‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 39 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

donné les explications nécessaires, qu'un Français, grand marcheur, partit chargé de provisions ; peu d’heures après mon arrivée, j'entendis la voix de Netnokwa demandant : « Mon fils est-il ici ? » J'ouvtis la porte, et à ma vue elle témioigna la plus vive satisfaction. Elle n’avait pas rencontré le Français.

Bientôt après mon départ, le vent était devenu violent, et la vieille femme pensant que je ne pourrais point traverser le lac, avait voulu suivre mes traces ; mais la reige, agitée par le vent, les effaçait, et elle arrivait au comptoir craignant que je n’eusse péri en route. Deux jours après, Wamegonabiew et le reste de la famille, s’caurus par le Français, vinrent nous rejoindre ; les Indiens, de leur côté, pensant que nous ne pourrions point parvenir jusqu’à eux sans des secours que nous ne pouvions probablement pas nous procurer, avaient envoyé Wawbebenaïssa avec des provisions au lieu du premier rendez-vous. Il était arrivé près de notre camp peu après mon départ ; mais, soit volontairement, soit par stupidité, il ne l'avait pas atteint : il s'était arrêté seulement à portée de la voix, et là il avait fait un bon repas dont les restes se trouvèrent sur le passage de la fille.

Après quelques jours passés près des blancs, nous partîmes tous ensemble pour rejoindre les Indiens. Leur bande occupait trois cabanes, dont le principal chef était Wahgekaut (jambes torses) ; les truis meilleurs chasseurs étaient Kakaïk (le petit épervier), Mehkenauk (la tortue) et Pakekunnegabo (celui qui se tient dans la fumée) ; ce dernier surtout était, à l’époque dont je parle, un chasseur très distingué. Quelque temps après, il eut, par accident, l'épaule fracassée d’un coup de fusil ; cette blessure empirant de jour en jour, il supplia beaucoup d’Indiens, et tous les blancs qu'il put rencontrer, de lui couper le bras ou de l'aider à s’amputer luimême, mais tous refusèrent.

Laissé seul un jour dans sa cabane, il prit deux couteaux, dont

il avait aiguisé l’un en forme de scie, et de sa main droite il se coupa le bras gauche qu’il lança aussitôt le plus loin possible ; bientôt après il s'endormit, et ses amis le trouvèrent dans cet état. Il avait perdu beaucoup de sang ; en peu de temps, il se rétablit, et, malgré la perte d’un bras, ce fut encore un grand chasseur, Depuis cet accident on l’appela d'ordinaire Koshkirinekaït (le manchot).

Nous vécûmes quelque temps avec les {ndiens, toujours dans l'abondance, quoique Wawbebenaissa ne tuât rien. Quand la saison devint un peu plus chaude, nous les quittâmes ; mais nous avions tant souffert de la faim pendant le dernier hiver, que nous ne pouvions songer, sans frayeur, à nous établir sur quelque point éloigné, où il nous faudrait beaucoup de gibier pour vivre.Ce fut à une journée de distance du comptoir que nous campâmes tout le printemps pour chasser les castors.

Nous avions alors avec nous un homme nommé Pabzhmewin (le porteur) ; notre chasse fut constamment heureuse. Je tuai vingt loutres t beaucoup de castors et d’autre gibier. Un jour, allant visiter mes trappes, j'aperçus : lques canards sur un étauy ; je coargeai mon fusil à plomb, et me mis à ramper poux approcher d'eux à portée. Comme je me traînais avec précaution à travers les broussailles, un ours se leva près de moi et grinpa sur un pin blanc presque au dessus de ma tête ; je mis aussitvt une balle daus mon fusil et je tirai, mais mon arme éclata à la moitié du canon, dont toute la partie supérieure fut lancée au loin, et l'ours, que je n'avais probablement pas touché, grimpa plus haut ; je chargeai le reste de mon fusil, j'ajustai avec soin, et l’ours tomba à mes pieds.

Pendant notre séjour, nous réunîmes un grand nombre de balcts de fourrures ; comme la petitesse de notre cabane ne nous permettait pas de les garder, nous allions de temps ezä temps les con-

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