CHAPITRE QUATORZIÈME
le haut Mississipi ; mais je me décidai à ne pas prendre cette route à cause des Sioux dont il aurait fallu traverser le pays. Il me donna un bateau de Mackinac, pourvu d’un nombre suffisant de rameurs, et qui aurait pu porter soixante hommes. A ce don, il joignit trois barils de farine, deux de biscuit, des fusils, des tentes, des haches, etc. Je déterminai enfin mon frère à s’en retourner, et je partis. Le courant du Mississipi, au dessous du Missouri, me démontra bientôt qu'un lourd bateau n’était pas avantageux pour mon entreprise, et je laissai le mien au portage des Sioux. De là je me rendis, dans un canot, avec deux hommes, aux sources de l'Illinois, puis à Chicago.
J'étais porteur d’une lettre du gouverneur Clark pour M. Mackenzie, agent indien à cette résidence. Comme il n’y avait point de navire p-êt à partir pour Mackinac, il fréta, pour mon voyage, un canot d’écorce monté par des Indiens ; mais ces hommes restèrent plusieurs jours à boire, et, sur ces entrefaites, arriva un navire qui me prit en retournant. Après dix jours d’attente à Mackinac, le capitaine Knapp m'offrit mon passage pour l’île Drummond. Là, le docteur Mitchell et le colonel Anderson, agent indien, me traitèrent de la manière la plus amicale, jusqu’à ce que le dernier eût trouvé une occasion de me faire passer au saut de Sainte-Marie.
J'y restai deux ou trois mois, parce que le colonel Dickson, se disposant à en partir lui-même, ne voulut point me laisser aller au lac Supérieur sur un navire de la compagnie du Nord-Ouest, qui vint et retourna trois fois pendant que j'attendais. Enfin il se mit en route et me prit sur son bateau. À peine avions-nous quitté le bord, qu’il me mit une rame à la main ; et, quoique ma santé fût très mauvaise, il me fallut ramer tant que mes forces me le permirent. Quand je fus tout à fait incapable de service, il m’abandonna sur le rivage, à vingt milles au dessus du fort William, où
nous trouvâmes M. Giarson, chargé de veiller sur des eïfets appartenant à la compagnie de la baie d'Hudson. Fort mécontent du traitement que me faisait éprouver le coionel Dickson, je lui dis, en le quittant, que, aélaissé par lui si loin du rerme de non voyage, j'arriverais encore le premier à Menauzhetaunung. Tout mon bagage resta confié à M. Giarson, et je fis maiché avec un vieux Français pour m'aider à passer le lac dans un canot. Ma traversée fut heureuse ; j’arrivai le premier, comme je l'avais prédit.
Peu de jours après mon arrivée à Menauzhetaunung, un de mes enfants tomba malade et mourut de la rougeole, maladie très fatale alors parmi les Indiens. Les autres furent successivement atteints de l'épidémie, maïs je savais mieux comment les soigner, et tous furent sauvés. Bientôt après, les vivres Cevinrent rares, et je passai,comme déjà je l’avai, fait plusieurs fois, une nuit à implorer le secours du ciel par des chants et des prières. Cette fois, comme les précédentes, je fus exaucé : dès le lendemain, j'eus borne chasse et bonne pêche.
Au retour de l'hiver, j’allai à la rivière Rouge chasser les bisons et boucaner leur chair. Dès le commencement du printemps, je me mis en route pour les Etats. Ma femme refusant de m’accoinpagner, je pris mes trois enfants et je partis sans elle ; au lac de la Pluie, elle changea d'idée, vint me rejoindre et cousentit à m’accompagner à Mackinac.
Dans mon retour, je fus aidé par la compagnie du Nord-Ouest ; mais, à l’le Drummond, j'éprouvai un grand déssppointement. J'avais refusé, en me rendant au lac des Bois, des présents considérables, que je ne pouvais emporter, et on me les avait promis pour le temps où je passerais de nouveau par cette île ; mais, dans cet intervalle, l'officier qui m'avait témoigné tant de bonté se trouvait remplacé par un autre, d’un caractère tout différent, qui
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