‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 131 sur 143 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

je lui racontai l'accueil que j'avais reçu chez lui en son absence. Il s'en montra satisfait et me dit que j'allais avoir bientôt une mauvaise rivière à passer. Mais, ajouta-t-il, vous trouverez, de ce côté-ci, un bateau dans lequel je viens de la traverser ; l’homme auquel il appartient demeure sur l’autre bord ; reconduisez-le-lui, et dites au maître de remonter avec vous jusqu’à la rivière qui est au-dessus de sa maison et de vous la faire passer : je lui paierai sa peine. »

Tout se fit d’abord comme il l'avait indiqué ; mais, ma fille Marthe étant malade, nous restâmes tout le jour près de la maison du propriétaire du canot. J'avais un très beau cheval donné par mon frère ; cet homme me dit qu’il était déterminé à ne pas me le laisser. Il m'offrit de l’acheter ; mais je lui répondis qu’en ayant absolument besoin pour mon voyage, à aucun prix je ne le lui céderais.Il insista encore et me dit que,si jene lui abandonnais pas mon cheval, je n’aurais pas son canot pour passer l’autre rivière. Il ajouta force injures à ses menaces ; mais rien ne put me décider à lui céder mon cheval. Le canot dont j'avais besoin, venant détaché de la rive pour servir à quelque autre personne, se trouvait alors sur la rivière qu’il me restait à traverser, et je partis espérant l’y trouver ; mais notre homme me dit en passant à cheval près de moi : « J’ai retiré le canot ; vous ne pourrez point gagner l’autre rive. » Je continuai ma marche sans attacher d'importance à ses paroles ; hélas ! en arrivant je reconnus qu’il m'avait dit la vérité. Il ne se trouvait là nuls matériaux pour faire un radeau.

Craignant d'exposer mes enfants en leur faisant passer la rivière à dos de cheval, je restai quelque temps indécis. Je songeai enfin que si le canot avait été caché, ce qui était la supposition la plus plausible, je devais en reconnaître les traces : je les trouvai, en effet, sur la route, assez loin de la rivière. Le canot était caché dans d’épaisses broussailles, à près d’un mille du passage. Je le

pris, je l’apportai à mes enfants, qui traversèrent ainsi la rivière et quandimes chevaux l’eurent passée à la nage, d’un coup de pied je repoussai le canot dans le courant.

A Chicago, je fus forcé de vendre mes chevaux bien au-dessous de leur valeur au capitaine Bradley et à un M. Kenzie, alors agent à la place du docteur Wolkott, parce qu'ils me disaient qu’on ne pourrait pas me les conduire à Mackinac. Un vieux cheval m'était resté comme d’à peu près nulle valeur. Des gentlemen qui en avaient besoin et à qui je l'aurais volontiers donné en pur don me le payèrent quinze dollars. Enfin, le capitaine Keïth arriva sur le schooner Jackson ; quand je lui montrai les papiers que le gouverneur Clark m'avait donnés, il me dit qu’il aurait transporté gratuitement mes chevaux à Mackinac ; maïs il était trop tard.

Le principal but de mon voyage à Mackinac était de m’engager comme interprète auprès du colonel Boyd, agent indien à cette résidence. I1 m'avait souvent exprimé le désir de m'avoir avec lui en cette qualité, aussitôt que je saurais assez la langue anglaise pour remplir l'emploi. Je fus bien désappointé d'apprendre que j'arrivais trop tard ; nn interprète venait d’être agréé. Le colonel me dit cependant qu’un agent destiné pour le saut de Sainte-Marie était attendu par le prochain bateau à vapeur et que probablement il me placerait auprès de lui. À peine arrivé à Mackinac, M. Schoolcraîft, ce nouvel agent, accepta mes propositions ; mais, n'ayant à passer dans l’île qu’une heure ou deux, il m’ordonna de faire sur-le-champ me: préparatifs pour le suivre, me donnant rendez-vous au saut quatre jours après son arrivée. Toutes mes affaires terminées, au moment où j'allais partir, arriva une lettre de M. Schoolcraîft, qui, ayant trouvé un interprète à sa résidence, m'’avertissait de ne pas ven'r le rejoindre. Je reportai aux traiteurs tout ce que j'avais acheté pour mon établissement au saut de Sainte-Marie, et ils me rendirent mon argent sans difficulté.

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