‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 48 sur 143 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

n’avions tué que neuf castors, mais le médecin accepta, pour tenir lieu de la dixième peau, une pièce de drap égale, au moins, en valeur, et prépara sa hutte pour recevoir le malade, que l’on assit, sur une natte, auprès du feu. Le vieux Mukkwah, ventriloque d'un talent fort ordinaire, et médecin de peu de réputation, imita divers sons, le moins mal qu'il le put, et voulut faire accroire aux assistants que ces sons partaient de la poitrine du malade. T1 nous dit enfin qu’il reconnaissait le bruit d’un mauvais feu dans le sein du Naudoway, et posant une maïn sur son cœur, l’autre et la bouche sur son dos, il souffla et frotta quelque temps jusqu’à ce qu’une petite boule vînt à tomber à terre comme par accident : il continua encore à souffler et à frotter, tantôt jetant la petite boule, tantôt la roulant entre ses mains, et enfin il la mit au feu, où elle brûla avec un léger pétillement semblable à celui de la poudre humide.

Je n’en fus pas du tout surpris, car je l’avais vu répandre un peu de poudre sur la partie du plancher où la boule était tombée. S'apercevant sans doute que ce qu’il avait fait ne satisfaisait point les Naudoways, il prétendit qu’il y avait un serpent dans le sein du malade, et qu’il ne pourrait l’en faire sortir que le lendemain. Dans cette seconde séance, après de pareïlles momeries, il montra un petit serpent qu’il assurait avoir tiré du corps du malade. Pendant quelque temps, il tint une main sur la partie du corps d’où il prétendait avoir extrait le serpent, attendant, disait-il, que l’ouverture se refermât. Il re sa de détruire le serpent, et le serra soigneusement, de peur, assuraït-il, qu’il n’entrât dans quelque autre Indien. Cette supercherie, mal soutenue, ne produisit, sur le malade, aucun effet sensible, et prêta beaucoup à rire aux Naudoways : ils apprirent bientôt à imiter ses différents sons, et en firent un sujet de plaisanterie et de sarcasme. Quelques-uns des hommes les plus respectables et les plus sensés parmi les Crees

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uous avertirent de ne plus désormais avoir recours à Mukkwah, qui était, chez eux, considéré comme un fou.

J'eus à cette époque quelques difficultés avec un Indien Naudoway qui chassait pour les Ojibbeways Waymetagooshewugs,. Arrivé après moi dans la contrée, son droit d'y chasser n'était certes pas meilleur que le mien. Il s'était plaint une ou deux fois de ce que j'avais parcouru des cantons qu’il prétendait avoir droit de se réserver. Venanc alors de découvrir une bande de castors, je tendis mes pièges à peu de distance, et les laissaï, selon l’usage, jusqu’au lendemain. En y retournant le matin, je vis que cet Indien avait suivi ma trace, jeté toutes mes trappes dans la neige et mis les siennes à la place. Il n’avait pris qu’un seul castor; je n’hésitai pas à m'en emparer, et suivant en tout son exemple, je replaçai mes trapyes. L'affaire devint bientôt publique ; mais tous les Indiens, même ses amis les Naudoways, se prononcèrent contre lui et me promirent leur assistance. Dans les affaires de cette nature, les coutumes 1e la tribu font loi pour les Indiens, et quiconque se hasarde à s’en écarter ne peut attendre aucun appui. Il est rare que l'oppression ou l'injustice en affaires de droit privé, d'homme à homme, prenne place parmi les Indiens,

Nous restâmes près d’un mois dans la prairie avant de retourner à la hutte où nous avions laissé la vieille femme ; nous allâmes ensuite à notre comptoir d’Elk-River. Je m'étais séparé des Naudoways et je vivais seul avec ma famille. Il y avait dans notre voisinage une hutte de Tuskwawgomees du Canada ; la première fois que je es visitai et que j’entrai sous leur toit, j'ignorais qui ils étaient. L'homme vint à moi, prit à la porte mes raquettes, les fit sécher devant le feu et, voyant qu’elles avaient besoin d’une légère réparation, en chargea un vieillard ; puis il me proposa d’aller avec lui à la chasse en attendant qu’elles fussent réparées. Il tua dans la journée plusieurs castors et me les donns sous. Les

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