CHAPITRE QUATRIÈME
fier aux traiteurs. Quand vint l’époque de leur départ pour le grand portage, ils emportñrent nos ballots sans notre consentewent ; mais la vieille femme suivit leurs traces jusqu'au jac de la Pluie, reprit tout ce qui nous appartenait, et se laissa persuader de fe leur vendre. Du fac de la Pluie nous allânmies au lac des Bois où Pabahmewin nous quitta ; 1à aus Wawbebeuaissa vint nous rejoindre, et voulut retourner avec nous au lac de la Pluie ; mais Netnokwa avait entendu parler d’un meurtre que des parents de cet homme y avaient commis ; on en aurait tiré vengeance sur jui, et elle ne voulut pas qu'il s'exposât à ce danger. Nous retournâmes sur nos pas, Netnokwa et moi, d’après l'invitation d’un caef ottawa nommé Sahmuk, son parent, tandis que Wamegonabiew, les femmes et les enfants se rendaient à la rivière Rouge. Sahmuk nous traita avec beaucoup de bonté ; il construisit et nous donna un grand canot d’écorce destiné à l’usage des marchands de fourrures à qui nous le vendîmes pour une valeur de cent dollars; c'était alors le prix de ces canots dans le pays. Il nous donna aussi un petit canot pour notre propre usage.
La rivière qui se jette ans le lac de la Pluie s'appelle Kochechesebe£ (rivière de la Source) ; elle a une chute très élevée à peu e distance du lac ; j'y prenais à l’hameçon beaucoup de poissons. Un jour, tandis que je pêchais, un très grand esturgeon fut entrainé par la chute,et tombant sur des bas-fonds, ne put s'échapper ; je le tuai d’un coup de pierre ; comme c'était le premier que l’on eût pris dans cet endroit, Sahmuk ft une fête à cette occasion.
Peu de temps après, nous traver.âmes le lac avec une bande nombreuse d’Ojibbeways. Au moment où nous allions Îes quitter, et où ils devaient se séparer dans diverses directions, tous s’arrétèrent pour boire. Dans cette débauche, ils nous enlevèrent toutes 210$ provisions ; ce fut la première fois que je m’enivrai avec les
Indiens ; quand je repris mes sens, la vieille femme, qui avait bu
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pourtant bien plus que moi,me reprocha ma conduite avec beau- vieil coup de force et de sagesse. tra vi Reconnaissant à quelle détresse nuus étions réduits, je fis entrer voya Netnokwa dans notre canci, que je dirigeai aussitôt vers un en- tirai droit où je savais que la pêche était abondante. Les Ojibbeways D une : ne nous avaient pas laissé une miette de provisions, maïs je pris L Ÿ cents bientôt trois poissons,et la faim ne se fit pas sentir. Le leidemain ; parut matin, je m’'arrêtai pour déjeuner à un portage où cette espèce journ de poisson était abondante. J'en pris un d’abord, et tandis que la m'ap vieille femme le faisait cuire, j’en pêchai près d’une centaine. qu'il : Comme nous allions nous rembarquer, quelques cancts de trai- | 1 Le teurs vinrent à passer, et la vieille femme, qui n’était pas bien geñme remise encore de sa dernière ivrognerie, leur vendit notre poisson le por pour du rhuin ,; les traiteurs continuèrent à passer pendant la vaient journée, mais je cachai à Netnokwa assez de poissons pour obte- bres d nir, en échange, un grand sac de grain et de graisse. La vieille Dep femme, revenue à elle-même, fut très satisfaite de ma conduite. mière
Au milieu du lac des Bois s'élève, à une assez grande hauteur, kwa, c
une petite île rocailleuse, presque sans arbres et sans buissons ; COMM elle était alors couverte de jeunes mouettes et cormorans, dont je kwa re
tuai un grand nombre à coups de bâton ; nous en chcisîmes cent jeta 1 vingt des plus gras pour les boucaner, et nous îes emportâmes de fair comme provisions de voyage. De là, nous allâmes jusqu'à la ri- LS Pourvo
vière Rouge; en la descendant, je tirai sur la berge un ours énorme; LS li aus
voyé ai
il poussa des cris étranges, tomba dans l’eau, et disparut. i
A l'endroit nommé dans la suite Pembinal le Nebeninn nesebee se jette dans la rivière Roug: { té u1 comptoi 4 Mon à nous n’y trouvârues ni bla i Indie imenousn'avions | Craint pa de provisions en abondant e, tHiOUs ( inuâmes notre marche chasser toute la nuit, avec l'espoir de faire bientôt quelque rencontre. T4 lendemai L leif, nous descendîmes à terre, et | Je cl
rer fn LYS T1 ain èce > Ja raien son t la bteeille te.
