‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 140 sur 143 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

frère qui avait tenté de me tuer. Il baissa la tête et refusa de répondre aux questions des blancs. Mais nous apprîimes de plusieurs autres Indiens que mes filles et leur mère s'étaient arrêtées dans ce village en se dirigeant vers le lac de la Pluie.

En arrivant au comptoir de la compagnie du Nord-Ouest, près de ce lac, nous les trouvâmes chez les traiteurs, dont les soupçons avaient été excités par leur terreur évidente, et par le souvenir de m'avoir vu passer avec elles qurtques jours auparavant.

Mes filles m’apprirent alors qu’au moment où j'étais tombé sans connaissance sur le rocher, me croyant mort et cédant à l’autorité de leur mère, elles avaient changé la direction du canot, en s’enfuyant de toutes leurs forces.

M. Stewart me laissa au comptoir du lac de la Pluie, en me confiant aux soins de Simon Macgillevray, fils de celui qui, bien des années auparavant, avait tenu un rang si élevé dans la compagnie du Nord-Ouest. I1 me donna une petite pièce où mes filles préparaient mes repas et me prodiguaient leurs soins. J'étais très faible ; mon bras restait extrêmement enflé, et il en sortait, de temps à autre, des esquilles. Je vivais en cet endroit depuis vingt-huit jours, quand le major Delañeld, commissaire des Etats-Unis pour les limites, vint au comptoir, et, entendant parler de mes aventures, me proposa de me conduire, dans son canot, à Mackinac ; mais, quel que fût mon désir de l’accompagner, je me trouvais trop faible pour entreprendre un pareil voyage. Le major Delafield, me jugeant iui-rême hors d’état de voyager, me laissa, en partant, beaucoup d’excellentes provisions, deux livres de thé, du sucre, d’autres objets, une tente et des vêtements.

Deux jours après, je tirai de mon bras le nerf de daim qu’Omezhuhgwutoons avait lié autour de sa balle, comme je l’ai déjà rappcrté. Ce nerf, de couleur verte, avait encore près de cinq pouces de longueur.

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Aussitôt après le départ du major Delafeld, le mauvais vouloir de M. Macgillevray se manifesta clairement ; la crainte du major l’avait seule, jusque-là, décidé à me traiter avec quelque attention. Les insultes et les avanies commencèrent à pleuvoir sur moi, et je fus enfin chassé du comptoir. Mais des Français eurent assez de pitié de moi pour sortir la nuit, à la dérobée, et venir me dresser une tente, à l'insu de M. Macgillevray. Grâce à la bonté du major Delafeld, j'étais bien pourvu de tous les objets de première nécessité, et mes filles restaient encore avec moi, quoique M. Macgillevray me menaçÂt souvent de les faire partir. Ses persécutions ne diminuèrent pas de violence, lorsque j’eus quitté le fort.

Quarante-trois jours s'étaient écoulés depuis mon arrivée, et je me trouvais dans une bien misérable situation, entièrement

privé, depuis quelque temps, du secours de mes filles, qu’on avait

chassées, lorsqu'un soir M. Bruce, mon ancie” ami, entra inopinément dans ma tente ; il faisait partie de la suite du major Long, qui revenait du lac Winnipeg, et il pensait que cet officier pourrait et voudrait m'aider à retrouver mes filles, peut-être même à les conduire à Mackinac.

A peine en état de marcher, j’allai trois fois, à cette heure avancée de la nuit, visiter le major Long dans son camn ; chaque fois il me dit que ses canots étaient pleins, et qu’il ne pouvait rien faire pour moi ; mais enfin, un peu mieux instruit de mon histoire, il sembla prendre plus d'intérêt à mon sort ; et, à la vue des papiers que m'avaient donnés le gouverneur Clark et d’autres personnes, il me dii qui j'étais un fou de ne 'es lui avoir p"s montrés plus tôt. Il m'avait pris, ajouta-t-il, pour quelqu'un de ces blancs méprisables qui restent chez les Indiens par paresse ou par débauche ; mais, sachant qui j'étais, il essaierait de faire quelque chose en ma faveur. Il alla lui-même, avec plusieurs hommes, à la recherche de mes filles. Son intention avait été de se remettre en route dès le

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