‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 129 sur 143 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

semblait ne trouver aucune satisfaction à faire quelque chose en faveur d’une personne alliée aux Indiens. Il refusa de me voir et de me prêter aucun secours. Cependant, grâce à M. Erm&iinger, du saut de Sainte-Marie, je pus arriver à Mackinac.

Le colonel Boyd, alors agent indien à cette résidence, m'attira chez lui, et vouiut me prendre à son service comme batteur dans sa forge ; mais, n’aimant pas ce genre de travail, je refusai de rester. Il me donna cent livres de farine, autant de chaïr de porc, un peu de whisky, de tabac, etc.Il y avait deux navires sur le point de mettre à la voile pouï Chicago ; maïs ni l’un ni l’autre ne voulurent me prendre comine passager, quoique j’eusse assez d'argent ct que j'offrisse de payer.Dans cette extrémité, des Indiens me vendirent soixante dollars un vieux canot d’écorce en mauvais état, et j'engageai trois Français pour m’accompagner ; mais le colonel Boyd ne voulut pas leur permettre de partir. Il me donna cependant une lettre pour le docteur Wolkott, agent indier à Chicago, et je partis avec un seul homme.

Je m'arrêtai peu de temps à l'établissement cttawwaw de Wawgunnukkizze ; et, là, jugeant un plus iong voyage impossible avec un canot fragile et faisant eau de toute part, j'en achetai un neuf au prix de quatre-vingts dollars. Plusieurs Ottawwaws de ma connaissance voulurent m'accompagner, et nous partimes huit hommes dans un canot, et six dans un autre avec queiques femmes. Is viurert avec moi jusqu’à une ou deux journées de Chicago. Là, nous rencontrâmes d’autres Indiens, dont les rapports décourageants sur l’état des eaux dans l'Illinois écidèrent nos compagnons à rétrograder. Ma femme partit avec eux.

A Chicago, la fièvre me reprit ; mes provisions étaient épuisées ; je me trouvai dans une extrême détresse. J’allai me présenter au docteur Wolkott, mais il ne voulut ni me recevoir, ni faire aucune attention à moi. Il savait bien qui j'étais, car il m'avait vu à mon

dernier passage à Chicago ; je ne pus comprendre pour quelle raison il refusa de venir à mon aide. J'avais placé ma tente à peu de distance de sa maison, près d’un champ de riz sauvage, et, pendant plusieurs jours tout hors d'état que j'étais de me tenir debout plus de cinq minutes de suite, je tuai encore assez de merles sur fa rizière pour subvenir à la nourriture de mes enfants.

Dès que j’eus retrouvé assez de force pour me traîner, à l’aide . de bâtons, jusqu’à la porte du docteur Wolkott, j’allai lui représenter que mes enfants étaient en danger de mourir de faim ; ïl me repoussa rudement, En'm'éloignant, je versai quelques larmes, chose nouvelle pour moi ; mais la maladie m'avait efféminé. Je m'évarouis, et tombai trois ou quatre fois tout de mon long sur la route, avant de regagner ma tente.Ï,a Providence ne m'avait pourtant pas abandonué + bientôt après, mes souffrances et celles de mes enfants furent soulagées par un Français qui venait de faire passer le Portage à quelques bateaux.

Sa femme était de la nation des Ojibbeways, et l’accompagrnait ordinairement dus ses courses. Quoique ses chevaux fussent très fatigués d’une longue mrc"e, il accepta ne conduire, ainsi que mon canot, jusqu'à soixante milles, et, si les forces de ses chevaux le permettaient, jusqu’à la distance entière de cent vingt miiies, dont se composait le Portage. Nous convîinmes du prix qu’il me demanda et qui me parut très modéré. Il me donna tu: jeune cheval à monter, car j'étais bien loin de pouvoir marcher, et il pensait que je serais plus à mon aise à cheval qu’en charrette avec le canot.

Nous n'avions pas encore franchi soixante milles, lorsqu'il toniba lui-même malade d’un flux de sang. Il avait avec lui un jeune homme ; et je lui rendis, 1 le laissant libre de retourner, le seul service qui fût en mon pouvoir. Le cheval qne je venais de lui laisser fut volé, dès la nuit suivante, par les Potawatomies. Mon

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