CHAPITRE CINQUIÈME I
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tout le camp ; nous sortîmes, mon compagnon et moi, pour aller boire tout ce qu’on voudrait bien partager avec nous, et comme nous n’étions pas extrêmement ivres, nous eûmes soin de cacher au fond de la cabane la chaudière qui contenait le reste de notre whisky, en la couvrant de manière à la soustraire à la vue de quiconque entrerait. Après quelques heures de promenade, nous rentrâmes. La femme était encore couchée devant le feu, mais tous ses ornements avaient disparu. Nous courûmes à notre petite chaudière, elle n’y était plus. L/Ojibbeway que nous avions laissé devant le feu était narti, et dive,ses circonstances nous portèrent à le soupçonner di vol. J'appris bientôt qu'il avait dit que je lui avais donné à boire. Le lendemain matin, j’allai dans sa cabane lui demander ma chaudière ; il dit à sa femme de me l’apporter. L'auteur du vol étant ainsi trouvé, mon frère vint se faire rendre les ornements enlevés. Cet Ojibbeway était un homme à très grandes prétentions et voulait se faire reconnaître pour chef ; mais cette malheureuse tentative lui fit beaucoup de tort dans l'esprit du peuple ; on s’en entretint longtemps, et il ne fut plus nommé qu'avec mépris.
La vieille Netnokwa commerça enfin à se réveiller de son ivresse prolongée. Elle me fit approcher et me demandes si j'avais reçu les présents ordinaires du traiteur. D’abord elle ref15a de croire que j’eusse laissé consommer tout le contenu du baril sans rien réserver pour elle ; convaincue enfin que les choses s'étaient ainsi passées, et même que j'étais reste ivre deux jours entiers, elle me reprocha avec sévérité mon ingratitude, et me demanda vivement comment j'avais pu être assez brute pour m’enivrer. Les Indiens, témoins de son courroux, lui représentèrent qu’elle n'avait aucun droit de me reprocher un défaut dont elle-mé:1e me donnait l'exemple. Sa mauvaise humeur fut bientôt calmée par une certaine quantité de rhum qu'ils se cotisèrent pour lui
offrir, et elle retomba encore une fois dans un état complet d'ivresse.
Que l’on dise s’il y a un vice plus dégradant, plus abrutissant et tout à la fois plus ruineux que cette malheureuse ivrognerie, et quel exécrable crime a été celui des Européens qui ont introduit les liqueurs fortes chez les sauvages !
Toutes les pelleteries vendues, les scènes de crapule cessèrent avec la dernière goutte de rhum, et les Indiens commencèrent à se disperser dans les pays de chasse. Nous nous rendîmes avec le traiteur à sa maison, où nous laissâmes nos canots, et de là Wawzhekwawmaishkoon vint avec nous à la chasse dans les bois. Nous ne formions alors qu’une seuie famille, dont la plus grande partie provenait de lui, car il avait beaucoup d’enfants en bas âge. Le froid commençait à peine, et la neige n'avait encore qu’un pied d'épaisseur, quand nous commençâmes à sentir les atteintes de la faim. Nous rencontrâmes alors une troupe d’élans, dont quatre furent tués dans un jour.
Quand les Indiens chassent les élans de cette manière, après les avoir fait lever, ils les suivent d’un pas qu'ils savent pouvoir soutenir pendant plusieurs heures. Ces animaux effrayés les dépassent d’abord de quelques milles ; maïs les Indiens, suivant leurs traces d’un pas égal, les revoient enfin, et la troupe, faisant un effort nouveau, disparaît encore pendant une heure ou deux. Les intervalles où les chasseurs les découvrent se rapprochent de plus
en plus avec une durée chaque fois plus longue, jusqu’à ce qu'ils cessent tout à fait de les perdre de vue. Les élans sont alors si fatigués, qu'ils ne vont plus qu’au petit trot ; bientôt ils ne font plus que marcher : alors la force des chasseurs est presque entièrement épuisée ; cependant ils peuvent encore d'ordinaire décharger leurs fusils à travers la bande d’élans ; mais le bruit du coup donne à ces animaux une nouvelle ardeur, et il faut être bien
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