CHAPITRE CINQUIÈME
dispos et bien déterminé pour pouvoir en tirer plus d’n1 ou deux, à moins que la neige ne soit épaisse. L'élan, dans sa course, ne détache pas bien son pied de la terre ; aussi, dans les grandes neiges, est-il facilement atteint. Il est des Indiens, maïs en petit nombre, qui peuvent suivre les élans dans la prairie sans neige ni glace. Le moose et le bison surpassent l'élan en agilité, et sont bien rarement atteints à la course par un homme à pied.
La chair des quatre élans fut boucanée, maïs le partage se fit inégalement, sans égard à la position et aux besoins de nos familles. Je ne me plaignis pas ; je n'étais, je le savais bien, qu’un pauvre chasseur, et j'avais fort peu contribué au succès de cette chasse. Je donnai presque toute mon attention à la prise des castors. J'en connaissais plus de vingt sociétés dans les alentours, mais je fus bien surpris, en détruisant leurs cabanes, de les trou-, ver presque toutes vides ; je reconnus enfin qu'il régnait parmi ces animaux une maladie qui en enlevait un grand nombre. J’en rencontrai plusieurs morts ou mourants, dans l’eau, sur la glace, ou à terre ; l’un, ayant coupé un arbre à moitié, restait étendu sur les racines ; l’autre, surpris par la mort en rapportant une charge de bois à sa cabane, gisait auprès de son fardeau. La plupart de ceux que j'ouvris avaient la région du cœur rouge et sanglante ; ceux qui habitaient les grandes rivières et l’eau courante souffrirent moins. Les castors des étangs et des marécages moururent presque tous. Depuis ce temps, les castors ont été beaucoup plus rares que jusqu'alors dans les environs de la rivière Rouge et de 11 baie d'Hudson. Nous n’osâmes point manger les animau … de cette maladie, mais les peaux étaient bonnes.
La faim se fit souvent sentir pendant notre communauté avec Wawzhekwawmaishkoon. J’allai une fois à la chasse avec lui, après une abstinence forcée d’un jour et d’une nuit ; nous rencontrâmes une bande d’élans, dont nous tuâmes deux, et blessâmes
un troisième, qu'il fallut poursuivre jusqu’à la nuit. Alors, nous : coupâmes les viandes, qui furent cachées daus la neige ; mais mon u compagnon n’en prit pas une seule bouchée pour notre usage im- | c médiat ; cependant, nous étions loin de notre camp, et il était m
trop tard pour songer à y retourner avant le lendemain. Je savais
qu’il avait jeûné aussi longtemps que moi, et, quoique la faim me oj fit cruellement souffrir, j'eus honte de lui demander à manger, d’ et de paraître ne pas pouvoir supporter le besoin avec le même re courage que lui. Le matin, il me donna un peu de viande, et, sans av prendre le temps de la cuire, nous partîmes pour notre camp. Lors- fu: que nous arrivâmes, dans l'après-midi, Netnokwa, voyant que la je ne revenais pas les mains vides, me dit : « C’est bien, mon fils, | no je pense que vous avez mangé de bon appétit la nuit dernière, ter après votre longue abstinence. » Je lui répondis que je n’avais rier rut mangé, et elle fit cuire aussitôt une portion de ce que je rapportais; de
notre part ne dura que deux jours. Je connaissais encore deux
sociétés de castors qui avaient échappé à l'épidémie régnante ;
je leur tendis mes trappes, et, avant la fin de la seconde journée, In
j'en avais déjà pris huit, dont deux furent offerts, par moi, à me
Wawzhekwawmaishkoon.
Je commençai à me dégoûter de rester avec des bandes nom-
breuses d’Indiens, car il arrivait toujours que la faim se faisait est
sentir après un séjour un peu prolongé sur un même point. Je son
traçai donc un sentier pour moi seul, et j’allai tendre mes trappes enc à une troupe de castors. Quand je fis part à Wagetote de mon in- des tention de le quitter, il me dit, avec une expression de vif intérêt, s'élé
que je m’exposais à mourir de faim en m'isolant ainsi à une grande | tua
distance ; maïs je résistai à toutes ses instances et à tous ses rai- trad
sonnements. Il voulut alors m’accompagner jusqu’à mes trappes, mird pour s'assurer par lui-même si j'avais choisi un emplacement fa-
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