‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 32 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

de deux ou trois pieds, et n’en dépasse pas un sur bien des points. Sa surface était toute couverte de canards, d’oies, de cygnes et d’autres oiseaux. Nous y restâmes longtemps, et quatre paquets de peaux de castor furent le produit de nos chasses,

A la chute des feuilles, Saggitto mourut. Nous étions isolés alors ; il n’y avait pas un seul Indien, pas un seul homme blanc à quatre ou cinq journées de nous. Au moment de partir, nous avions un dépôt à faire, et la terre était trop marécageuse pour nous permettre d’enterrer nos pelleteries. Selon l'usage le plus ordinaire, nous fîmes donc un magasin avec des troncs d'arbres si serrés qu'une souris n'aurait pas pu y pénétrer, et nous y laissâmes nos peaux de castor avec tous les autres objets que nous ne pouvions emporter. Si quelques indiens de cette région éloignée avaient rencontré notre dépôt, ils ne l’auraiert pas ouvert, et nous ne craignions pas que les marchands pénétrassent dans un endroit aussi solitaire et aussi pauvre.

Les Indiens qui vivent loin des blancs n’ont pas assez d’estime de leurs pelleteries pour se rendre coupables de se les voler les uns aux autres. Au temps dont je parle, et dans la contrée où je me trouvais alors, j'ai vu souvent des Indiens laisser plusieurs jours leurs trappes dans les bois sans les visiter, et sans éprouver la moindre crainte pour leur sûreté. Il arrivait souvent aussi qu’un homme revenant de la chasse et laissant ses trappes dans les bois, un autre homme jui disait : « Je vais chasser dans telle direction ; où sont vos trappes ? » Quand il s’en était servi, un autre et quelquefois quatre ou cinq s’en servaient tour à tour ; mais à la fin elles ne manquaient pas de revenir à leur légitime propriétaire.

La neige étant tombée, et le temps devenant assez froid pour ne plus permettre de chasser aux castors, nous commençâmes

| à souffrir de la fair ; Wamegonabiew était alors notre principal

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soutien, et travaillait de toutes ses forces à nous faire vivre. Dans une de ses longues courses à la recherche du gibier, il rencontra une cabane d'Ojibbeways, qui, quoique ayant beaucoup de viande et connaissant sa détresse et celle de sa famille, lui donnèrent seulement à manger pour une nuit qu’il passa auprès d'eux. En revenant, le lendemain matin, il tua un jeune moose extrêmement maigre. Cette faible ressource épuisée, nous levâmes notre camp, pour le reporter auprès des Indiens inhospitaliers rencontrés par Wamegonabiew.

Nous les trouvâmes abondamment pourvus de vivres, mais nous n’en reçûmes rien qu’en échange de nos argenteries (1) et autres objets de prix. Je mentionne l’avarice et l'inhospitalité de cette famille, parce que je n’en avais pas encore vu un seul exemple chez les Indiens. Ordinairement, ils sont tous disposés à partager leurs provisions avec quiconque recourt à eux dans le besoin.

Nous étions depuis trois’'jours auprès de ces Indiens, lorsqu'ils tuèrent deux mooses, et nous invitèrent, Wamegonabiew et moi, à partager leur repas. Ils ne nous servirent que le plus mauvais morceau d'u cuisse, et nous achetâmes d’eux un peu de viande grasse, en échange de nos ornements d’argent. La patience de la vieille Netnckwa était à bout, et elle nous défendit à tous de rien acheter d’er.: Pendant tout le temps que nous passäes près de cette caban::, ncus souffrimes de la faims

Un matin, Netnokwa se leva de très bonne hevre, prit 4 hache, et sorti. Le soir, elle ne revint pas. Le lendemain, à une heure fort avancée, comme nous étions tous couchés dans la cabane, elle rentra, secoua Wamegonabiew par l'épaule, et lui dit : « Levez-vous, mon fils, vous êtes un agile coureur ; montrez-nous avec quelle raçidité vous pouvez aller chercher les vivres que le Grand

(1) Objets de‘parure ou d'ornementation de dive*s calibres.

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