‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 38 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME 8x · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME 8x

où je m'étais arrêtée, et, à peu de distance, le commencement d'un sentier qui va tout droit à la maison du marchand. Dans mon rêve, j'ai aperçu des hommes blancs ; ne perdons pas de temps, le Grand Esprit veut nous conduire auprès d’un bon feu. »

Un peu ranimés par la confiance et l’espoir que la vieille femme cherchait ainsi à nous inspirer, nous partîmes aussitôt ; mais, parvenus au terme du sentier qu’elle avait tracé, nous marchâmes longtemps sans découvrir aucun vestige humain. Les uns lui adressèrent des reproches, les autres la tournaient en ridicule, lorsqu'enfin, à notre grande joie, nous rencontrâmes les traces récentes d’un chasseur qui avait dû se diriger vers le comptoir ; et, redoublant nos efforts, nous y arrivâmes enfin deux jours et une nuit après notre départ.

Là, nous trouvâmes le traiteur, qui nous avait ouvert au lac de la Pluie un crédit de cent vingt peaux de castors ; comme il se disposait à partir, nous acquittâmes notre dette, et il nous resta vingt peaux que j'échangeai pour quatre trappes. La vieille femme reçut aussi trois petites caques de rhum.

Après un repos de peu de jours, nous reprîmes la route de notre dernière cabane ; d’abord, nous suivîimes le large sentier de chasse des habitants du comptoir. Au moment de le quitter, la vieille femme remit toute sa provision de rhum à Wawbebenaissa, en lni disant de suivre le sentier des chasseurs jusqu’à l'endroit où il les rencontrerait d'échanger cette liqueur pour de la viande et de revenir à nous ; mais Wawbebenaïssa ouvrit aussitôt une des petites caques et en but la moitié. Le lendemain matin, cependant, il se trouva dans son état naturel et partit avec les instructions de la vieille femme ; Wamegonabiew l’accompagnait. J’allai, avec les femmes, les attendre à un rendez-vous indiqué ; après un jour d'attente, nous vîmes revenir mon frère chargé de viande, mais Wawbebenaissa ne reparut pas ; et pourtant sa femme et ses petits

enfants avaient été forcés, le jour même, de manger leurs mocassins.

Nous partageâmes nos vivres avec cette famille, qui partit ensuite pour rejoindre son chef ; les chasseurs nous faisaient inviter par Wamegonabiew à venir vivie avec eux, maïs il fallait, avant tout, aller reprendre ce que nous avions laissé dans notre cabane. En revenant de cette course, nous nous arrêtâmes au même endroit ; depuis quelque temps nous ne vivions plus que d’écorces d'arbres, et surtout de celle d’une vigne grimpante assez commune ; aussi nos forces étaient-elles tout à fait épuisées.

Wamegonabiew ne pouvait plus marcher, et, de nous tous, c'était la vieiile femme qui paraissait le moins souffrir ; elle pouvait jeûner cinq ou six jours sans être biea abattue, et ce fut seulement de crainte que d’autres membres de la famille ne périssent en s.: absence, qu’elle conseutit à me laisser aller demander des secours au comptoir: que nous croyions moins éloigné que le camp des chasseurs. C'était tout au plus un voyage de deux jours de marche ordinaire ; mais, dans mon état de faiblesse, il était douteux que je pusse y parvenir.

Je partis de grand matin ; le temps était froid et le vent fort ; j'avais un grand iac à traverser, et là, comme le vert soufflait avec violence, j'eus beaucoup à souffrir. Arrivé sur l’autre bord avant le coucher du soleil, je m'assis pour passer la nuit. Dès que je commençai à sentir un peu de froid, je voulus me lever ; mais j'eus tant de peine à y parvenir, qu’ii me parut imprudent de me reposer avant d'avoir atteint le comptoir. La nuit n'étant pas sombre, et le vent étant tombé, je sou’fris moins que dans le jour; je marchai toute la nuit, et je parvins à destination de bonne heure dans ia matinée. Dès que j’eus ouvert la porte, les blancs virert

bien, à mon aspect, que j'étais à demi mort de faim, et me de-

mandèrent aussitôt des nouvelles de ma famille ; à peine eus-jt

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