CHAPITRE TRELZIÈME
Les habitants étaient tous couchés, on ne voyait de lumière à aucune fenêtre ; mais mon neveu frappa à la porte, et bientôt un homme vint ouvrir. Son premier mouvement fut de me soutenir, et, m'aidant à entrer, il appela sa femme, qui vint servir à souper à mes compagnons. Pour moi, il me prépara un médicament et me procura un lit où je dormis jusqu’à une heure avancée de la matinée. Je passai presque toute la journée suivante dans cette maison, où je fus traité avec la plus grande bonté. (1) Depuis cet instant, je me sentis un peu mieux, et, sans beaucoup plus de difficulté, j'arrivai au lieu qu’'habitaient les enfants de ma sœur. Je passai une nuit chez un de mes neveux, nommé John ; de là j'allai chez un autre de ses frères, et j'y restai malade près d’un mois.
Mes parents reçurent alors une lettre et me firent entendre qu'elle s’adressait à moi ; mais, quoiqu’ils m'en fissent plusieurs fois lecture, je n’en compris pas un seul mot. Depuis mon arrivée, j'avais presque toujours gardé le lit, et, comme la plupart du temps on me laissait seul, je n’avais appris ni à me faire comprendre, ni à comprendre ce qu’on me disait. Mais je commençais à me trouver un peu mieux et à prendre de l'exercice, lorsqu’atriva une seconde lettre ; je sus alors que mon frère Edouard, dont je n'avais jamais oublié le nom, était allé me chercher à la rivière Rouge. Un de mes oncles, qui demeurait à cent milles de distance, m'invitait aussi à me rendre près de lui.
Toute. mes pensées se reportaient sur mon frère Edouard, et je demanda: aussitôt mon cheval pour aller le rejoindre à la rivière Rouge. Vingt ou trente voisins se réunirent à la nouvelle de mon projet de départ, et cherchèrent à m'en dissuader ; mais, quand i!s
(1) Il en est douc partout et dans tous les temps comme à l'époque de ‘a vi: publique de Jésus-Christ. Parmi les hommes, quelques-uns sont doux et charitables comme lc bou Samzritain de l'Évangile ; d'autres sont'durs et impitoyables comme le mauvais Riche. Mallieur à ces derniers ! Ils entendront un jour la terrible sentence, qui les enverra rejoindre au lieu des éternels supplices le mondain orgueiileux et voluptueux, contempteur du pauvre Lazare.
virent que je ne cédais pas, ils me donnèrent chacun quelque argent pour ma route : celui-ci un schelling, celui-là deux, d’autres de plus fortes sommes ; et je partis à cheval.
À peine avais-je marché dix milles que, la fatigue réveillant la maladie, je fus obligé de m’arrêter chez un homme dont j'ai su le nom plus tard ; il s'appelait Morgan. Je restai là quatre jours, et quand je redemandai mon cheval pour me mettre en route, les voisins, se rassemblant autour de moi, me firent aussi quelques présents. L'un me donnait du pain dans un sac, l’autre attachait un cochon de lait derrière ma selle ; entre eux tous ils me fournirent un bon assortiment de provisions, outre l'argent.
Je voulais retourner à Détroit ; comme j'étais bien faible encore, M. Morgan m'accompagna à Cincinnati. Je m'étais aperçu que coucher dans une maison me rendait malade, et, dans ce voyage, je y refusai constamment. M. Morgan voulait dormir dans les maisons où nous nous arrêtions la nuit; mais je choisissais une bonne place au dehors pour me livrer au sommeil, et je m'en trouvai bien.
Lorsque M. Morgan eut quitté Cincinnati, je voyageai seul et ne tardai pas à manquer de provisions. Vers ce temps, un vieillard qui se tenait devant sa porte s’écria, en m’apercevant : « Arrête, viens | » De tout ce qu’il me dit, je ne compris que ces deux mots ; mais, dans son air et dans sa contenance, je crus reconnaître des intentions amicales, et j’entrai dans sa cour. Il prit mon cheval et iui donna beaucoup de grain. J'entrai avec lui dans sa maison'; il mit de la viande devant moi, mais je ne pouvais la manger : il s’en aperçut et me donna des noix dont je mangeai plusieurs. Puis, voyant que mon cheval était repu et que j'avais une vive impatience de partir, il le sella et me l’amena. Je lui offris de l'argent qu’il ne voulut point accepter.
Un jour ou deux après cette rencontre, je m’arrêtai devant une
aelque ar-
, d’autres
veillant la £ j'ai su le atre jours, 1 route, les si quelques e attachaït Is me fournt.
n faible en-
tais aperçu et, dans ce ajait dormir je choisissais 1,etjemen
ageai seul et un vieillard it : « Arrête,
deux mots ; is je nnaître des jË | mon cheval 5 sa maison ; | manger : il !
sieurs. Puis, f vive impa- | de l'argent UE | | | |
devant une