CHAPITRE DEUXIÈME
Nous nous dirigeâmes d’abord vers le lac des Bois, les Indiens
| j'appellent Pubbekwawwauggawsaugiegun (le lac des Collines de
sable). Je ne comprends pas le nom qu’il a reçu des blancs, car le bois n’est pas très commun dans ses environs. La violence des vents nous fit courir bien des dangers ; les vagues battaient notre canot avec tant de force, que je suffisais à peine, avec une grande chaudière, à vider l’eau à mesure qu’elle pénétrait.
A la fin de l’année, nous arrivâmes au lac d'Eau bourbeuse, que les blancs nomment lac Winnipeg. Là Netnokwa, ne pouvant plus résister à la longue suite de chagrins qui l'avaient accablée,
depuis son départ de son pays, se mit à boire, bien contraire-
ment à ses habitudes, et ne tarda pas à s’enivrer. Le vent nous paraissant bon, nous nous décidâmes, avec l’inexpérience et la simplicité de notre âge, à porter la vieille femme dans le canot, et à passer de l’autre côté du lac. Les marchands nous dirent que
| le vent nous serait contraire, mais nous n’en tînmes compte et
nous gagnâmes le large. Comme le vent soufflait du rivage, les premières vagues n'étaient pas hautes ; bientôt elles commencèrent à battre violemment notre canot, et à menacer de le remplir. Il était plus dangereux encore de retourner que d'avancer. Le soleil ne tarda pas à se coucher, et le vent devenait de plus en plus terrible. Nous nous regardions comme perdus.
Tout à coup la vieille femme se réveille de son ivresse, se lève, adresse à haute voix une instante prière au Grand Esprit, et se met à ramer avec une étonnante activité, en nous encourageant et indiquant à Wamegonabiew comment il faut diriger le canot. Enfin nous approchâmes du rivage, et reconnaissant l'endroit où
uous allions aborder, notre habile conductrice manifesta de vives
alarmes. « Mes enfants, nous dit-elle, je crois que nous allons périr.Là, devant nous, sont des rochers nombreux cachés sous l’eau ;
notre canot doit être mis en pièces. Cependant nous n’avons pas Ë TRENTE ANNÉES DANS LES DÉSERTS. — 4,
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