mon fusil à la porte ; j'entrai et je m’assis entre deux sœurs de ma femme qui étaient mariées l’une et l’autre. Je me mis à jouer avec

leurs jeunes enfants. Comme je baïssais la tête, j’entendis soudain un grand bruit, et je perdis aussitôt connaissance. Je ne voyais plus rien ; je n'avais plus aucun souvenir : enfin je repris mes sens. Plusieurs femmes me tenaient les mains et les bras ; je lisais sur toutes les figures la terreur et l'alarme. Je ne compris tien à ma situation ; je ne me rappelais pas ce qui s'était passé : enfin j'entendis en dehors de la cabane des cris d’insulte et de triomphe ; c'était la voix de Wawbebenaissa.

Je commençai alors à sentir comme de l’eau chaude sur ma figure. Je portai la main à ma tête, et mes doigts rencontrèrent mon crâne dépouillé. Enfin je me débarrassai des femmes qui me retenaient, et je me mis à poursuivre Wawbebenaïissa ; mais je ne pus l’atteindre, parce que les Indiens l’aidaient à m'éviter. Vers la nuit je regagnai ma cabane, quoique fort grièvement blessé ; je croyais avoir les os du crâne brisés. Au moment de ma blessure je n'avais perdu que peu de sang, et pendant fort longtemps, il n’en coula pas une seule goutte. J'entendais dans ma tête d’étranges bruits ; mais je ne tombai pas en défaillance avant d’atteindre ma cabane. Je revenais sans fusil ; Wawbebenaissa s’était emparé du mien à la porte de ma belle-mère.

Je trouvai dans ma cabane Shegwawkoosink, Mezhukkonaun, et Nahgauneshkawwaw, gendre de Wagetote, plus ordinairement surnommé Otopunnebe. Au moment où je prenais Shegwawkoo-

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