CHAPITRE QUINZIÈME
précédent voyage. M. Cote m’'exprima une vive satisfaction de ce succès ; mais je lui dis que, s’il voulait continuer ses spéculations sur le même pied, il fallait chercher un zutre agent, parce que je ne consentirais plus à être l'instrument de tant de fraudes et d'injustices. J'étais si longtemps resté au milieu des Indiens que beaucoup d’entre eux étaient mes amis personnels, et je connaissais assez les désordres occasionnés par l'introduction des liqueurs enivrantes pour désirer les prévenir autant qu'il serait en mon pouvoir. Je ne voulais pas contribuer à répandre ce poison parmi eux ; il me répugnaïit aussi, dans mes marchés avec eux, de spéculer sur leur amour insatiable des liqueurs spiritueuses ; quelque facile qu’il fût de les tromper, aucune fraude ne pouvait échapper à leur connaissance, et je savais jusqu'où pouvaient aller leur ressentiment et leur rancune, surtout envers moi, qu’ils regardaient comme un des leurs.
Je passai quinze mois au service de la compagnie américaine des fourrures, et, pendant tout ce temps, je dormis treize nuits seulement dans la maison, tant mes occupations étaient grandes. Il avait été stipulé, dans mes conventions avec M. Stewart, qu'il me serait permis d’aller voir mes enfants à la rivière Rouge, et de faire une tentative pour les ramener. On me laissa partir au moment où les traiteurs allaient faire ieur voyage annuel à Mackinac. Mais, n'ayant reçu ni les mocassins ni divers autres objets que m'avait promis M. Cote, j’eus beaucoup à souffrir en voyageant seul dans un petit canot. Les enfants que j'aïilais visiter étaient au nombre de trois, deux filles et un fils ; ils étaient, depuis longtemps déjà, séparés de moi, à l’époque de mon premier départ du pays des Indiens.
M. Clark, de la compagnie de la Baie d'Hudson, établi alors à la rivière Rouge, et pour lequel j'avais une lettre, refusa de m'aider en aucune manière à reprendre mes enfants. Le matin de mon ar-
rivée, j'avais laissé ma couverture chez lui, espérant au moins y pouvoir coucher ; mais, à l'approche de la nuit, comme j'allais rentrer, il me la renvoya. D’après la manière dont ce renvoi fut fait, je vis bien que, si je me présentais de nouveau, ce ne serait que pour me faire mettre à la porte, et je me disposai à aller choisir, à peu de distance, une bonne place pour dormir dans le bois ; mais M. Bruce, l'interprète dont j'ai déjà parlé, me fit entrer dans | sa cabane, ,m'invita à y rester, et me traita de la façon la plus bien-
| veillante et la plus hosnitalière.
Voyant que je n'avais aucun secours à attendre de M. Clark, jl qui devait bientôt quitter le pays, j'allai exposer mes affaires au capitaine Bulger, commandant militaire, qui m’accueillit avec autant de cordialité que d’attention. Dès les premiers mots, il me demanda où j'avais passé la nuït, car il savait que j'étais arrivé | la veille ; quand il sut que l’on m'avait refusé un abri au comptoir, il m’offrit à manger et à loger chez lui pendant toute la durée de mon séjour. Connaissant les affaires qui m’appelaient dans le pays, il me Gemanda si je savais où étaient aiors mes enfants. J’a- | vais acquis l’assurance qu'ils se trouvaient au portage de la Praiir rie. Des Indiens, voisins du fort, me dirent que les hommes de la Î bande dont faisaient partie mes enfants avaient appris mon arrivée,et se montraient décidés à me tuer si je tentais de les leur enlever. J’allai cependant visiter cette bande dès que je pus me mettre en route, et j'entrai dans la cabane du principal chef, qui À : | | me reçut avec bonté. J’y restai quelque temps, toujours dans la | cabane, avec mes enfants, qui parurent satisfaits de me revoir ; mais je reconnus sans peine que les Indiens étaient déterminés à ne pas me les laisser emmener.
Giahgewagomo, celui-là même qui, longtemps auparavant, m'avait enlevé mon fils ; ce misérable, que j'avais été forcé de battre, et dont j’avais tué le cheval, me traita insolemment et
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