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mes
CHAPITRE QUATRIÈME 87 vieille femme, en ramassant du bois, découvrit quelques bisons à travers les arbres ; j'y courus aussitôt, et j'en tuai un ; mais, voyant qu’il était très maigre, je me traînai un peu plus loin et tirai un autre fort gras, qui alla tomber à quelque distance, dans une prairie ouverte ; un troisième m’aperçut à trois ou quatre cents toises, et s’élanca contre moi avec tant de fureur, qu’il me parut prudent de faire retraïte dans le bois. Nous passâmes la journée entière dans les alentours, et plusieurs fois je tentai de m'approcher de ma proie ; mais le bison faisait si bonne garde, qu'il ne fallut enfin y renoncer,
Le lendemain, nous rencontrâmes des traiteurs et nous partageîmes notre chasse avec eux. Sans plus fe délai, ous gagnâmes le portage de ia Prairie de ia rivière de l’Assinneboin, où se trouvaient Wamegonabiew, Wawbebenaissa et les autres membres de notre famille, dont nous avions été si longtemps séparés.
Depuis notre départ, Wawbebenaissa avait répudié sa première femme et il voulait prendre à sa place la nièce de Netnokwa, que la vieille femme élevait depuis son enfance, et traitait comme sa propre fille. À la nouvelle de cet arrangement, Netnokwa ramassa dans la cabane ce qui appartenait au mari infidèle, jeta tout dehors et lui dit :« Vous avez déjà pensé me faire mourir de faim, je ne veux plus rien avoir de commun avec vous. Allez pourvoir à vos seuls besoins ; c’est plus encore que ne peut faire un aussi inauvais chasseur. Vous n’aurez point ma fille. » Renvoyé ainsi, il resta plusieurs jours sans reparaître ; mais Netnokwa que sa première femme avait pris un autre mari et qu'il
manquait de tout, le reçut d eau. Ce fut probablement par craint la vieille femme qu'il devint désormais plus habile
chasseur
Je chassai l'hiver suivant pour un traiteur nommé par les In-
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diens Aneeb (l’orme). La saison s’avançant, et le froid devenant de plus en plus vif, je trou ai difficile de me procurer autant de gibier que j'en”avais'fouru: Jusqu’alors, et que le traiteur en exigeait. Un matin, de bonne heure, vers le milieu de l'hiver, je lançai un élan ; je le poursuivis jusqu’à la nuit, et j'allais l’atteindre lorsque l’espoir et la force me manquèrent à la fois ; tous mes vêtements, malgré la rigueur du froid, étaient trempés de sueur. Bientôt, en cherchant à regagner’ notre’ cabane, je les sentis se roidir sur moi ; mes mitasses étaient de drap, et je les avais mises en pièces en courant à travers les buissons. Je sentais que la gelée commençait à me gagner, lorsque, vers minuit, j'atteignis l’endroit où, le matin, j'avais laissé notre cabane ; elle n’y était plus. Je savais que l'intention de la vieille femme était de la changer de place, et où elle voulait la transporter ; mais le jour de l’exécution de son projet ne m'avait pas été confié.
"En suivant les traces de ma famille, je cessai bientôt de sentir le froid, et j’éprouvai cette sensation somnolente qui, dans cet état, précède d'ordinaire le dernier degré de faiblesse avant la mort ; je redoublai mes efforts, et, quoique appréciant très bien le danger de ma situation, ce ne fut pas sans beaucoup de peine que
je pris sur moi de ne pas me coucher par terre. Enfin, je perdis
toute espèce de connaissance pendant un espace de’temps que je ne puis déterminer ; et, me réveillant comme d’un songe, je vis que j'avais tourné en rond dans un cercle de vingt à vingt-cinq toises au plus.
Revenu à moi-même, je me mis à chercher mes traces, et tout à coup j'apeiçus au loin une lumière vers laquelle je me dirigeai ; mais bientôt encore je perdis de nouveau toute connaissance. Si j'étais tombe, je ne me serais jamais relevé ; je tournai seulement en rond comme la première fois. Enfin je parvins à notre cabane, et en entrant je tombai par terre, mais je ne perdis pas connais-
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