CHAPITRE PREMIER
chevaux et les bêtes à cornes ; dans le second, les lits et les ba- | gages ; dans le troisième, quelques nègres. Les deux premiers | furont attachés ensemble ; l’autre suivait ; nous descendîmes
4 } l'Ohio, et deux ou trois jours nous suffirent pour atteindre Cin-
cinnati.
Devant cette ville, le premier bateau vint à sombrer au milieu de la rivière ; mon père, s’en apercevant, s’élança au milieu des
bestiaux et coupa leurs traits ; ils gagnèrent tous la terre à la
nage du côté du Kentucky.Les habitants de Cincinnati arrivaient
WU à notre aide ; mon père n'eut qu’à les remercier.
MN HEn un jour, nous descendîmes de Cincinnati à l'embouchure du Big-Miami ; c'était sur l’autre rive que nous devions former un établissement ; là se trouvaient un peu de terre défrichée et une
© ou deux cabanes de bois, abandonnées par crainte des Indiens.
M Mon père releva les cabanes et les entoura d’une forte palissade.
| C'était au commencement du printemps ; les premier: travaux eurent pour objet de préparer un champ à recevoir du grain. Dix
AN jours à peine après notre arrivée, mon père nous dit un matin NH qu'au mouvement des chevaux il voyait que les Indiens rôdaient
+ dans {es bois. « John, ajouta-t-il, vous ne sortirez pas aujourd’hui
M} de la maison ….», puis, après avoir recommandé à ma belle-
We 1ère de ne laisser sortir aucun des enfants, il alla dans les champs sémer du grain avec les nègres et mon frère aîné.
Trois petits enfants, sans me compter, étaient restés à la maison avec ma belle-mère ; pour me retenir plus sûrement, elle me confia le plus jeune, âgé seulement de quelques mois ; mais je ne tardai
} pas à m’ennuyer et je mis à pincer mon petit frère pour le faire | crier. Ma belle-mère me dit alors de le prendre dans mes bras et
D de le promener dans la maison ; j’obéis, sans cesser de le pincer ;
D enfin, elle le reprit pour l’allaiter. Je saisis cette occasion et m’é- | chappai dans l’enceinte de la palissade, d'où je gagnai rapidement
une petite porte qui donnait sur la plaine. A peu de distance de la maison et tout près, du champ, s'élevait un noyer sous lequel li j'allais souvent ramasser des noix de l’année précédente ; pour y ne. parvenir sans être aperçu de mon père ou de ses ouvriers, il me W fallut prendre quelques'précautions. Je crois voir encore mon père À au moment où je me cachai derrière l'arbre. Au’milieu du champ, | son fusil à la maïn, il faisait bonne garde contre les Indiens, candis que les autres hommes travaillaient ; je me disais en moi-même : UM « Je voudrais bien voir ces Indiens. » ï
Déjà mon chapeau de paille était à moitié plein?de noix, lorsque ° j'entendis un bruissement ; je me retournai, c’étaient les Indiens, Î Un vieillard et un jeune homme me saisirent et m’entraînèrent hi brusquement ; l’un d’eux prit mon chapeau, jeta les noix et le posa ; sur ma tête. Je n’ai aucun souvenir de ce qui se passa ensuite ï: peudant assez longtemps ; je m'étais sans doute évanoui, car je ; ne criais pas. Enfin, je me trouvai sous un grand arbre qui devait Il
être fort loin de la maison ; je ne vis plus le vieillard ; j'étais entre MU met le jeune homme et un autre Indien trapu et très petit. J'avais ! ' leur probablement fait résistance ou irrité cet homme de quelque au- | VOYye tre manière, car il m’entraîna à l'écart, prit son tomahawk et mer me fit signe de lever les yeux. Je compris parfaitement à ses insu. gestes et à l'expression de ses traits qu’il me disait de regarder mon le ciel pour la dernière fois, parce qu’il allait me tuer. J’obéis, M moll mais le jeune Indien qui m'avait enlevé retint le tomahawk PSS som: déjà suspendu sur ma tête. Une vive altercation s’éleva entre D lard ces deux hommes ; mon protecteur poussa un cri, plusieurs voix | que répondirent et je vis accourir en toute hâte le vieïllard et quatre fatig autres Indiens. Le vieux chef parut adresser quelques paroles Se mair sévères à celui qui m'avait meracé, puis il me reprit par une + étaie main et le jeune homme par l’autre, et ils me traînèrent entre | nâm
eux, tandis que l’Indien devenu pour moi un objet de terreur ES s
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