CHAPITRE PREMIER
PE
marchait en arrière. Je les retardais dans leur retraite, et je crus voir qu’ils craignaient d’être atteints ; plusieurs d’entre eux veillaient à quelque distance de nous.
Il y avait près d’un mille de la maison de mon père à l'endroit où ils me firent entrer dans un canot d’écorces d’hickory (1), caché parmi les broussailles au bord de la rivière. Ils y sautèrent tous les sept, traversèrent sur-le-champ l’Ohio et vinrent débarquer sur la rive gauch& du Big-Miami, près de son embouchure. Là, le canot fut abandonné, et les pagaies plantées de manière à pouvoir être aperçues de la rivière. À peu de distance dans les bois, ils avaient caché des couvertures et des provisions ; ils m’offrirent un peu de venaison boucanée et de la graisse d’ours, mais je ne pouvais manger. On découvrait très distinctement la maison de mon père ; ils se mirent à la regarder et tournèrent les yeux sur moi en riant : je n’ai jamais su ce qu’is disaient.
Leur repas terminé, ils commercèrent à remonter le Miami en me traînant comme auparavant, et ils m'ôtèrent mes souliers qui leur semblaient gêner la rapidité de ma marche. Quoique me voyant étroitement surveillé, je n’avais pas perdu tout espoir de m'enfuir ; pendant qu’ils m’entraînaient, je cherchais, à leur insu, à remarquer des objets u'i pussent me servir d'indices dans mon retour ; j’appuyais aussi sur les longues herbes et sur la terre molle pour y laisser l'empreinte de mes pas. C'était pendant leur sommeil que j’espérais m’échapper. A la nuit tombante, le vieillard et le jeune homme me serrèrent entre eux si étroitement, que la même couverture nous enveloppait tous les trois. Ma fatigue était telle que je m’endormis sur-le-champ, et le iendemain, quand je me réveillai au lever du soleil, déjà les Indiens étaient debout et prêts à reprendre leur marche. Nous cheminâmes ainsi pendant près de quatre jours, les Indiens me don-
(1) Sorte de noyer.
nant à peine à manger, et moi espérant toujours de m'’enfuir ; mais chaque nuit le sommeil s’emparait entièrement de moi. Mes pieds nus étaient tout blessés et très enflés ; le vieillard s’en apercevant en tira beaucoup d’épines et d’éclats de bois, puis il me donna une paire de mocassins, qui me soulagea un peu.
Le plus ordinairement, je marchais entre le vieillard et le jeune homme, «t souvent ils me faisaient courir jusqu'à extinction de # forces ; pendant plusieurs journées, je ne mangeai rien ou pres- $ que rien : vers le quatrième jour, après avoir quitté l’Ohio, nous ‘1 rencontrâmes une grande rivière qui se jette, je crois, dans le : Miami. Elle était si large et si profonde que je ne pouvais la tra- î verser ; le vieillard me prit sur ses épaules et me passa sur \. jusqu l’autre bord, l’eau s'élevait jusqu'à ses aisselles ; je reconnus Mifrivière que je ne pourrais pas repasser seul cette rivière, et tout espoir Miaccou d’une fuite prochaine m’abandonna. Je me mis aussitôt à gravir fraope le bord et à courir dans les bois, où, à peu de distance, je fis lever Mes bla une dinde sauvage : son nid était plein d'œufs ; je les pris dans Mtre à :
mon mouchoir et retournai vers la rivière. Les Indiens rirent en Men dis:
me voyant, me prirent les œufs et allumèrent du feu pour les onver faire cuire dans une petite chaudière. J'avais bien faim et je veil- ESsavait lais sur ces préparatifs de repas, lorsque le vieillard accourut de ette 1: l'endroit où nous étions débarqués ; il prit aussitôt la chaudière ÿ d'autre et jeta sur le brasier l’eau et les œufs en adressant à voix basse | Deu: et d’un ton précipité, quelques mots au jeune homme. Je pensais n can: que l’on nous poursuivait, et j'ai su dans la suite que je ne m'étais (1) « Le pas trompé ; il est probable que quelques-uns de mes amis étaient Ie . alors à ma recherche sur l’autre bord de la rivière. Les Indiens DS pe ramassèrent les œufs en toute hâte et se dispersèrent dans les bois, Een dedans d’eux d’entre eux m’entraînant de toute la vitesse de mes jambes. D É
Un ou deux jours après, nous rencontrâmes un parti de vingt pe à trente Indiens, marchant vers les établissements européens ; sont d’;
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