CHAPITRE DEUXIÈME
Un curieux essai de tir au pistolet, — Les pièges pour prendre les martres : apprentissage difficile. — Blessé à mort. — Adieux d’un père. — Encore un blessé. — Touchantes funérailles. —- Famine et incendie. — Les prières au Grand-Esprit dans les épreuves. — Situation critique. Les trappes à castors. — L'ours tué par un enfant.
ANS:les’premiers jours du printemps, Netnokwa et son mari se rendirent avec leur famille à Mackinac. On me cacha, comme l’année précédente, à la pointe Saint-Ignace, pour ne ‘pas: courir le risque de me perdre, en
me laissant voir par les blancs. Dans notre retour, les vents contraires nous retinrent à vingt-cinq ou trente milles du lieu de notre départ. Là nous campâmes avec quelques autres Indiens et des marchands. Les pigeons étaient communs dans les bois ; les enfants de mon âge et les marchands leur donnaient la chasse. Je n’avais de ma vie tué aucune pièce de gibier, pas même tiré un coup de fusil. Ma mère venait d'acheter à Mackinac un baril de poudre, Tawgaweninne possédait un grand pistolet d’arçon. Enhardi par son indulgence, je lui demandai cette arine pour aller tuer des pigeons. Ma mère appuya mon désir en disant : «Il est temps pour notre fils d'apprendre à devenir un chasseur ; » et mon père (j'appelais ainsi Tawgaweninne), mon père me donna le pistoiet chargé en me disant : « Allez, mon fils,si vous parvenez à tuer quelque g'bier, vous aurez aussitôt un fusil, et nous vous apprendrons à chasser. »
Depuis que je suis devenu homme, je me suis trouvé dans des positions difficiles ; mais mon ardeur pour réussir n’a jamais été
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telle que dans ce premier essai de chasse. À peine étais-je sorti du camp, que je rencontrai des pigeons, dont plusieurs vinrent se poser dans le bois à très peu de distance. J'armai le pistolet, et l’élevai à la hauteur du visage, presque en contact avec mon nez ; j'ajustai ensuite les pigeons et lâchai la détente. Au même instant, je crus entendre une sorte de bourdonnement semblable au bruit d’une pierre rapidement lancée : le pistolet était allé tomber à quelques pas derrière moi, et le pigeon gisait au pied de l’arbre sur lequel il s'était posé.
Sans songer à ma figure toute meurtrie et couverte de sang, je courus au camp rapportant mon pigeon en triomphe. On pansa aussitôt mes petites blessures, mon pistolet fut remplacé par ur fusil de chasse ; je reçus une poudrière et du plomb, et l’on me permit d'aller à la chasse aux oiseaux. Un des jeunes Indiens m'accompagnait pour veiller sur ma manière de tirer. Dans l’après-midi, je tuai encore trois pigeons, sans avoir perdu un seul coup. Depuis ce moment, je commençai à me voir traité avec plus de considération, et l’on me permit souvent de chasser pour en acquérir l'habitude.
L'été et une grande partie de l’automne étaient passés quand nous retournâmes à Shabawywyagun. A notre arrivée, nous trouvâmes les Indiens très sérieusement atteints de la rougeole. Netnokwa, connaissant la nature contagieuse de cette maladie, ne voulut point y exposer sa famille, et traversa se-‘-ment le village pour aller camper sur l’autre rive; mais, malgré cette précaution, nous ne tardâmes pas à être atteints de la contagion. De dix personnes dont se composait la famille, deux seulement, Netnokwa et moi, nous échappâmes à la maladie. Plusieurs furent très malades, et la vieille femme et moi nous suffisions à peine à les soigner.
Il mourut beaucoup d’Indiens dans le village, aucun des nôtres
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