CHAPITRE QUINZIÈME
‘nom, et, prononçant quelaues mots anglais dont je pus me souve-
nir, je suppliai les voyageurs de venir me prendre. En un clin d’œil, les rames furent remises à l’eau, et le canot vint si près de moi, qu'il me fut possible d’y monter.
Personne ne me reconnut ; M. Stewart et M. Grant étaient cependant tout à fait l’un et l’autre de’ma connaissance. Je n’avais pas pu laver le sang qui couvrait mon corps, et il est probable que mes souffrances m’avaient extrêmement changé. Les questions se succédant avec rapidité, l’on sut bicntôt qui j'étais et les principales circonstances de ce qui venait de m’arriver. Un lit me fut dressé dans le canot ; je suppliai vivement les traiteurs de chercher mes enfants dans la direction où j'avais entendu leursicris. Je c'aignais qu’on ne les trouvât massacrés ; mais toutes les recherches sur ce point et sur d’autres furent infructueuses.
Dès que j’eus fait connaître à mes sauveurs l’homme qui m’avait blessé, ils prirent le parti de me conduire sur-le-champ au village de ce traître. S'ils parvenaient à le surprendre, ils voulaient, disaient-ils, en faire bonne justice à l'instant même et l’'égorger sur place. Ils me cachèrent donc au fond du canot, et quand ils abordèrent près des cabanes, un vieillard vint à eux sur le rivage, en disant : «Qu’y a-t-ii de nouveau dans le pays d’où vous venez ? — Tout y va bien, répondit M. Stewart ; nous n’avons pas d’autres nouvelles. — C’est ainsi, reprit le vieillard, que les hommes blancs nous traitent toujours. Je sais très bien qu’il
est arrivé quelque chose dans le pays d’où vous venez, mais vous ne voulez pas nous en parler.Omezhuhgwutoons, l'un de nos jeunes hommes, a descendu la rivière pendant deux ou trois jours, et nous a dit que le Long Couteau, nommé Shawshawwanebase (le faucon), qui a passé par ici peu de jours auparavant avec sa femme et ses enfants, les a massacrés tous. Moi je crains qu'il
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n'ait lui-même fait quelque chose de mal ; il est inquiet et sur ses gardes, et il vient de prendre la fuite au moment de’votre arrivée.»
Malgré cet avis, MM. Stewart et Grant cherchèrent Omezluhgwutoons dans toutes les cabanes, et convaincus enfin de son évasion, ils dirent au vieillard : « Il est bien vrai qu'il a été fait du mal dans le pays d’où nous venons ; mais l’homme qu’Omezhuhgwutoons a voulu tuer est dans notre canot; nous ne savons pas encore s’il vivra ou s’il mourra.….» À ces mots, ils me firent voir aux Indiens qui s'étaient rassemblés sur le rivage.
Nous prîmes là un peu de temps pour nous reposer et examiner mes blessures. Je reconnus que la balie, entrée dans mon corps immédiatement au dessous de la fracture de mon bras, était allée se loger près des côtes, et je tâchai de persuader à M. Grant d’en faire l’extraction ; mais ni lui ni M. Stewart ne voulurent l’essayer ; je fs obligé de m’opérer moi-même de la main gauche. Une lancette, que me prêta M. Grant, se brisa sur-le-champ ; il en fut de même d’un canif, car les chairs étaient très dures et très fermes dans cette partie. Enfin on me remit un large rasoir à manche blanc, avec lequel je parvins à extraire la balle. Klle était très aplatie ; le nerf de daim et les médecines qu'Omezhuhgwutoons y avait liés restèrent dans la plaie. Quand je vis que la balle n’était pas descendue au dessous de mes côtes, j’espérai me rétablir enfin ; mais j'avais des raisons de supposer que, ia blessure étant empoisonnée, la convalescence serait longue.
L'opération achevée et ma blessure pansée, nous allâmes à Ahkeekcbowwetig (la chute de la chaudière), village qui avait pour chef Wawwishegahbo, frère d’Omezhuhgwutoons. Là M. Stewart usa de la même précaution de me cacher dans le canot, et une distribution de tabac fut faite à tous les hommes appelés l’un après l’autre. Voyant que notre recherche était vai, on me fit paraître enfin, et l’on dit au chef que c’était son propre
et sur ses re arrivée.»
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