‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 138 sur 143 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

rées, jusqu'à ce que ce pansement eût pris, autant que je le pouvais, une forme convenable. J'y attachai ensuite de petites branches d’arbres pour tenir lieu d’éclisses, et je suspendis mon bras à une corde qui passait autour de mon cou.

Cette opération achevée, je pris un peu de l'écorce d’une espèce de cerisier que j'avais remarquée à peu de distance, et après l’avoir bien mâchée, je l’appliquai sur mes blessures, espérant arrêter ainsi l’effusion du sang. Les buissons les plus voisins et l’espace qui me séparait de la rivière étaient tout ensanglantés. Quand la nuit vint, je choisis, pour m’étendre, un endroit couvert de mousse ; un tronc d’arbie me servit d'oreiller. J'avais eu soin de me tenir près de la rivière pour observer tout ce qui passerait et pouvoir étancher ma soif, si elle revenait avec une égale violence. Je savais qu'un canot de traiteurs, aanoncé à la rivière Rouge, devait passer vers ce teinps-là, et c'était des gens de ce canot que j'attendais du secours. Il n’y avait pas de cabanes

d’Indiens plus rapprochées que le village d’où Omezhuhgwutoons était venu me poursuivre.

FEtendu par terre, je priai le Grand Esprit d’abaisser sur moi des regards de pitié et de m'envoyer du secours dans le temps de ma détresse. Pendant que j’achevais mes prières, les moustiques, qui s'étaient abattus en grand nombre sur mon corps presque nu, et dont les piqûres ajoutaient beaucoup à mes souffrances, comme èrent à se lever, volèrent quelque temps autour de moi, et disparurent enfin. Ce soulagement si agréable pouvait n’être dû qu’au rafraîchissement de la température habituel dans la soirée. Mais je n’en étais pas moins pénétré de reconnaissance pour le Souverain Créateur que j'avais invoqué et je restai convaincu, comme je l’avais toujours été dans les temps de détresse et de danger, que le maître de ma vie, quoique invisible, était près de moi et veillait sur moi. Je dormis sans peine et paisiblement,

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mais non tout d’un somme. Chaaue fois que je me réveillai, je me souvins d’avoir vu en songe un carot chargé d'hommes blancs devant moi, sur la riviére.

Vers le milieu de la nuit, j'entendis, à une distance de deux cents verges, de l’autre côté de la rivière, des voix de femmes que je crus reconnaître pour celles Ce mes filles; leurs cris innonçaïent la détresse ; mais j'étais si faible, qu’il me fut tout à fait impossible de me lever pour me diriger de ce côté.

Le lendemain matin, avant dix heures, j'entendis d'autres voix, des voix d'hommes, dans la direction de la rivière, au dessus de moi, et de la place que je m'étais choisie, je vis venir un canot chargé d'hommes blancs, s:mblable au canot que j'avais déjà vu dans mes songes de la nuit. (1) Ces hommes prirent terre à peu de distance et firent leurs apprêts de déjeuner. Je reconnus le canot de M. Stewart, de la compagnie de la baie d'Hudson, attendu, vers cette époque, avec M. Grant. Convaincu que mon apparition ferait sur eux une impression pénible, j’attendis, pour me montrer, la fin de leur repas. (2)

Quand je les vis remettre leur canot à flot, j’entrai à gué dans la rivière, afin d'attirer leur attention. Dès qu’ils m’'aperçurent, les Français cessèrent de ramer, et tous portèrent leurs regards sur moi, avec une visible stupéfaction. Le courant les entraînait avec rapidité loin de moi, et mon apoel répété eu langue indienne sem-

blait ne produire aucun e:ïet. J’appelai enfin M. Stewart par son

(1) Il semble impossible d'expliquer cette coïncidence autrement que par une attention et une faveur toutes particulières du Père qui est dans les cieux et qui voulut, par cette circonstance merveilleuse, prouver à son pauvre enfant du désert, alors si malheureux,que lui-même avait ménagé ce secours immédiat sans lequel la mort devenait inévitable, Une chose est certaine, c'est la sincérité de Tanner. Les impies qui refusent de croire au surnaturel se trorvent condamués au mutisme en présence de faits tels que celui-ci, et le simple bon sens les mettra toujours dans cette alternative, ou d’être taxés de mauvaise foi o1 d’étre reconnus pour les gevs les plus déraisonnables qui soient au monde:

(2) Quelle candide simplicité chez un homme blessé à moït et mourant de faim, de vouloir laisser tranquillement achever le repas de ceux qui devaient le sauver, avant de réclamer leurs secours | .

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