‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 135 sur 143 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

menaça même de me massacrer. Je lui dis : « Si vous aviez été un homme, vous m’auriez mis à mort depuis longtemps, au lieu de venir encore me menacer aujourd’hui. Je n’ai pas peur de vous. » Mais j'étais absolument seul, et tout ce que je pus faire alors, ce fut de décider la bande à transporter son campement près du fort de la rivière Rouge.

C'était un long voyage ; pendant toute sa durée, mes enfants et moi, nous eûmes à porter de lourds fardeaux, et l’on nous traita comme des esclaves. À dire vrai, on ne m’imposait personnellement aucune charge ; mais on avait soin de tellement surcharger mes enfants que, quand je les avais débarrassés de tout ce que je pouvais porter sans perdre la faculté de me mouvoir, il leur restait encore des fardeaux bien pesants. Lorsque nous fûmes campés près du fort, je réclamai mes enfants ; ils me furent positivement refusés. Giahgewagomo surtout m’opnosait une vive résistance, et nos discussions étaient dégénérées en une querelle si opiniâtre, que j'allais en venir à des mesures violentes ; mais je réfléchis que je ne devais pas me permettre de verser du sang avant d’avoir communiqué mes intentions au capitaine Bulger, qui m'avait témoigné tant de bienveillance.

J'allai donc lui exposer l’état des choses et je lui exprimai mon intime conviction de ne pouvoir reprendre mes enfants sans recourir à la violence envers Giahgewagomo. Il parut satisfait de *ette marque de confiance, et chargea aussitôt M. Bruce d’amener mes enfants dans le fort. Ils vinrent en effet et s’arrêtèrent devant sa maison, mais accompagnés de dix ou douze Indiens, qui avaient grand soin de les tenir entre eux. Je désignai mes enfants au capitaine, et il dit à son domestique de leur donner à manger. On leur porta donc quelques mets de sa propre table, d’où il venait de se lever ; mais les Indiexs prirent tout, et n’en donnèrent pas une seule bouchée à mes <nfants. Un morceau de pain qu’on leur en-

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voya ensuite eut le même sort ; alors le capitaine Bulger urdonna d'ouvrir un magasin, et me dit d’aller y prendre quelque chose pour eux. Voyant là plusieurs sacs de pemmican, j'en pris la moitié d’un, du poids d'environ vingt livres ; et faisant asseoir tous les Indiens, je le leur distribuaï.

Ils refusèrent mes enfants au capitaine, comme ils me les avaient refusés ; mais le lendemain il réunit chez lui les principaux d’entre eux : Giahgewagomo fut de ce nombre. Le chef de 1a bande était pour lors très disposé à me laisser emmener mes enfants ; et, à son entrée dans la salle de réunion, il prit un siège près du capitaine Bulger et de moi, pour bien indiquer que les autres Indiens, activement opposés à mes projets, s'étaient mis en opposition ouverte à ses propres désirs.

Des présents, d’une valeur d'environ cent dollars, furent apportés et déposés par terre entre les deux parties. Le capitaine Bulger prit alors la parole :

«Mes enfants, dit-il aux Indiens, j'ai fait mettre ici, devant vous, une pipe pleine de tabac, non pour vous faire supposer que je veuille acheter de vous, au profit de cet homme,le droit de prendre ce qui lui appartient, mais pour vous signifier que je compte sur votre attention à écouter mes paroles. Quant à cet homme, il vient et il vous parle, non seulement en son propie nom, mais encore au nom de votre grand-père, qui est par-delà les eaux ; et du Grand Esprit, entre les mains de qui nous sommes tous et qui lui a donné ces enfants. Vous devez donc, sans lui causer plus de peine, lui rendre sa famille et accepter ces présents, comme souvenirs de la bonne intelligence qui existe entre nous. »

Les Indiens se consultèrent entre eux. Comme ils allaient répliquer, ils virent une nombreuse force armée en parade devant la maison : complètement entourés, ils acceptèrent les présents «t promirent les enfants. |

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