‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 28 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

du voisinage avec qui les Mandans avaient fait la paix, furent invités à venir se joindre à ces derniers pour attaquer une peuplade que les Ojibbeways appellent les Agutchaninnes, et qui est établie à deux jours @e distance des Mandans. Wausso, apprenant cette nouvelle, résolut d’aller se joindre aux guerriers qui s’assemblaient à Mouse-River. « Je ne veux pas, dit-il, retourner dans mon pays sans rapporter encore quelques cicatrices ; je veux voir le peuple qui a tué mes frères. »

Peshauba et Netnokwa tâchèrent de l’en dissuader, mais il ne voulut pas les écouter, et son enthousiasme ne tarda pas à devenir contagieux pour Peshauba. Après deux jours de réflexion, il dit à la vieille femme : « Je ne puis me résoudre à reparaître sans Wausso dans le pays des Ottawas. Saningwub et Saggitto veulent aussi aller avec lui rendre visite aux voisins des Mandans, je serai du voyage ; allez m’attendre aux bords du lac Winnipeg ; je m'y rendrai à la chute des feuilles. Ne manquez pas d’avoir un baril de rhum tout prêt, car je serai fort altéré à mon retour. » Les canots n'étaient point terminés lorsqu'ils partirent pour cette expédition guerrière. Wamegonabiew les accompagna, et je restai seul avec trois femmes et trois enfants.

Je me mis aussitôt en route pour le lac Winnipeg, avec Netnokwa et le reste de la famille ; il nous fallut nous servir encore du vieux canot de peaux de moose. Peu de temps après avoir quitté le comptoir des blancs, nous découvrimes un esturgeon jeté par accident au milieu de bas-fonds sablonneux, de telle manière :

} qu'une grande partie de son dos paraissait sur la surface ; je ! m'élançai hors du canot, et le tuai sans beaucoup de difficulté. | C'était le premier esturgeon pis par moi ; la vieille femme crut à devoir célébrer, dans cette occasion, la fête d'Oskenetahgawin, | ou des premiers fruits, quoiqu'il n’y eût auprès de nous aucun | Indien à pouvoir y inviter.

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L'embouchure de l’Assinneboin est un point très fréquente |

par des bandes de guerriers sioux, qui se tiennent cachés au bord,

et font feu sur les passants. Nous ne nous en approchâmes qu'avec |

précaution, résolus de ne tenter le passage que dans l’obscurité. Il était donc à peu près minuit, lorsque, évitant attentivement l’une et l’autre rive, nous nous laissâmes aller au courant, pour entrer dans la rivière Rouge; la nuit était obscure, et nous ne pouvions rien apercevoir distinctement sur les bords.

A peine étions-nous entrés dans la rivière Rouge, que le silence fut interrompu par un cri de hibou, sur la rive gauche de l’Assinneboin ; un second cri se fit entendre aussitôt sur la rive droite, et presque en même temps un troisième, sur le bord de la rivière Rouge, qui fait face à l'embouchure. Netnokwa murmura d’une

voix que nous entendîmes à peine : « Nous sommes découverts », È

et nous fit signe de faire courir le canot dans le plus grand silence. Nous tâchâmes donc de tenir, avec un soin extrême, le milieu de la rivière ; j'étais à l'avant du canot, baïssant la tête aussi près que possible de la surface de l’eau, pour reconnaître et éviter toute espèce d'approche.

Soudain j'aperçus une légère ride sur la rivière, à la suite d’un objet bas et noir, qui me parut la tête d’un homme traversant le

courant à la nage devant nous avec précaution. Je le montrai aux

femmes, et l’on décida sur-le-champ que nous poursuivrions cet homme pour tâcher de le tuer. Je pris donc un fort harpon, et nous commençâmes notre chasse ; mais c'était simplement une oie, avec ses oisons ; elle prit l'alarme et disparut. Cette méprise reconnue, nous tentâmes, avec un peu moins de frayeur, de reprendre notre route, mais il nous fut impossible de rentrer dans

le courant favorable.

C'étaient alors, selon moi, de vaines terreurs de femme, et je les B

supportais impatiemment ; mais aujourd’hui, je ne sais réelle: B

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